En entendant à la radio la triste annonce de la mort de Maurice
Jarre, je m’étais fait la réflexion qu’arrivait le
temps où j’apprendrais de plus en plus régulièrement la mort
de
personnalités que j’ai eu l’occasion de
rencontrer. Arrêté par ce constat macabre, et corrigeant
d’une oreille distraite les approximations du chroniqueur
radiophonique (ha bon ? Maurice Jarre a
"enchaîné pour David Lean les musiques de Dr
Jivago et de La Route des Indes"? A
vingt ans d’écart, il est mou l’enchaînement. Et bien
sûr, ils n’ont jamais fait La Fille de
Ryan ensembles.) je me souvenais alors que
l’interview que j’avais faite de Maurice Jarre, lors de
cette rencontre, n’avait jamais été publiée.
Il était peut-être temps de ressortir cet entretien des archives.
Alors je suis descendu à la cave, bien décidé à retrouver dans une
pile de cassettes mal rangées et mal étiquetées la voix de celui
qui faisait l’actualité du jour. Je retrouvais là, avec
étonnement, d’autres entretiens enfouis dans les limbes de
mon esprit (Alexander Salkind, John Williams…wow...) mais
honte à moi, je n’ai pas réussi à retrouver dans ce fatras la
trace de Maurice Jarre. Il ne me reste donc que le souvenir de ses
propos pour débuter cette chronique. Je vais tâcher d’y être
fidèle mais gardons à l’esprit que les propos de l'artiste,
rapportés ci-dessous, ne sont que des citations de
mémoire.
C’était en 1997 ; Maurice Jarre publiait chez Milan la
bande originale du film de Bernard Henri-Levy Le
Jour et la
Nuit. Je le rencontrais, dans je ne sais quel hôtel à étoiles,
pour le compte d’un magazine qui s’appelait
Cinemag, et dans lequel on me laissait alors une page pour
épancher ma bofophilie rampante (Wojciech Kilar, ainsi que le
nouveau venu Bruno Coulais, avaient été à l’honneur des
rubriques précédentes). Cinemag s’apprêtait à mourir
au bout de seulement quatre numéros, mais ça, bien sûr, je
l’ignorais.
Maurice Jarre semblait en forme ; il était souriant, et ses
yeux, d’un bleu grisé vif, me donnaient l’impression
d’être électriques. Chacune de ses réponses à mes questions
se voulait précise, aimable et parsemée de discrètes touches
d’humour. Et pourtant, c’est de la tristesse que
j’allais ressentir durant tout cet entretien, sans savoir si
elle émanait vraiment de mon interlocuteur ou si c’est moi
qui la générait par procuration.
Jarre commença par me raconter comment, par un
curieux hasard, il
reçut à Los Angeles un appel de BHL, alors même qu’il venait
de finir de lire une de ses chroniques dans un magazine. J’essayais
d’emblée de cacher ma surprise, car je n’avais jamais
songé au fait qu’un compositeur français travaillant à
Hollywood garderait d’une certaine façon le contact, en se
faisant par exemple livrer des magazines français. Il y avait
immédiatement, dans cette déclaration anecdotique, quelque chose
qui me renvoyait à une situation d’exil.
Jarre enchaîna alors sur son admiration pour le philosophe
français, ce sur quoi j’évitais de rebondir. Les règles de la
bienséance imposaient que je garde pour moi mes réflexions sur BHL,
qui était déjà à mes yeux l’un des simulacres les plus
flagrants que d’autres philosophes des années 60 avaient
prophétisé pour nos sociétés surmédiatisées.
J’étais
à vrai dire plus intéressé par le travail de
Jarre et je
l’obligeais
discrètement à revenir sur sa composition. Aussi, il
m’expliqua que ce projet de film,
qui se déroulait au Mexique, lui avait surtout donné
l’occasion de se frotter aux sonorités du pays, et que ceci
était nouveau pour lui. Très étonné par cette déclaration, je lui
rappelais sa partition pour le très chouette western de Richard
Brooks, Les Professionnels, dans lequel
la musique mexicaine jouait déjà un grand rôle. Jarre
s’arrêta subitement; visiblement décontenancé. Après un court
silence, il s’exclama sur un ton malicieux : "Ha mais
dîtes donc, je vois que vous avez fait vos devoirs !" puis
tourna son regard vers l’attachée de presse qui lui renvoya
un sourire approbateur du genre "oui, oui, j’ai été en
chercher un qui connaît la musique des Professionnels." Evidemment,
je comprenais bien que Jarre cherchait là à me remercier de
m’intéresser un tant soit peu à sa carrière, et de
n’être pas venu le voir en touriste. Mais je ne pouvais
m’empêcher à nouveau de ressentir de la tristesse, en
songeant aux kilomètres d’entretiens qu’il avait pu
donner durant sa vie à des gens pressés, journalistes ou autres,
pour qui son nom ne représentait qu’une mélodie du
Dr Jivago, qui ne voyaient en lui
qu’une anecdote plutôt qu’une carrière. Je venais de
citer Les Professionnels, un blockbuster
hollywoodien, un film que l’on diffusait régulièrement sur
TF1 le dimanche soir, un film que les mômes se racontaient dans la
cour de récré. Je n’étais quand même pas allé chercher un
obscur court-métrage turc auquel il aurait participé durant son
adolescence. Et qu’il me témoigne ainsi de la reconnaissance
pour m’être souvenu d’une telle évidence me mit plutôt
mal à l’aise.
Me sentant presque obligé de "mériter" cette
reconnaissance, je fis un bref retour vers une partie peut-être
moins évidente de sa carrière et revenait sur ses années de théâtre
auprès de Jean Vilar, sachant qu’un disque compilant ses
compositions pour le TNP (théâtre national populaire) était
discrètement paru quelques temps auparavant. Jarre évoqua
brièvement cette époque et son travail et puis, je ne sais trop
comment, il opéra un gigantesque bond d’une seule phrase pour
en arriver au 45tours de La Chanson de Lara du
Dr Jivago, et de m'expliquer comment
celui-ci s’était placé au sommet des hit-parades
blablabla… dépassant Les Beatles blablabla…
Incroyable ! J’étais là, à tenter de lui démontrer que, pour
certains, sa carrière ne se résumait pas à
Jivago, et lui me récitait maintenant les
"basic facts" de Jivago, qu’on peut
lire dans n’importe quel livret de n’importe lequel de
ses disques !
Pour sortir de ce drôle de virage, j’embrayais
a
ussitôt sur la question des orchestres,
constatant que Jarre avait pris l’habitude à l’époque
d’enregistrer (pour un éditeur français) des compilations de
son œuvre avec le très anglais Royal Philarmonic. Sur ce il
devint maussade. Il m’expliqua que beaucoup de compositeurs
pour films, et pas seulement lui, évitaient de travailler avec des
orchestres français car ces derniers avaient la réputation de ne
pas du tout respecter la musique de film, ce que je n’eus
aucun mal à croire. Il me raconta l’anecdote d’un
enregistrement en France : "On a répété toute la mâtinée avec
l’orchestre. Vers midi, les choses étaient à peu près comme
il faut. Tout le monde part à la pause déjeuner. Et au retour du
repas, alors que l’on s’apprêtait à enregistrer, je
constate que les musiciens ne sont pas ceux du matin ! Pour une
vague question syndicale ou je ne sais trop quoi, ceux du matin et
de l’après-midi n’étaient pas les mêmes." Quelques
jours plus tard, avec le même orchestre : "Il y avait un
passage dont je n’étais vraiment pas satisfait. Alors je
reviens dessus, en leur donnant les indications les plus précises ;
mais on a beau le refaire, ça n’allait toujours pas et je
commence à perdre patience. C’est là que le premier violon,
que je connaissais justement de l’époque du TNP,
m’arrête et me dit devant tout le monde, d’un air
désabusé : « Ca va Maurice, hein ; c’est que de la musique de
film »".
L’anecdote était éloquente, et nous ramenait de
n
ouveau à
cette question de la reconnaissance. N’étant pas le plus fin
des psychologues, je m’empressais d’enchaîner avec un
sujet qui me tenait à cœur à l’époque (car
l’information était inexistante) concernant les scores
rejetés. En effet, durant ces années 90, le rejet de musique
composée et enregistrée pour
un film semblait en passe de devenir un nouvelle mode chez les
producteurs américains. Les rumeurs faisaient état de plusieurs
compositeurs, et pas les moins prestigieux, qui se faisaient
dégager des projets pour être remplacés en dernière minute. Leurs
compositions, fruit d’une collaboration avec le réalisateur,
se voyaient remplacées par des scores accouchés à la va-vite et à
quelques jours de la sortie. Ainsi, Maurice Jarre s’était vu
refuser ses travaux pour les films
Cocktail, Jennifer
8, Lame de Fond et
La Rivière Sauvage (voir le clip présenté
en haut de page, qui replace la musique de Jarre sur le générique
d’ouverture).
Lorsqu’on tient ce genre de musique en haute estime, il y
a un sentiment d’hérésie à voir des partitions complètes
finir à la poubelle, et je lui demandais donc ce qui pouvait
justifier une telle décision, sachant que le remplaçant
n’avait généralement ni le temps ni les moyens de livrer une
partition soi-disant mieux adaptée au film. Jarre m’expliqua
la teneur politique du problème : "La musique est l’une
des dernières étapes de la fabrication du film. Lorsqu’il y a
une projection test et que le public ne répond pas comme le
souhaitait le studio, les producteurs exécutifs se sentent dans
l’obligation de changer quelque chose. Ils ne peuvent pas
changer le scénario ou ce qui a été tourné. Ils peuvent
difficilement obtenir plus ou mieux avec un nouveau montage. Alors
il reste la musique. Bien sûr ils savent bien que la musique
n’est pas le problème, et qu’une nouvelle partition a
peu de chance de faire changer l’avis du public. Mais ce qui
leur importe est de pouvoir prouver à la hiérarchie qu’ils
ont fait quelque chose, même si ça ne sert à rien. Ainsi ils se
couvrent." Je lui demandais pourquoi il ne faisait pas, au
moins, paraître ces compositions en disque. Il me répondit qu'étant
donné que le titre de l’œuvre était le titre du film,
il ne pouvait contourner cet épineux problème de droits. Je lui
appris alors que la partition rejetée d’Elmer Bernstein pour
Dernier Recours (Last Man
Standing) avait été éditée en disque, sous la mention
"music inspired by the movie" et la chose le laissa
songeur.
En attendant, l’entretien touchait à sa fin.
J’avais l’information que je recherchais, mais
d’une certaine façon je venais de planter là le dernier clou.
Jarre se leva, me remercia avec un grand sourire et une franche
poignée de main. Il semblait aussi décontracté qu’au début de
notre entretien. C’est moi qui avais du mal à contenir mon
air abattu. En quelques minutes, je venais de voir un artiste, dont
les accords m’avaient souvent transporté, qui me témoignait
indirectement de sa situation d’exil, qui était surpris de
découvrir que l’on puisse connaître sa carrière et s’y
intéresser ; un artiste qui s’entendait dire par les
musiciens qu’il ne faisait "que de la musique de
film" et qui, bien qu’il ait un jour "battu les
Beatles" se voyait quand même refuser plusieurs de ses
partitions sans avoir la liberté de les faire écouter.
On me dira que ce ne sont là que les petits drames quotidiens
d’une profession où l’individu est toujours à la merci
du désir des autres, et que ce qui compte est l’empreinte que
cet individu laissera derrière lui. L’empreinte, bien réelle,
de Maurice Jarre sur le monde pourrait être ainsi mesurée par les milliers de chroniques,
presse radio et télé, qui lui ont été dédiées le jour de sa
mort… quand bien même ces chroniques seraient truffées
d’approximations.
Rafik Djoumi
"Adieu Maurice" sur le blog de Sophie Loubiere
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Complètement, ça rejoint ma double envie : donner vie à un
super-héros tout en m'approchant de thématiques qui
m’interpellent comme la violence, la vengeance, les
personnages en perdition, les anti-héros, le tout allié au côté
polar. Il y a aussi une opportunité qui s’est
présentée : j’ai un agent aux Etats-Unis; je l’ai
appelé en lui disant que la suite de
Punisher se préparait et que ce projet me
correspondait. Nous avons envoyé mon travail au studio qui
préparait le film. Je me suis retrouvé sur une liste de
réalisateurs potentiels -sans me faire d’illusion tout de
même- et j’ai pu lire le scénario. Faire ce teaser, pour moi,
c’était une opportunité de rester dans la catégorie dans
laquelle on te place, les adaptations de héros de comics, tout en
offrant quelque chose de différent. Je voulais donc me faire
doublement plaisir : mettre toutes les chances de mon côté pour
pouvoir faire le film et en même temps concrétiser une vraie envie
de fanboy, faire vivre un personnage qui n’est pas évident.
Je me suis longtemps posé la question de lui mettre ou pas le
dessin du crâne sur le T-shirt. Au final j’ai biaisé, on le
cache avec la veste. Je pense que c’est ce qu’il
fallait faire parce que ça peut être très kitsch alors qu’en
même temps ça fait parti des attributs du personnage. J’ai eu
une longue conversation téléphonique avec un exécutif de Lionsgate
et son staff où j'ai pu leur dire ce qui, selon moi, n’allait
pas du tout dans leur approche. J’avais alors complètement
zappé que le scénario qu'ils m'avaient fait lire était écrit par
les mecs de The Shield et
Prison Break ! J'ai du leur paraître un
peu trop sûr de moi mais, en même temps, il fallait y aller et être
franc. Donc j'ai pensé qu'il n'y avait rien de mieux qu’une
note d’intention visuelle. Je sais que les gens de Lionsgate
ont vu le court-métrage et qu'ils ont beaucoup aimé mais, comme ils
me l’ont dit, n'ayant pas fait de long-métrage, je ne pouvais
être retenu. Cependant ça a été un vrai plaisir. En faisant ce
court, j’ai retrouvé l’émotion que j’avais eu à
faire Daredevil, dans une optique
différente parce que je peux être très noir et nihiliste.
Gamma par exemple. Le fait
d’alterner réel, virtuel et intérieur du personnage en 10
minutes et avec trois fois rien, ça leur avait plu. Ils
n’avaient donc rien à perdre à m’envoyer le scénario de
Punisher 2 même si je pense qu’ils
savaient déjà qu’ils n’allaient pas me prendre,
justement parce que je n’ai pas fait de long. J’ai mis
mon trailer de Punisher 2 sur le net et ça cartonne. Je
reçois beaucoup de mails de gens qui me disent que c’est ce
Punisher-là qu’ils veulent voir. Il y a même eu des pétitions
pour que ça soit moi qui fasse le film ! Il y a aussi des
journalistes qui en ont fait une analyse et je suis content parce
qu’ils l’ont bien perçu. Sur le tournage je répétais
qu’on ne faisais pas un film d’action mais un film
d’horreur. Je ne voulais pas iconiser le héros.
essayé de jouer à la fois sur le ludique, l'efficace et
l'émotionnel tout en évoquant certaines idées par le placement de
la caméra. J’espère que ça se perçoit. Ainsi, quand le
Punisher traîne le mec par terre, ça dure assez longtemps, mais
j’y tenais beaucoup. On manquait de temps pour le faire mais
c’était peut-être le plan le plus important pour moi alors
j’ai insisté pour le tourner. J’ai zappé des choses
mais pas ça. L’idée du personnage qui traîne son gibier, je
trouve ça plutôt inquiétant. Dans ce plan, le héros devient à nos
yeux un freak hardcore. Mon chef opérateur m’a proposé de le
faire en travelling arrière, du coup intellectuellement on
s’éloigne de son action.
plans sont
un peu de l’esbrouffe mais il faut savoir que ça plaît aussi
aux américains. Mon chef opérateur l’a bien compris et
certains machinistes adoraient faire ce genre de plan, cependant
j’ai aussi veillé à ce que ça ai du sens par rapport à ce que
je voulais dire. Car à l'inverse, au début du teaser, les plans
sont très découpés. C'est une manière de parler de la psyché du
Punisher, celle d'un homme fragmenté et détruit, qui n’est
vivant que lorsqu’il tue. Ce qui nous amène au seul plan où
il est au milieu de l’image, en entier et qu’il charge
son arme. Car son objectif, c’est tuer et basta. C’est
son drame. Il me
fallait aussi quelques plans d’action avec des coups de feu,
sinon ça ne marchait pas. Je savais comment j’allais les
inclure dans le montage, je donne l’illusion de
l’action, pas l’action en elle-même. On était en retard
sur le planning mais il me fallait ces plans. Sur un tournage, tu
dois toujours élaguer ici et là dans ton découpage, mais sur
certains plans, le monde peut s’écrouler, il te les faut, tu
ne les lâches pas.
C’est le producteur de Nomad Film, Thomas Kornfeld,
qui me l’a présenté et on s’est bien entendu. Fabrice
est un bosseur qui peut avoir une vraie intensité dans son jeu si
on veut bien aller au-delà de sa façade de beau gosse. Il n’a
pas hésité à se raser le crâne pour
Feedback. Jouer le Punisher,
c’était comme une bouffée d’air frais pour lui,
c’est aussi ça qu’il veut faire. Il a trouvé de bonnes
gestuelles pour le personnage. Et puis quand tu fais le Punisher en
France et qu’il te faut un acteur pour l’interpréter,
tout le monde te souhaite bonne chance (rires). Comment parvenir à
être crédible alors qu’on n’a pas tellement ce panel de
comédiens ici ? Fabrice a maigri, on lui a mis quelques
fausses cicatrices mais ça ne servait à rien que je fasse le vrai
Punisher au risque de m’aliéner encore plus les exécutifs de
Lionsgate puisqu’il a une gueule défoncée ! Après
j’ai beaucoup travaillé avec lui le regard du personnage, il
fallait qu’il soit concentré sans avoir l’air
d’un taré. Au final je n’ai eu que de bons retours à ce
niveau.


pubs, des
making-of. Ses oeuvres ont déjà été vues par plusieurs centaines de
milliers de personnes; plusieurs sites et magazines français lui
ont consacré des articles, le plus souvent élogieux; il a obtenu
des prix aux Etats Unis; son nom est parfois apparu lors de
réunions chez Marvel ou Lionsgate; il a co-écrit plusieurs scripts,
développé des projets et... et... il n'a toujours pas fait de long
métrage en France ! Comme il le dit lui-même, "je pensais
bêtement que mon travail parlerait pour moi". A force de
s'entendre dire qu'il aurait du naître aux Etats-Unis, que là-bas
on serait déjà venu le chercher, Sarrio finit par devenir un peu
l'emblême de ce qui cloche dans le système de production français
(je lui ai d'ailleurs conseillé de revoir le
Ridicule de Patrice Leconte, qui est une
belle démonstration de ce qui est à l'oeuvre, aujourd'hui, dans ce
système). Mais je pense qu'il se passerait bien d'être un
tel emblême, et qu'il préfèrerait que certains décideurs lui
accordent la confiance que les spectateurs lui ont déjà
accordé.
vraiment
inaccessible. Je pense aujourd'hui que cette rencontre m’a
freiné inconsciemment. Bref, après plusieurs boulots à la con, un
bon pote à moi, qui était au cours Florent, m’a fait
rencontrer Gilles Lelouch et Tristan Arouet. Ils commençaient à
faire des clips et ils avaient un peu la côte. On a parlé ciné et
ils m’ont dit de me lancer, d'y aller à la démerde, de me
faire prêter du matériel et de trouver des comédiens, même s’il faut y
aller de ma poche. J’ai alors décidé d’arrêter mes études et de me
lancer. Je savais que ça
allait être galère mais je ne me voyais rien faire d’autre.
J’ai mis de l’argent de côté et mon père m’en a
aussi prêté. C'est comme ça que j’ai fait
Daredevil pour un peu moins de 5000
euros. C'était pour moi un défi technique et artistique en même
temps qu'un tribut au spectateur que je suis.
Chaque mois de janvier, j’étais fébrile à cause du
festival d’Avoriaz et je voyais dans les mags des photos de
films qui me faisaient fantasmer, des trucs qui allaient sortir
soit 6 mois après voire jamais. Par contre tout ce qui était cinéma
bis, rital et série Z, je m’arrêtais aux affiches que je
voyais en vidéo-club mais ça n’allait pas plus loin; ce
n’était pas trop mon truc. Même si les affiches étaient très
belles ! J’étais aussi un grand fan d’Héroïc
Fantasy, Conan et
Legend ont été des claques ! Plus
tard, j'ai découvert dans les ciné-club les films de Tourneur,
Fritz Lang, Kurosawa, les westerns.
voir toute
adaptation en salle, dont évidemment le premier
Superman de Donner. Quand
Superman 3 est sorti, j'ai récupéré
absolument tout les magazines qui en parlaient ! C'était une
autre façon de cultiver cette passion. J’avais déjà de vrais
affinités avec les mecs en spandex mais là, après lecture,
j’avais aussi l’impression d’être potes avec ceux
qui parvenaient à intellectualiser les films de ce genre. Ca
m’a permis de trouver une forme de légitimité, de ne plus
simplement dire que c’était génial parce que des personnages
s’envoyaient valser à travers les murs. En fait, ça
explicitait ce que j’aimais. Mais mon rapport aux
super-héros reste viscéral. J'admire leur dépassement physique et
éthique, mais aussi leur fragilité et leurs excès, à l'occasion
leur côté sombre, comme chez Wolverine, Fragile ou Batman.
On a tourné en quelques jours, monté rapidement, et les
retours ont été bons. Mais paradoxalement, ça ne nous a pas aidé à
finaliser le projet : des gens voulaient acheter le film en
pensant qu’il était déjà fini ! Je n'étais pas présent à
Cannes, mais je crois qu'il leur a été proposé de d'abord mettre
leurs billes dans le projet, et que le film serait prêt dans un an,
le temps de réécrire le scénario et de le tourner. Ceux qui étaient
intéressés par ce qu'ils ont vu n’avaient pas assez
confiance, parce que la boîte de production était assez
peu connue. Il y a peut-être aussi
le fait que ça soit français, qu’on n'ait pas été assez
roublard pour vendre le projet, je ne sais pas... Des boîtes
américaines du même genre, comme Nu Image, ont un fond minimal qui
leur permet de tourner, même rapidement. Nous, non. On avait besoin
d’une co-production qu’on a attendu pendant des mois,
sans résultat concret. Tiphany Prod sont des gens très cool; le
projet m’appartient et j’ai vraiment envie
d’en faire un film. J’aimerais en faire un polar fort
avec des scènes d’action dures et frontales. Avec mon
scénariste, on le réécrit de A à Z parce qu’actuellement les
polars marchent et sont demandés en France. Il y a pleins de choses
dont je ne suis pas content dans cette demo-reel : je sais que
j’utiliserai moins la steadycam la prochaine fois parce que
c’est trop contraignant et qu’il y a des cadres que
j’ai mal géré par exemple. Par contre j’étais content
des comédiens : Fabrice Deville était novice mais il
s’est beaucoup investi, notamment dans sa scène de combat. Au
début je n’y croyais pas et, du coup, je lui ai fait un vrai
étranglement pour qu’il sache ce qu’on ressent quand on
se fait étrangler. Il faut que ça soit en même temps chorégraphique
et en même temps "réel", que tu aie l’impression que les mecs
se mettent des coups et souffrent. Je pense que les comédiens qui
font ce genre de films doivent mouiller leur chemise. J’ai eu
les comédiens qui me fallait. Tu n’apprends pas à Jo Prestia
à mettre une droite. Quand il en met une, tu y crois, point barre.
Fabrice a dû travailler beaucoup pour être à la hauteur. Ils
avaient des bleus. J’ai fait le making-of du
Scorpion et Clovis Cornillac m’a
bluffé sur le tournage. Il y en a peu en France qui aurait fait ce
qu’il a fait, il s’est totalement investi.
C’est
d’autant plus utile dans un court parce que tu as peu de
temps; il faut donc capter l’attention du spectateur
immédiatement. Pour celui de Daredevil,
je voulais baliser le terrain d’un univers déjà connu,
signaler aux gens ce qu'ils allaient voir. Pour celui de
Projet Gamma, je suis allé un peu plus
loin en faisant un générique narratif. L’ambition de
Projet Gamma, et c’est par là que
ça a péché, était de faire un one shot de Hulk sans vraiment
présenter ce dernier. Il fallait que je me débarrasse de ça dans le
générique, que je raconter la genèse de Bruce Banner. A côté de ça,
j’aime aussi l’aspect graphique des génériques :
les intermèdes dans Feedback, c’est
pour mettre dans l’ambiance polar du film. Je dois ça au
génie de François Ferracci. Je lui ai écrit un scénario rien que
pour les génériques, en détaillant ce que j’avais en tête
mais en le laissant libre d'y ajouter ce qu'il voulait. Le
générique de Daredevil est trop long,
j’ai péché par excès de remerciements, j’étais novice
mais j’y tenais. Un beau générique, c'est cohérent sur un
film de super-héros.

"C’est une expérience que j’ai fait pour voir
comment c’était le film industriel. L’écrivain à la
base du film c'était une femme complètement influencée par mon
œuvre. Son mari c’était le producteur de
Superman, Alexander Salkind. Il m’a
demandé de n’utiliser aucune violence. J’avais trois
détectives derrière moi qui l’appelaient chaque fois que je
faisais une incartade. Ils ont commencé à faire le montage sans
moi. C’était une catastrophe. J’ai refais le montage et
j’étais satisfait. La femme est repassée après, en gardant
les choses très littéraires et en coupant l’action. Son mari
aimait l’action et coupait toutes les choses qu’il
appelait "intellectuelles". C’était bancal. Mais bon
c’était un bon moment. J’ai perverti Omar Sharif. Je
suis allé le voir en Angleterre, il m’a demandé ce que je
voulais. Je lui ai dit de se couper les cheveux courts, et après de
se raser la moustache, et puis après de retirer son bridge. Il
m’a dit que je voulais tout sauf qu’il soit Omar
Sharif. Et il est revenu sans le bridge et sans la moustache et il
a fait un rôle magnifique."