Coups de gueule

Watchmen en musique  (Coups de gueule) posté le jeudi 26 février 2009 19:51


A l'heure qu'il est, des sites bien comme il faut vous auront déjà révélé que Watchmen est le méga-super-méga-top-chef-d'oeuvre-méga-meilleur film de super héros jamais fait, au coude à coude avec The Dark Knight ou comment je me suis disputé ma vie métrosexuelle en seulement 2738 scènes de dialogue.

Mais si vous fréquentez ce blog, il y a des chances pour que vous fassiez partie de cette raclure sous-culturelle qui associe "comic-book movie" à des trucs comme Spider-man 2, Blade 2 ou Incassable, qui croit voir de l'art dynamique dans Speed Racer, de la sagesse antique dans Matrix Reloaded ou même de la mise en scène chez McTiernan. Aussi, si vous êtes un de ces geeks dégénérescents, parano-compulsif shooté aux sous-produits purulents, malade mental qui croyait repérer trois tonnes de références à Watchmen dans un dessin animé Pixar d’il y a cinq ans (pfff… non mais j’te jure… toi et tes références bédé à la con), enfin bref, si vous êtes le genre de pouilleux sociopathe qui lit du Alan Moore alors qu'on en a même pas encore causé chez Delarue, alors peut-être attendez-vous plutôt de ce Watchmen qu’il se révèle simplement être le "nouveau film du teubé". Vous savez, le gars déjà responsable de "l’adaptation" de 300 ? L’homme qui réplique à l’identique chaque case de la bédé, jusqu’à la tasse de café au fond sur la table derrière, là, mais qui malheureusement, comme le dit mon collègue Arnaud Bordas, "n’a jamais compris qu’il se passait aussi des trucs entre les cases".

Je ne vais pas me lancer dans une revue de détail qui ferait hélas trois kilomètres : casting ho
rrible, direction d’acteurs horrible, image photoshopée jusqu’à la nausée, mise à l’écart systématique de tout ce qui risquerait de chambouler une ou deux neurones dans la tête du public (zappée l’histoire du psychiatre qui réalise la "vérité" au sujet des tâches d’encre) ;  évidemment, du ralenti toutes les deux secondes dès qu’un gus lève une jambe ou traverse une rue, soulignage au stabilo pour tous les endormis qui ne comprennent rien à ce qu’on leur matraque (Laurie est tellement conne qu’elle ne comprend même pas le sens de ses propres flashbacks, et c’est le Dr Manhattan qui lui explique (ainsi qu’au spectateur) la nature de son secret, en prenant soin d’utiliser des mots de moins de six lettres ; occasion pour Laurie de partir dans une imitation foudroyante du Dark Vador de la fin de La Revanche des Siths, avec mouvement de grue et tout – plus avant dans le film, La Silhouette vue en train de rouler une galoche à une femme dans la rue, puis en train de reluquer d’autres femmes, puis au lit avec une femme, puis enfin traitée de gouine (tout ça en moins de trois minutes), afin qu’on puisse éventuellement comprendre, en y réfléchissant un peu, qu’en fait il se pourrait bien qu’elle soit peut-être lesbienne) et bien sûr une incompréhension assez déprimante de TOUT le propos culturel qui charpentait l’œuvre pour se contenter d’en dégager de la pose "smart and sexy".

Du cool, quoi !

En vérité, la critique parfaite du film Watchmen a été rédigée il y a déjà huit mois par FlyingTotoro sur un certain forum (si quelqu’un peut déterrer le message) alors qu’il se lançait dans un exercice périlleux et particulièrement haï dans nos sociétés actuelles, et qu’on appelle la déduction après expertise.



 

 

Pour ma part, je vais me contenter d’évoquer les choix musicaux du film, qui à mon sens résument idéalement le degré de raffinement dont a fait preuve l’équipe de Snyder en s’attelant à ce monument de la culture bédéphilique. Dans tous les cas cités, la musique est au premier plan dans la bande-son.
Ignorant tout des conditions dans lesquelles ont été sélectionnés ces morceaux, j’ai pris la liberté d’imaginer le travail de réflexion qui y avait présidé (et qui m’apparaît le plus adapté au film que j’ai vu) dans des dialogues purement fictifs.

Note : les propos en bleu et italique de Zack Snyder
proviennent d’une interview donnée au site collider. Ils sont reproduits avec fidélité dans l'unique but de souligner l'amplitude de son ambition cinéaste.

 

Retrouvailles dans un restaurant chic entre Laurie (la trop sexy Spectre Soyeux) et Dan Dreiberg (le trop smart Hibou)
Conseiller musical : dans ces restos new-yorkais, c’est souvent du jazz qui passe.
Zack : Oui mais y’avait la chanson en 1985 là, l’européenne qui chantait des trucs sur les ballons.
Conseiller musical : Nena ? 99 Luftballons ?
Zack : Voilà, c’est ça. En plus c’est parfait parce qu’on vient, dans la scène d’avant, d’évoquer les russes et tout.
Conseiller musical : En fait, Nena, elle était d’Allemagne de l’Ouest.
Zack : Oui si tu veux ; enfin un pays communiste quoi ! Bon écoute, tu me la mets bien en avant, pour que le mec qui a dragué sur cette chanson durant sa prom’ en 83 il ait des souvenirs qui remontent.


C’est pas juste un film de super-héros tu vois. C’est un peu comme si ça devait l’être, parce que Alan l’a fait –ce n’était pas juste, c’était des bédés-film, ou de la littérature en bédé, mais c’était entièrement de la littérature aussi. Tu sais, Alan il est très, c’est un gars futé.  (Zack Snyder)


Enterrement du Comédien (trop smart)

Zack : Avec tous ces militaires et la pluie, tout ça, il faudrait un truc solennel, un peu triste. Tu sais comme dans le film où Dustin Hoffman il est sur un tapis roulant tout triste.
Conseiller musical : Le générique du Lauréat ? Tu veux mettre The Sound of Silence de Simon and Garfunkel ?
Zack : Ouais, ouais, c’est bien ça avec la pluie.
Conseiller musical : OK mais le Comédien, il a passé sa vie à buter du hippie quand même. C'est un réac limite néo-nazi.
Zack : Et alors ? Il était hippie dans Le Lauréat ? Il avait les cheveux tout court !

 

Dr Manhattan détruit la campagne vietnamienne dans un déluge de feu et d’hélicoptères.
Zack : Alors là j’ai pensé que comme il y avait à la fois l’apocalypse et que ça se passe au Vietnam, obligé on fait une référence et on met la musique d’Apocalypse Now.
Conseiller musical : la musique de Carmine Coppola sur Apocalypse Now ?

Zack : oui, le truc avec les trompettes pendant l’attaque des hélicoptères.
Conseiller musical : Ha ! Je vois. La Chevauchée des Valkyries de Richard Wagner. OK. Mais je crois que c’était une note un peu ironique à la base. C’est un capitaine un peu fou, dans le film, qui met cette musique. Chez nous c’est pas censé être ironique.
Zack : D’accord, d’accord. Mais avec tous ces flashbacks qu’on a, on va pas répéter à chaque fois qu’on est au Vietnam. Là le spectateur il voit à la fois des hélicoptères et des chinois, et il entend la Chevauchée des Valkilmers, et il sait tout de suite où ça se passe.



Dans la bédé, on voyait les vietcongs se rendre. Mais nous on a fait un plan large avec tous les vietcongs qui s’agenouillent devant le Dr Manhattan dans ce grand enclos. C’était trop cool. (Zack Snider)

Naissance du smart and sexy Dr Manhattan
Conseiller musical : J’ai pensé qu’on pouvait souligner le caractère rationnel, industriel, mécanique du personnage avec une musique minimaliste.
Zack : Fais écoutez pour voir… Ha mais je connais ! C’est la musique de GTA IV ça !
Conseiller musical : Oui. Enfin c’est du Philip Glass, la musique de Koyaanisqatsi, un film de 1983 justement.
Zack : C’est vraiment du pur fun GTA IV. OK on la garde.


Je veux dire que je peux entrer dans une salle et dire, écoutez, Watchmen doit durer au moins 15 minutes de plus que le dernier Batman. Je veux dire, n’importe quel geek te dira ça. Va au Comic-con et fais un sondage. Demande-leur si Watchmen doit faire 15 minutes de plus que The Dark Knight. (Zack Snyder)

Le Hibou et Le Spectre Soyeux (ou spectre joyeux comme l'a publié en caractères gras le magazine Studio) font l'amour au ralenti et de profil à la manière de Tom Cruise et Kelly McGillis dans Top Gun (léger contrejour où y'a pas trop de poils qui dépassent)
Conseiller musical : On a essayé de tenir compte de toutes tes suggestions, mais après une projo-test de la séquence on a finalement du retirer Take my Breath Away du groupe Berlin. Ca faisait pouffer de rire les gens.
Zack : Ha c’est con ; moi j’aimais bien. Ben écoute on a qu’à mettre la chanson douce que t’écoutais ce matin en arrivant au studio.
Conseiller musical : Hallelujah de Leonard Cohen ?
Zack : Ouais; elle est soft et sexy cette chanson. Moi qui connaît mal la musique d’avant-guerre, ça m’a donné envie de m’y mettre.
Conseiller musical : OK… Mais ça fait une demi-heure que ces deux personnages sont paralysés par leur inhibition sexuelle. Et là, dans la scène où ils parviennent enfin à faire l’amour, tu veux mettre Hallelujah ?
Zack : Bah oui. Tu m’a dis que l’autre chanson, ça faisait rire les gens. On veut pas qu’ils rient là.

 

Rorschach et le Hibou se rendent à l'antre d'Ozymandias, en Antarctique.

Conseiller musical : Alors là j’ai été emballé par ton choix. All Along The Watchtower de Bob Dylan repris par Hendrix ? Ca colle super bien ! "There are many here among us who feel that life is but a joke” ? “Said the joker to the thief” ? “All along the watchtower, Hear you sing around the watch” ? Vraiment nickel. On dirait que ça a été écrit juste pour nous.
Zack : ouais, ouais…
Conseiller musical : Qu’est-ce qu’il y a ? Tu veux plus la mettre ?
Zack : Si, si... De toutes façons les paroles étaient écrites dans la bédé. Alors obligé on va la mettre…


Je veux dire ce plan où Manhattan fait 30 pieds de haut et traverse le Vietnam en tuant tous les vietcongs, c’est un pur truc de super héros. Et notre personnage a beau être tout en CG, tout ce qu’il fait là c’est jouer le truc. Il est pas là à tout péter ou à sauter sur les murs. Il est juste triste en fait. Et ça c’est trop cool. (Zack Snyder)



Et comme je sais que vous irez tous le voir, hé bien bon film quand même !

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Rafik Djoumi

 


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Un peu de chauvinisme  (Coups de gueule) posté le lundi 09 février 2009 23:52


Cela fait un bon nombre d’années que j’assiste aux joutes oratoires chez les déçus du cinéma français entre, d’un côté les partisans d’une forme d'expansionnisme culturel (ou si l'on préfère, d'émancipation), et d’un autre côté ceux qui mettent en doute la capacité du cinéma français à s’autoriser ce geste. Le premier groupe, celui qui croit qu’il peut et doit exister un cinéma français touche-à-tout (capable par exemple de faire de la SF, du fantastique voire de l’horreur) est clairement minoritaire. Le second groupe, clairement majoritaire, attribue au mot "français" un réseau de valeurs qui iraient censément à l’encontre de certains genres, de certaines façons de faire des films.
Pour le dire plus simplement, ce second groupe considère qu’un film français de SF, ou d’horreur, ou même un western, sombrerait immédiatement dans le ridicule s’il ne justifiait pas son existence par une sorte de distance, d'humour ou de second degré. Ce second groupe pourrait être désigné par une formule que vous devez connaître : "De toutes façons, c’est pas notre culture". Et on a souvent tendance à sous-estimer la force de conviction du "C’est pas notre culture". En effet, on pourrait passer des heures à retracer l’Histoire de France dans le détail, à rappeler que la science-fiction et le gore rigolard sont au départ des genre "typically french", on pourrait argumenter froidement et intellectuellement sur la question de la réappropriation d’un genre (quelle proportion de la mythologie du western dans l'inconscient collectif a-t-elle été créée par les italiens ?) on finira toujours par buter sur le sentiment assez irraisonné du "C’est pas notre culture".
On me racontait récemment l’anecdote d’un producteur français à qui l’on présentait un projet de film de vampires et qui, visiblement embarrassé, s’était contenté de répondre : "Vous voulez dire… des vampires… euh… français ?". Ce réflexe de doute immédiat, de prise de distance d’avec le sujet par la simple apparition du mot "français", n’est pas propre à ce producteur. On retrouve ce réflexe à l’identique (et c’est bien plus grave) chez une énorme portion du public potentiel. On pourrait même aller jusqu’à imaginer que si, la veille au soir, ce producteur avait vu à la télé le vampire Brad Pitt et le vampire Antonio Banderas en train de marcher le long des quais de la Seine, il n’aurait pas fait le lien entre cette Seine-là et la Seine du script qu’on lui proposait le lendemain. Parce que peut-être bien qu’Antonio Banderas jouait un vampire français… mais le film, lui, était américain !

Revenons maintenant à notre premier groupe. J’ai remarqué que beaucoup de ceux qui tentaient de lutter contre le "C’est pas notre culture" en venaient toujours au même argument et que celui-ci tenait en un seul nom : Jean-Pierre Melville. Parce qu’il avait su, en son temps, se réapproprier les codes du cinéma américain et du cinéma japonais pour en faire des films à la fois premier degré et totalement acceptés par ses compatriotes, Melville se voit aujourd’hui brandi à tout bout de champ pour défendre une certaine idée de Cinéma français qui pourtant le dépasse. Rappelons que Melville n’a pas fait de SF, de film d’aventure, de western ou d’horreur; alors que ce sont bien ces genres qui souffrent le plus en France du réflexe de distanciation qui nous intéresse. Bien souvent, ceux qui brandissent ce brave Jean-Pierre en unique exemple le font parce qu’ils manquent d’autres références (ce n’est pas une critique !) qui iraient dans le sens de leur démonstration.

Je pense que cette forme d’autocensure qui sévit en France n’est pas tant un problème intellectuel qu’un problème sentimental. Le public, tout comme certains producteurs, n’est pas dans une démarche intellectuelle lorsqu’il se braque instantanément à l’apparition du mot "français" dans certains contextes de fiction. Il y a, derrière ce braquage, des décennies d’accoutumance sentimentale qui nous font associer les mots "français" et "américain" à deux projets de cinéma très éloignés l’un de l’autre, chargés d’images très distinctes. Or, si les américains sont également conditionnés à une certaine idée de "cinéma français" très éloignée du "cinéma américain", on constatera ci-dessous que ceci ne les a jamais empêché de s'approprier tout ce qui les intéressait dans la culture de l'autre, avec une candeur enviable.


Aussi, plutôt que de parler de la façon avec laquelle la France pourrait s’approprier une imagerie considérée, à tort ou à raison, comme américaine, j’ai pensé qu’il ne serait pas inutile de faire l’inverse. Puisque les images de films invoquent chez nous des sentiments immédiats, pourquoi ne pas tester l’impact de certaines images en précisant au préalable qu’elles sont "d’inspiration française" et laisser le lecteur se débrouiller sentimentalement avec ça ?

Voici donc une série de films dont le sujet est d’inspiration française, soit parce que l'histoire se passe en territoire français, ou qu'elle a été écrite par un français, ou simplement parce que le film base son iconographie sur des éléments de culture éminemment française. Je ne donne pas les titres ; vous en reconnaîtrez beaucoup. N’hésitez d’ailleurs pas à me questionner si le cœur vous en dit. Par contre j’espère que vous serez régulièrement intrigué par la présence de certains films, et que ceci vous amènera à reconsidérer sous un nouvel angle, quelle que soit votre position sur le sujet, la formule du "C’est pas notre culture".

 

 

 

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Rafik Djoumi

 

Rectificatif : Trois films de cette sélection, Les Oiseaux, La Taverne de la Jamaïque et Ne vous retournez pas, n'y ont pas leur place. Il s'avère que l'auteur des histoires originelles, Daphne Du Maurier, fille de Muriel Beaumont et de Gerald Du Maurier, n'était pas française mais anglaise (de descendance française). Pardons aux familles, tout ça. C'est la faute à Blunt qui a cafté dans les talkbacks.

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Pour Elle, allez-y  (Coups de gueule) posté le jeudi 04 décembre 2008 02:07

 

Plusieurs d’entre vous m’ont demandé de revenir sur des remarques que j’avais faites concernant la défense du cinéma "de genre" en France. A défaut de constituer un article poussé sur le sujet, cette news offrira peut-être quelques éléments de réponse.

Aujourd’hui sort en salle le premier long métrage de Fred Cavayé, Pour Elle, avec Vincent Lindon et Diane Kruger. Il s’agit d’un thriller, l’histoire d’un homme déterminé à faire sortir sa femme de prison, quel que soit le prix moral à en payer.
Le spectateur, qui n'aura pas eu la chance de voir la bande annonce ou d'écouter les comédiens à la télévision, aura peut-être du mal à déterminer le "genre" auquel appartient le film. Le titre choisi, qui n’a vraiment de sens qu’à la vision du métrage, évoque avant tout le mélodrame. L’affiche, à la limite du hors-sujet (ça se voit bien que Diane Kruger est en prison, là, non ?) évoque immédiatement un drame chpykiologique sur la décomposition de la cellule familiale (ce qui est aussi le sujet du film mais certainement pas son pitch). Enfin, en l’absence de référence concernant le réalisateur, le spectateur n’a plus que le nom des comédiens pour tenter de déduire le sujet, la tonalité, la qualité supposée du film.

 

Mais où ont-ils trouvé l'inspiration ?

 

 

En temps normal, je ne me serais pas inscrit aux projections-presse de ce film (le Nicole Garcia-like ? j’ai déjà donné merci), et c’est à l’appel de mon collègue Arnaud Bordas que mon intérêt a été éveillé. Arnaud lui-même n’avait été amené à voir ce film qu’après l’insistance de l’attaché de presse Jean-Pierre Vincent. Son premier réflexe fut de lui dire "mais enfin, ce n’est pas pour moi" avant de se laisser convaincre et de laisser une chance à la découverte. Reste que malgré la promotion faite par Arnaud, et la mienne plus tardive et plus timide, certains de nos collègues gravitant dans la sphère dite du "cinéma de genre" n’ont toujours pas vu ce film, qui les concerne pourtant au premier chef. Or, si avant même sa sortie, un film comme Pour Elle ne parvient pas à fédérer le genre de journalistes susceptibles de le défendre avec vigueur, c’est qu’il y a je pense un gros problème à la base.

Notre métier ne nous permet pas de voir absolument tout ce qui sort. La plupart du temps, il n’existe pas encore de bande-annonce visible au moment où débutent les projections de presse. Et donc nos choix, guidés par un mélange de goût personnel, de ligne rédactionnelle et de militantisme, ne peuvent se faire qu’à partir d’éléments relativement explicites.
Je me souviens qu’en 2002, je m’étais inscrit à la projection d’un film français pour une seule raison : mon collègue Stéphane Moïssakis m’avait évoqué, un an auparavant, le projet de film policier d’un ancien élève de l’ESRA co-écrit par le professeur Jean-François Tarnovski. Ce n’est qu'alerté par cet élément (au final assez secondaire) que je m’étais retrouvé à l’une des premières projections de Nid de Guêpes. Bien sûr, dès la sortie de la salle, je m’empressais de porter la bonne nouvelle à mes plus proches. Mais une voix au fond de moi se demandait pourquoi un tel film ne s’était pas annoncé à nous bien plus tôt et avec plus de fracas.
Trois ans plus tard, le Virgil de Mabrouk El Mechri est, lui, complètement passé sous le radar. A ma connaissance, aucun des journalistes militants du "genre", moi y compris évidemment, n’avait vu le film avant sa sortie en salle.

 

et si on vendait un thriller en se basant sur des affiches de thriller ?

 

Le fait que ces films ne nous aient pas été "annoncés", au sens où nous découvrons leur existence au dernier moment voire trop tard, cela révèle un fonctionnement particulier dans le petit milieu français du cinéma dit "de genre". Les films qui sont pratiquement sûrs de faire le plein de militants, à leurs premières projections de presse, sont en général ceux qui ont été réalisés par d’anciens journalistes ou par des personnes étroitement liées à ce milieu de journalistes. C’est assez fâcheux puisque le public pourrait vite soupçonner, et on le comprend, un état de connivence. Et il y a bien eu un ou deux cas qui, à mes yeux, posent sérieusement problème. Mais dans l’ensemble, en tous cas d’après ce que j’ai constaté, il s’agit généralement moins de connivence que de simplement être au courant de ce qui se fait, et donc de parler de ce que l’on connaît. La production de films tels que Nid de guêpes, Virgil ou Pour elle s’est faite sans que l’information ne se déploie dans ce petit milieu militant ; j’imagine que ses producteurs ignoraient même que ces films trouveraient une partie de leurs supporters dans ce petit groupe.

 

ma nièce de neuf ans et totoshop comprennent mieux le film que les affichistes

 

Or il se trouve que ce militantisme français est d’abord né dans les colonnes des magazines, sous la plume d’aspirants cinéastes à qui l’industrie filmique refusait l’entrée. Leur travail critique a finalement convaincu une partie de la profession d’ouvrir un espace à ce cinéma-là, et en contrepartie pas mal de producteurs de ces films "de genre" (donc exclusivement d'horreur) s’attendent aujourd’hui à être naturellement soutenus par cette presse militante. Et on a parfois l’impression que certains attendent avec plus d’anxiété la réaction des journalistes plutôt que le verdict du public. J’ai le souvenir d’un producteur déclarant à des journalistes qu’il ne sortirait peut-être pas un film d’horreur (en l’occurrence, un bon film d’horreur) pour la simple raison que "on en a marre, à chaque fois, de se faire allumer dans la presse". Cela sous-entend qu’un film tout pourri, mais qui porte de façon ostentatoire les attributs "du genre", devrait automatiquement être défendu par la presse spécialisée, au nom de son militantisme. Mais à quel moment y a-t-il eu militantisme pour réclamer des films tout pourris ?


Pourtant, un tel système est à l’œuvre. Et effectivement, des films absolument tout pourris se voient traités avec mansuétude parce qu’ils ont montré patte blanche en glissant les éléments constitutifs de ce qu’on dénomme "le genre". 

J’ai de plus en plus de mal à percevoir la différence qu’il y a entre ce système et celui qui, dans les années 80, a soutenu à mort le "film d’auteur - 2 pièces cuisine – jeune réa de l’IDHEC". Lorsqu’on parle aujourd’hui en France de films de genre, c’est dans une acceptation incroyablement étriquée du terme : "un film de genre, c’est quand y’a du gore qui est hardcore, qui nique la société et qui fait peur aux vieilles dans le métro" de la même façon qu’autrefois on avait "un film d’auteur, c’est quand deux étudiants en socio s’engueulent dans une cuisine moche, puis font l’amour sur un matelas posé au sol avec du Lou Reed en fond sonore; et ça fait chier la vieille dans le métro".

Hier comme aujourd’hui, les jeunes réalisateurs les plus proclamés de cette vague semblent être issus du même moule et partagent les mêmes références cinéphiliques. Hier comme aujourd’hui, ils sont soutenus à coups de qualificatifs parfois indignes, par une presse parisienne d’autant plus concernée et partiale qu’il s’agit de films faits par des potes. Hier comme aujourd’hui, ces films peuvent pointer leur nez à la semaine de la critique et faire leur mini-buzz sur la croisette. Hier comme aujourd’hui, ces films prennent leur pied à dépeindre des femmes asociales, détestables et hystériques, en se persuadant d’avoir capturé là l’insaisissable féminin (à comparer avec le personnage de Kruger dans Pour Elle, dont on tombe amoureux en 2 minutes alors qu'elle est arrêtée pour meurtre, et la façon sublime avec laquelle elle demande à ne plus revoir son fils). Hier comme aujourd’hui, le snobisme américain associe les mots "european" et "art films" et glorifie en conséquence la nouvelle vague d'horreur, sans réaliser qu’ils ont sous la main la même came en peut-être mieux. Hier comme aujourd’hui, ces films font plus du tiers de leurs entrées sur Paris, cumulent leur carrière à 80 000 spectateurs, et tout le monde semble s’en satisfaire. Et pour finir, l’affiche de ces films nous présente occasionnellement les comédiennes qui sévissaient déjà dans "l’hôteur" des années 80 (à quand Sandrine Bonnaire découpée à la machette ?)
Vu de loin, l’affaire ressemble drôlement à un sale remake, à un retour à la case départ, où le pot de fleurs brisé et la scène de ménage auraient été remplacés par un pancréas éclaté et du piano morriconesque. Et à posteriori, je ne m’étonne plus du fait que cette "nouvelle vague" de l’horreur à la française ait été initiée en 2001 par la réalisatrice Claire Denis, pur produit du film d’auteur 80’s, ancienne de l’IDHEC et assistante de Jacques Rivette. Ouais... Supaire…

 

idée marketing : Ca + Ca = le sujet du film

 

Comme je ne suis pas le seul à avoir réalisé cette mystérieuse analogie, j’en déduis que le développement de ces dernières années a pu s’avérer frustrant pour pas mal de personnes adeptes du fantastique/horreur/action/aventure, et qu’il y a peut-être moyen de ne pas se complaire dans ce système.
On sait que les enfants sont inconsciemment poussés à reproduire les erreurs de leurs parents. On sait aussi qu’il est possible d’échapper à ce phénomène de répétition générationnelle. Cela commence par déterminer clairement ce que l’on souhaite, mais seulement après avoir identifié et isolé le fantôme de ce qu’on ne souhaitait plus. Autrement dit, il faut admettre que la purge que fut autrefois le "film d’auteur - 2 pièces cuisine – jeune réa de l’IDHEC" n’était PAS du à ses éléments constitutifs de "2 pièces cuisine", mais au fait que ces films étaient mal écrits, mal mis en scène, mal interprétés, et que les qualités dont ils se réclamaient appartenaient à un périmètre extérieur au film ("ça s’appelle "film d’art" donc ça doit en être ; bon c’est chiant comme film mais il dit du mal du FN alors c’est mon ami.").

Aussi m’excusera-t-on de n’avoir aujourd’hui rien à secouer d’un film d’horreur hardcore (mettez le titre de votre choix, la liste est longue) s’il est mal écrit, mal mise en scène et mal interprété, et que les qualités dont il se réclame sont de porter l’étendard du "genre", parce qu’à la treizième minute on y cite un film d’horreur d’il y a 35 ans, ou bien parce qu'il crie dans les colonnes de magazines son aspect subversif/la société j’la nique.
De toutes façons, hier comme aujourd’hui, j’ai tendance à penser qu’un film est réellement subversif dès l’instant où il est bon; dès l’instant où il permet à un spectateur de s’affranchir de son nombril, ne serait-ce que deux heures. (je développerais ça une autre fois)

Et c’est là que j’en reviens au film Pour Elle.
Je ne m’en servirais pas d’étendard et n’irais pas crier sur les toits que c’est un chef d’œuvre absolu de sa race, parce que ce n’est pas vrai. Pour Elle est "juste" un bon, voire un très bon film.


Mais ce qui me plaît dans cet exemple, c’est que le film de Cavayé se fout complètement, royalement, intégralement, de tout ce que je viens de dire ! Il n’appartient à aucune vague, à aucun courant, et il s’inscrit tout au plus dans une éventuelle "tradition" française qu’on aurait bien du mal à définir (à part le fait qu’on y parle français et que ça se passe en France).

Son auteur n’est pas un cinéphage sevré de ciné de genre et à la pointe de l’actualité (idem pour Siri d’ailleurs). Cavayé a du rencontrer il y a deux semaines tout au plus les premiers journalistes de sa vie. Il est suffisamment peu familier de toute l’agitation promotionnelle ou festivalière que, lorsqu’il m’a rejoint dans la suite de l’hôtel trucmuche, il n’a pas pu s’empêcher de me lancer avec le sourire "C’est bien joli chez vous" (faut dire que j’avais pris mes aises, et je lui ai d’ailleurs recommandé le hammam dans la salle de bain). En bref, Cavayé débarque. Il n’évolue pas dans la sphère militante. Il n’a pas réalisé un film en s’inscrivant dans un courant donné, et donc dans l’attente d’une poignée de gens. Il a réalisé son film avec l’espoir qu’il soit vu par un public à priori indéfini, et si possible large; c’est-à-dire un public à conquérir et non pas conquis d’avance. Son arme n’est pas la revendication mais l’implication émotionnelle. Il ne s'affiche pas contre "les autres" mais vers tout le monde. Il fera parler de lui à la télé de la même façon que les 400 autres films français de l'année, sans s'autoproclamer mutant, martyr ou grenade dégoupillée. Il n’a de chances de séduire que par ses qualités intrinsèques, c’est-à-dire l’écriture, la mise en scène et l’interprétation de ses comédiens. Son effort d’écriture ne sert qu’un propos : construire ses personnages et permettre à tout un chacun de s’y reconnaître (tous ceux qui ont vu le film ont eu la pensée fugace "et si ça m’arrivait ?"). Sa mise en scène ne sert qu’un propos : développer la mécanique du récit et permettre au spectateur de l’investir émotionnellement, sans lui faire du pied avec des effets empruntés ou en se reposant sur ses réflexes conditionnés. Les comédiens ne servent qu’un propos : faire exister les personnages et les rendre palpables, sans nous assommer de discours bien vus. Le film n'a besoin ni de gunfights, ni de poursuites en bagnole, pour revendiquer son statut de thriller. Il ne doit son appartenance au genre qu'à sa qualité de "thrill", respectant à la lettre, et probablement sans le vouloir consciemment, les codes originels du genre que beaucoup seraient infichus de citer.
Il y a, dans Pour Elle, une scène de dialogue entre Vincent Lindon et Olivier Marchal (vous savez, l’autre gars qui essaie avant tout de faire des bons films). Je ne peux vous parler en détail de cette séquence au risque de révéler trop de choses ; mais sachez qu’il s’en dégage une subtilité relationnelle, un enchevêtrement dans l’esprit du spectateur (du type "il sait que l’autre sait qu’il parle d’une chose en en exprimant une autre, mais il continue à parler comme si de rien n'était parce qu’ils se sont bien compris sans avoir à se le dire") bref le genre d'instant en suspension qu’on ne trouve habituellement que dans les scènes de dialogue de Michael Mann. Ouais ! Rien de moins ! Ainsi, à deux ou trois occasions, la rigueur et la concentration dont ont fait preuve les auteurs du film s’avère payante au point de les hisser à ces modèles. Ce n’est pas l’accomplissement ultime, j'en conviens, mais on a soudain l’impression que quelque chose a pris vie à l’écran, quelque chose qui ne doit rien et ne dépend en rien de nos éructations cinéphago-militantes.

Je sens qu’il y a de fortes chances pour que le film de Cavayé ne soit pas pris comme modèle et comme étendard des défenseurs du cinéma "de genre", qu'ils sévissent sur papier, sur site ou dans les forums. Parce que je sens que beaucoup auront déjà du mal à le reconnaître comme tel.
A la rigueur, ce sont les détracteurs du "genre" qui ont compris la chose avant tout le monde, puisqu'ils ressortent les éternelles mitraillettes à conneries ("scénario bien mince", "péripéties invraisemblables", "superficiel", "série B", "musique à l'américaine") mitraillettes qui se rechargent comme par magie dès qu’un film a des chances de toucher l’humanité d’un public indifférencié.
Cet état de fait, s’il se confirme, ne fera que me conforter dans ce que j’évoquais sur ce blog il y a un an, à savoir que ce terme de "cinéma de genre" commence à montrer de sérieux signes de pourrissement et qu’il serait peut-être temps de se repencher sur la notion, un peu plus subjective, un peu plus délicate à manier, de "cinéma populaire qui ne prend pas son public pour un ramassis de crétins".

Tout cela est écrit de façon désordonnée; et il m'est assez difficile de juger d'une mécanique sociale à laquelle j'appartiens et dans laquelle j'imagine avoir joué un rôle. En attendant, le seul acte militant qui me vienne à l’esprit, c’est de dire :

"Pour Elle, allez-y."


Lire l’interview de Fred Cavayé


Rafik Djoumi

 

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Les Fifils à sa Moman  (Coups de gueule) posté le lundi 10 novembre 2008 00:28



J’avoue que je suis parfois une brêle lorsqu’il s’agit de déterminer à l’avance le succès au box-office de certains blockbusters. Et j’ai eu l’occasion ces derniers mois de me trouver stupéfait par les scores engendrés sur certaines séquelles.

Nom de Zeus ! Les gens ont-ils à ce point adoré Batman Begins au point de se ruer par millions dans les multiplexes qui projetaient The Dark Knight ? Ont-ils été à ce point traumatisés par Couscous Royale (copyright Stéphane Moïssakis) pour assurer à Quantum of Solace un démarrage foudroyant ? Quant à la saga des Jason Burne, qui cumule à elle seule toutes les tares connues du cinéma d’action contemporain (intrigue minimaliste beurrée de circonvolutions inutilement complexes, personnages translucides réchappés d’une pub pour téléphones portables, mise en scène dyslexique faite de gros plans sur des machins qui bougent) elle n’a fait qu’affirmer son succès d’épisode en épisode.

A l’évidence, le public réclame à grands cris ce type de films d’action. Et lorsqu’on se prétend, comme moi, amateur de cinéma populaire, il n’y a aucune gloire à retirer de sa désynchronisation d’avec les goûts du public. Il m’est même assez difficile de vivre mon divorce d’avec ces films que le peuple acclame. En regardant Coucous Royale par petits bouts, j’ai réussi, au bout d’un an, à parvenir péniblement à la cinquantième minute. Ma vision de chaque Jason Burne a duré en moyenne 30 minutes (les 10 minutes du début + accéléré en fois 4 sur la totalité du film + les 5 minutes de climax). Quant à The Dark Knight, du fait de la vision en salle, je n’ai pas eu la liberté de zapper les 18 chapitres du futur DVD, où l’on prenait soin de me résumer les enjeux, puis de me résumer le résumé des enjeux, puis de m’expliciter le résumé du résumé des enjeux, au travers de scènes de dialogue qui ont fini par me faire comprendre le vertige d’Al Pacino dans Insomnia.

 

 

Mais ce qui me frappe le plus régulièrement dans ces récents blockbusters à succès, c’est la consistance de ses héros. Car il est évident qu’au-delà d’une certaine indigence cinégénique qui n’a pas l’heur de flatter mes papilles peut-être trop précieuses (Palsembleu, je ne trouve plus mon plaisir que dans les toiles de maître Del Toro et les expérimentations d’Art dynamique des Wachowski, ces affreux chantres du snobisme le plus élitiste ! Serais-je devenu sans le savoir le valet de la néo-aristocratie citadine ? Sabrecouille et giclemorve ! Qu’on me guillotine et que l’on jette ma perruque empoudrée sur la grève !) il est évident, disais-je, qu’une énorme partie de l’ennui prodigué devant les films cités plus haut vient de mon incapacité notoire à m’identifier, ne serait-ce qu’un minimum, au personnages titres. A ma connaissance, le cinéma d’action a toujours été plus ou moins dirigé vers un public d’adolescents ou d’adultes qui assument leurs restes d’adolescence; on n’attend pas de ce cinéma-là qu’il soit particulièrement fouillé psychologiquement ou qu’il gravite dans les hautes sphères philosophiques. On attend de lui qu’il fasse vivre une expérience, et pour ce fait qu’il autorise le spectateur à s’immerger dans la peau du héros.

Or, contrairement aux responsables de studio, qui se nourrissent régulièrement d’études de marché et sont donc censés connaître le profil psychologique de leur public, j’admets avoir complètement raté certaines étapes dans l’évolution des mœurs du public de films d’action. Depuis plus de dix ans, j’essayais de comprendre ce qu’il était advenu des héros "d’hier" ; pourquoi les agences de casting n’avaient-elles plus dans leurs bagages des Lee Marvin, des Charles Bronson, des Sean Connery, des Belmondo, des Lino Ventura, des Steve McQueen, des Yul Brynner, des Jim Brown, des Burt Reynolds, des Burt Lancaster etc. Je refusais de croire que ces "tronches" avaient simplement disparu de la circulation (réponse que l’on me donne trop souvent). Non! On n’employait tout simplement plus ce type d’acteurs, ce genre de profils, car le public d’ados ne les réclamait plus. OK, mais pourquoi ? Et pour être plus explicite dans ma demande cinémaniaque de bourgeois emplumé :

          Where the fuck is John Wayne ?

A la fin des années 80, les producteurs télé Stephen J. Cannell et Patrick Hasburgh avaient cherché à se faire une place au milieu d’une avalanche de séries policières à succès (Miami Vice et consorts). Pour contourner la concurrence, ils eurent l’idée ingénieuse de concevoir une série exclusivement destinée au public de jeunes filles. Comme le marketing le leur avait alors depuis longtemps démontré, les jeunes filles avaient tendance à se détourner des figures par trop viriles. Traversant une période d’incertitude sexuelle nécessaire à leur développement, à la lisière de l’homosexualité, l’énergie de leur libido avait tendance à se focaliser sur des garçons aux traits féminins marqués, dans une recherche inconsciente d’hommes sans phallus. La stratégie consistant à créer de toutes pièces des idoles masculines qui ne sentent pas trop la bite (donc "non agressives" pour l’hymen apeuré de ces demoiselles) avait prouvé son succès croissant dans le milieu de la musique pop (souvenez-vous des A-ha, Duran Duran, Depeche Mode, Alphaville, Tears for Fears etc.). Et dans cette logique, Stephen J. Cannell et Patrick Hasburgh avaient trouvé la perle rare en la personne d’un jeune comédien appelé Johnny Depp. Comme prévu, la série TV policière pour jeunes filles, titrée 21 Jump Street, fut un succès immédiat auprès des adolescentEs et laissa de marbre le public de garçons (sauf un ou deux qui, depuis, sont sortis du placard). Mais jamais de leur vie, ces producteurs futés n’auraient pu imaginer que, vingt ans plus tard, l’éphèbe Johnny Depp deviendrait un icône du film d’aventure et de pirates, porté aux nues par des millions de garçons.


Celle qui semble avoir compris le plus tôt les nouvelles nécessités du ciblage marketing est Barbara Broccoli, héritière de la saga des James Bond. Dès 1995, à la suite de plusieurs échecs, Barbara s’était chargé, avec le film Goldeneye, de redéfinir de fond en comble le personnage de Bond, emblème le plus évident de la masculinité à l’écran.

Depuis les années soixante, le personnage de Bond se définissait, entre autres, par son caractère solitaire, sa détermination, sa loyauté sans faille envers la couronne, sa virilité flirtant avec le machisme, sa violence et surtout sa capacité à "prendre" les choses quand bon lui semble. Pur produit d’un fantasme masculin inféodé aux conjectures (c’est-à-dire indifférent à toutes les critiques qui pleuvaient sur son compte dans les cercles féministes), James Bond était, sous les traits de Connery, de Lazenby ou même de Roger Moore, le genre d’individu qui pénètre dans une salle huppée, en costume impeccable, et qui, sans prononcer un mot, sans un geste brusque, suggére à l’assistance par sa seule posture : "Salut les taffiotes. Baissez les yeux car c’est moi qui ait la plus grosse. Toutes les femmes dans cette pièce m’appartiennent et je ne vais pas leur demander l’autorisation si l’envie me prend de les retourner sur la table". Ce Bond-là ne se cherchait aucune excuse, aucune justification, ne montrait aucun état d’âme. La plupart des femmes qu’il "prenait" (car il ne perdait pas de temps à les séduire) se faisaient généralement tuer une fois consommées. Et l’agent secret ne réfléchissait pas à deux fois avant d’user de la prérogative que lui offre le fameux "double-zéro", à savoir le permis de tuer.

Le Bond nouveau, apparu avec Goldeneye (et qui fit hurler de dégoût les bondophiles que je fréquentais à l’époque) était un personnage pétri de doutes, qui reste assis en silence dans un cimetière de statues de Lénine tel un ado gothique émule de Rimbaud ; un Bond sensible quoi ! in touch avec son feminine side au point de se faire à moitié violer par la méchante du film, seul personnage à la virilité agressive. Et pour bien souligner au Stabilo la nouvelle donne, ce Bond next generation était flanqué d’un nouveau supérieur hiérarchique : une femme en âge d’être sa mère et qui se comportait précisément comme telle ! En un seul film, les héritiers Broccoli ne se contentaient pas d’émasculer le personnage de Ian Fleming ; ils le rétrogradaient au stade d’un marmot de douze ans découvrant son premier poil de cul.

 

Six morts dans une ambassade. Non mais vous savez ce que ça veut dire, James ? Plus de forfait libre et plus de XBox pendant au moins un mois.

 

Ce que les producteurs de Goldeneye avaient senti venir (au lendemain de l’échec du trop ramboïde Permis de tuer ) c’est, je crois, l’arrivée en salle de la nouvelle génération de mômes ; celle qui fut élevée en masse dans des familles monoparentales ou recomposées. Dans ces familles qui se multiplièrent durant les années 70 et 80, la voix de l’autorité était généralement incarnée par la mère. Le père devenait soit absent, soit illégitime, soit il était prié d’adoucir ses angles, de laisser parler son côté maternel, en clair de devenir la voix de la tendresse et de l’apprentissage de la confiance en soi (c’est-à-dire le rôle dévolu à la mère dans les familles "d’avant").

Privés d’image du Père (au sens psychanalytique du terme) les gamins débarqués dans les années 90 étaient du même coup privés d’un certain modèle d’émulation, celui qui symbolisait l’autorité, la détermination et l’indépendance des générations précédentes. Privés de cette image, donc privés de cet élan, ils ne pouvaient plus chercher à s’identifier à un personnage qui incarne aussi pleinement cette figure patriarcale. L’identification ne peut désormais plus se faire qu’avec des semblables, des personnages qui auraient toutes les caractéristiques d’un ado.

Un môme des années 90/2000 refusera de s’identifier pleinement à John Wayne vu qu’il est beaucoup trop vieux du haut de ses quarante ans, le papy. Le môme des années 60/70, lui, s’identifiait à John Wayne précisément parce que ce dernier avait quarante ans "et que un jour je serais comme lui" ! Nous sommes passés d’une génération de mômes qui rêvent de grandir et de devenir des héros balèzes, indépendants, cavaliers solitaires… à une génération de quadragénaires qui vivent toujours chez môman et qui n’ont aucune envie de s’en émanciper (mais il paraît que c’est seulement la faute à la crizéconomik)

 

 

Autrefois il suffisait à James Bond de lever un sourcil pour que tout le monde comprenne qu’il avait un braquemard de dix kilos prêt à dégainer. Aujourd’hui James Bond fait de la muscu pour développer son beau corps d’adonis des clubs branchés de San Francisco ; quand il se bat avec des hommes, c’est dans les chiottes de préférence, et il hurle comme un porcin pour montrer  qu’il sait être vilaine ; dès qu’il approche d’une belle femme il se prend un vent ; et quand il fait une boulette, il se rend dans l’appartement de sa môman pour se faire excuser.

Dans son sillage direct a débarqué l’inénarrable Jason Burne. Avec lui, l’incertitude sexuelle propre au morveux pubère monte au niveau supérieur. Jason Burne, il sait pas qui qu’il est ; il sait pas d’où qu’il vient ; il sait pas qu’est-ce c’est les gouttes blanches dans son slip le matin. Alors Jason Burne, il se fait aider par des dames tatouées qui lui expliquent qui qu’il est, qui le prennent par la main pour lui faire faire le tour du monde. Jason, pour montrer qu’il est fort, il fait des prises de kung fu en grimaçant, en halètant, en criant (à comparer avec John Wayne qui reste assis dans le coin du saloon et se contente de dire : "That was my steak, Valence !" pour que tout le monde se fige d’effroi).

Jason Burne est interprété à l’écran par Matt Damon, le sosie à peine ridé de Dennis la Malice ; le profil type de ce qu’on appelait autrefois un «"une gueule de premier de la classe" ou une "tronche de fayot". Si Matt Damon avait du faire sa carrière dans les années 80, il aurait été abonné aux rôles de puceaux du club sportif dans les comédies teenageresques. Mais dans les années 2000, le porcelet joufflu devient sans problème l’une des plus grandes stars du cinéma d’action.

Ce refus de plus en plus généralisé de la figure du Père et de l’agressivité virile ne se limite évidemment pas aux thrillers d’espionnage. Vin Diesel a connu le succès lorsqu’il jouait aux Hot Wheels avec ses copains de l’école (Fast and Furious), lorsqu’il faisait du skateboard avec les enfants de la voisine (xXx le petit déjeuner des champions) et il s’est soudain ramassé au box-office dès qu’il a osé jouer les Conan le Barbare de substitution (avec Les Chroniques de Riddick). Au fond, Riddick respire trop l’indépendance; il se place au-dessus des lois et des institutions; difficile de l’imaginer se faire engueuler par sa moman.

 

 

En 2006, Zack Snyder adapte le 300 de Frank Miller. Jusqu’alors, les spartiates avaient été dans l’histoire un symbole relativement unanime de la virilité poussée à son paroxysme ; Sparte représentait la société patriarcale dans toute sa violence et son intolérance, une société où l’on jetait les bébés trop faibles du haut des collines, où l’on préférait mourir dans un bain de sang orgasmique plutôt que dans un lit confortable. Bref une démonstration par l’absurde qui, néanmoins, continuait d’exercer une fascination plus ou moins admise sur les machines à testostérone que nous sommes. Mais sous l’impulsion non déclarée de la société contemporaine et de ses valeurs, les spartiates du film de Snyder devinrent une troupe de marmots qui hurlent comme des bourricots dans le jardin afin de se prouver qu’ils seront bientôt en âge d’avoir du poil au menton. Totalement assujettis à leurs épouses, qui jouent ici très clairement le rôle de leurs mères, ces sales gosses de spartiates n’oublient jamais de demander l’autorisation à môman avant de kicker du perse dans le puits (intéressant que ce plan hallucinant d’échange de regard entre l’homme et la femme, dans la scène la plus emblématique du film, ait été coupé au montage dans la bande annonce). Et sur le champ de bataille, lorsqu’ils perdent un fils au combat (suprême honneur dans la Sparte d’origine) les gueulards en slip du film de Snyder se mettent à chialer et à renifler comme des petites orphelines : non mais What the F… quoi ?


A quelques jours de sa sortie, 300 avait déjà trouvé son (énorme) public, comme le montre cette vidéo d'époque.

 

Que le Joker du film de Christopher Nolan, The Dark Knight, se comporte comme un ado hyperactif qui aurait oublié sa Ritalin ne pose pas de problème en soi. Le Joker a toujours incarné le refus d’une certaine maturité et la criminalité qu’elle engendre, et c’était bien l’une des raisons qui en faisait un "bad guy" dans la bédé finalement traditionaliste de Bob Kane (d’ailleurs, le Valence qui s’opposait à John Wayne n’était pas très éloigné du Joker non plus). Ce qui trouble déjà dans ce plus-grand-film-de-super-héros-de-tous-temps du classique-instantané-trop-dark du (très long) film de Nolan, c’est que l’orphelin Bruce Wayne se voit ici placé sous la tutelle non pas de un, mais de TROIS pères de substitution ! Faisant la navette tous les week-ends entre le majordome Alfred, l’industriel Lucius Fox et l’inspecteur Gordon, le gamin doit avoir un sapin de Noël idéalement garni en fin d’année. Et c’est d’ailleurs l’omniprésence de ces figures de "pères mous" sans autorité  (qui lui passent toutes ses aberrations ; "ho mon fils t’as créé un système de surveillance digne de George Orwell ? Efface-moi ça, chenapan") qui donnent au film ses longues plages de dialogues interminables en travellings circulaires sous filtre bleu/gris.

Autre détail intéressant du film, la nana que s’arrachent les deux plus grands playboys millionnaires de la ville ressemble à un Tom Sawyer qui aurait chipé la tunique de Joe l’indien pour s’en faire une robe de soirée. A dix mille années lumière de la pulpeuse Vicky Vale/Kim Basinger, loin, mais alors très loin d’une Catwoman SM incarnée par la plus belle femme au monde, le Bruce Wayne d’aujourd’hui ne se cherche pas une femme mais une Maggie Gyllenhaal, soit un copain avec qui aller faire les 400 coups au bord du Mississippi. (d’une façon plus générale, les ados et adultes des années soixante voyaient leur libido exploser sous la vision de trois attributs féminins précis : les jambes, les fesses et surtout le pubis -qu’on surnommait "triangle d’or", "chausson", "chatte", "jungle moite" et autres gentillesses poilues-. L’ado/jeune adulte contemporain ne jure plus que par deux attributs : le sein énorme et le vagin entièrement rasé. En clair il veut coucher avec sa mère ou avec sa petite sœur mais certainement pas avec une femme).

J’ignore où nous mènera cette mode socialement induite du héros morveux , sexuellement immature et plongé sous les jupes de sa moman; j’ignore si l’on reverra de sitôt Mad Max marcher stoïquement dans le désert sans prononcer un mot ou L’Inspecteur Harry ouvrir tranquillement sa porte à une groupie asiatique ; j’ignore même où me guide cette longue chronique décousue. De toutes façons, ma femme vient de me demander d’arrêter de taper comme un furieux sur le clavier. Et comme je suis un spartiate moderne, qui sait reconnaître la vraie voix de l’autorité, j’arrête sur le champ cette rédaction ; je vais regarder de ce pas mes 2 minutes mensuelles de Couscous Royale puis me coucher en suçant mon pouce et en rêvant à des seins énormes décorés de tétines.

Rafik Djoumi

 

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Les Ratés du merchandising  (Coups de gueule) posté le lundi 20 octobre 2008 20:41

 

Je crois ne pas être le seul à ressentir un plaisir narquois, quasi-sadique, à voir les gens du marketing se planter dans les grandes largeurs. Tous ces spécialistes en « comm'», en « public relation », mettent une telle énergie à se faire passer pour omniscients (et à faire passer leur cible pour un ramassis d’ignares) qu’on ne peut que ricaner avec des dents pointues lorsqu’ils ratent leur cible de trois kilomètres. Voici quelques pièces de choix :

 

 

E.T. téléphone Pigalle

On ne le répètera jamais assez : à l’origine, E.T. l’extra-terrestre était un film intimiste, un petit conte banlieusard réalisé pour à peine dix millions de dollars et destiné à une petite carrière.

Rien, en l’occurrence, n’avait été prévu en termes de merchandising. C’est donc dans la plus grande panique, à mesure que le film gagnait des écrans, que les divers fabricants de jouets durent improviser autour du phénomène grandissant.

Certains se souviendront sans doute de l’horrible poupée E.T., qui fut certainement le produit dérivé le plus vendu de l’époque.

D’autres ont peut-être déjà entendu parler du jeu vidéo Atari, inspiré du film, et qui se retrouve régulièrement dans la liste des pires videogames jamais réalisés (voir la magnifique capture ci-dessous; le truc vert, c’est E.T.).

Mais il est assez peu probable que vous ayez pu croiser le doigt de E.T, fabriqué en catastrophe par la société Knickerbocker.

Il s’agissait d’un magnifique doigt géant, en caoutchouc, dans lequel vous glissiez votre propre index et dont le bout s’allumait comme par magie. Rien qu’à voir le packaging et ce qu’il suggère, vous comprendrez aisément que les magasins aient refusé catégoriquement d’afficher ce truc, disons, légèrement ostensible.

 

 

 

 

La Guerre du Daitarn 3 des Micronauts des étoiles

Pour une raison qui demeure mystérieuse, le dernier pays à avoir pu découvrir Star Wars fut le Japon, où le film de Lucas ne sortit qu’en 1978. Outre une ribambelle de plagiats parvenus avant lui sur les écrans (dont Message from Space avec Sonny Chiba et bien sûr San Ku Kaï) la production Lucas fut également affligée d’un merchandising local fait à la va-vite par des pov’gars qui n’avaient tout simplement pas vu le film.

Alors dans ces cas là, qu’est-ce qu’on fait ? On s’inspire un peu du jeu de photos officielles qu’on a reçus, on va voir à côté ce qui se fait dans le genre SF, et on se dit qu’au fond personne ne fera la différence entre un vaisseau et un autre. Et voici comment le jeu de cartes Star Wars de l’éditeur Karuta en est venu à être un joli mix d’influences américano-nippones. bien avant l'heure des Blade et autres Matrix.

Inutile de préciser que ce truc est devenu collector.

 

 

Le Pyjama de ton héros préféré


Bien qu’ils soient quasi-unanimement considérés comme des produits horribles, les costumes de super-héros de Remco connurent des ventes faramineuses en leur temps. Il faut dire que l’époque (milieu-fin des années 70) était plutôt chiche en merchandising et que le moindre label « Homme qui valait 3 milliards » ou « Superman » avait le don de projeter les gamins sur la lune. Dotés d’un packaging prometteur sur lequel on voyait un beau dessin de « ton héros » en action, ces costumes, une fois déballés et enfilés, promettaient une succession de déconvenues :

1/ l’élastique censé soutenir le masque autour de la tête avait une durée de vie d’environ 30 secondes ;

2/ les petits trous à l’emplacement des yeux et de la bouche parvenaient à la fois à faire suffoquer le môme et à le rendre aveugle (Jerry Seinfeld a évoqué ces merveilles dans un sketch célèbre sur Halloween. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est ici, à 1mn21)

3/ le costume portait fièrement le nom du héros labellisé (chacun sait bien que Batman se ballade avec son nom écrit en énorme sur la poitrine, et que King Kong porte l’affiche du film sur son torse),

4/ Superman se voyait flanqué, on ne sait trop pourquoi, d’un masque vénitien rouge ;

et enfin, 5/ le plus beau de tout, ces sortes de pyjamas étaient faits d’un tissu à peine plus épais qu’une feuille de sopalin, ce qui est idéal pour une virée d’Halloween. Des groupes de gamins qui courent en pyjamas durant la nuit du 1er novembre, ça laisse imaginer les épidémies de grippes du lendemain. N’importe quel américain, mâle et trentenaire, vous parlera avec émotion de ces objets de torture d’un autre âge.

 

 

Saison 2, épisode 19

« Le morceau de plastique jaune d’outre espace »

C’est également au géant Remco (voir ci-dessus) qu’on doit certaines utilisations de copyright assez cocasses. Ayant acquis la licence Star Trek durant les années 60, à une époque où celle-ci ne valait rien, puisque le feuilleton avait été un échec, Remco s’empressa de la rentabiliser de la façon la plus simple : c’est-à-dire en rajoutant un simple autocollant « Star Trek » sur une gamme de jouets foireuse sur laquelle, ça tombe bien, la société s’était surstocké. Que les trekkies se rassurent, ils n’ont pas raté d’épisodes mythiques. "L’astro-train robot carrier" et le "Submarine trailer" ne proviennent pas de l’imagination débordante de Gene Roddenberry, mais juste d’une réunion marketing qui a duré au maximum 11 minutes.

 

 

 

 

Wonder-Fifille

Contrairement à Remco, le fabricant Underoos (filiale du géant Fruit of the Loom) a tenté de faire des costumes de super-héros qui ressemblaient un tant soit peu aux originaux. bédéphiliques.

Fleuron de cette gamme, ce magnifique ensemble Wonder Woman, 100% polyester et coton, lavable, souple  et résistant. Il est beau, non ?

Maintenant, on vous laisse imaginer votre petite sœur qui se trémousse dans le jardin avec cette culotte et ce tee-shirt sans manches, aussi moulants que particulièrement flashy ; et on vous laisse surtout imaginer les quelques types mal rasés, en pardessus gris, qui se bousculent derrière la haie. Chouette ambiance dans le quartier.

Assez curieusement, Underoos n’a pas renouvelé l’expérience (avaient-ils prévu Catwoman, avec son fouet et ses bottes à talons hauts ?)

 

 

Jeux de plateau : à partir de 10 ans

Le produit de merchandising le plus fabriqué au monde est sans aucun doute le jeu de plateau.

Il suffit en effet d’acquérir une licence, de coller le titre ou un dessin sur un morceau de carton, et de refourguer n’importe quelles cartes, dés ou notices provenant d’autres jeux invendus, et le tour est joué.

Ces cochonneries se vendent comme des petits pains, alors qu’elle n’entretiennent qu’un rapport très lointain avec le film censément figuré. Parmi les milliers de films ainsi transformés en « cardboards », j’ai choisi ces deux modèles : le Zombie de George Romero et le New York 1997 de Carpenter.

Sachant que ces cardboards sont majoritairement destinés aux 10-11 ans, j’aurais bien aimé rencontrer le gars qui a racheté ces licences pour discuter avec lui de la notion de « film familial ».

 

 

 

 

New Line, maîtres du monde

On n’imagine pas à quel point la saga du Seigneur des Anneaux a permis à New Line de garder la tête (fiscale) hors de l’eau ; parce qu’on n’imagine tout simplement pas l’argent qui a été foutu en l’air à essayer de créer de toutes pièces des films phénomènes qui se sont joyeusement rétamés la face. En 1998, New Line était convaincue que son film Perdus dans l’espace allait traumatiser le box-office et démarrer une franchise de 4 ou 5 films minimum. A cette fin, on avait obligé l’équipe du film à intégrer au récit un personnage tout à fait inutile et d’une laideur sans nom : le Blawp, sorte de marsupilami atteint de myxomatose et dont une gamme entière de jouets lui était dédiée. Re-belote en 2007 avec Mimzy, le messager du futur, histoire d’un lapin en peluche venu d’une autre dimension, et dont des rayonnages entiers furent réservés pour les fêtes. Et vous vous souvenez probablement du buzz tonitruant qui avait précédé la sortie de Snakes on a plane. New Line était tellement convaincue que tous les gangsters de la côte Ouest allaient trop kiffer sa race le film, qu’ils créèrent à cette fin une gamme de bijoux en or vendus pour la modique somme de 3 900 dollars ! Enfin une pensée émue pour le costume d’Halloween du personnage de Fat Bastard dans Austin Powers 2, un costume effectivement ingénieux, gonflable à volonté, qui n’avait qu’un seul défaut : s’adresser à une population où un individu sur quatre souffre d’obésité.

 

 

 

 

Mangez Babe !


On conclue avec ce qui est sans doute ma pièce de merchandising préférée : le Babe Happy Meal de l’enseigne McDonald’s.

Celui-ci prévoyait d’offrir en cadeau aux petits n’enfants une zolie peluche de Babe (ou de ses copains le mouton, le canard ou la vache) pour tout achat d’un menu Happy Meal qui contenait entre autres… heu… un hamburger au bacon !

Qu’une telle monstruosité ait pu être conçue, discutée, calculée durant de longues réunions et enfin mise en œuvre à l'échelle d'un énorme pays représente, à mes yeux d’amateur de dérives, un authentique ravissement.

En vérité, tout porte à croire que les responsables de l’opération n’avaient aucune idée de ce que racontait le film, à savoir que l’aventure de Babe consistait précisément, pour tous ces animaux, à éviter l’abattoir qui les aurait menés entre deux tranches de hamburger. La société de production du film, Kennedy Miller, avoue n’avoir pas du tout tilté lorsque le partenariat avec McDo lui fut présenté, très en amont. Et ce n’est que lorsqu’ils reçurent une date pour l’opération proprement dite qu’ils tentèrent d’avertir, mais un peu tard, le studio MCA/Universal, refusant même de croire que l’enseigne avait mené son opération jusqu’au bout.

Il était trop tard : les premiers spots télé étaient déjà diffusés. On y annonçait fièrement aux parents : « et vos enfants pourront s’imaginer qu’ils sont Babe ! ». L’acteur James Cromwell, qui interprète le brave fermier du film, fit publiquement connaître son dégoût pour l’opération : « Je suis révolté et j’espère que ça leur reviendra au visage, dit-il. Les réactions des gens à ce film, et précisément celle des enfants, c’est que cela leur a rappelé le lien qui existe entre la viande et les animaux, un lien que McDonald a tenté de rendre flou pendant plusieurs années ». On ignore ce que cela a coûté à l’McDo pour faire disparaître au plus vite cette ignominie, mais au premiers jours de la sortie du film, avec les premières familles de clients, quelques restos eurent droit aux crises de pleurs généralisés. Imaginez plein de petits n’enfants traumatisés et sanglotant, qui demandent, la morve au nez, pourquoi qu’on a tué Babe. Hein ? Pourquoi Maman ? Et le plus beau dans l’histoire, c’est ce slogan magnifique qui ornait le sachet plastique dans lequel se trouvait le bacon maudit :

« A little pig goes a long way » ... « il en a fait du chemin le petit cochon ! »

 

 

 

 

Voilà, il me reste à conclure avec une devinette : à quels films appartiennent les deux pièces de merchandising ci-dessous ? Pièces complètement à côté de la plaque, vous vous en serez doutés. Vous n’avez rien à gagner si ce n’est mon estime de geek déviant.

 

 

Rafik Djoumi

 

 

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