A l'heure qu'il est, des sites bien comme il faut vous auront
déjà révélé que Watchmen est le
méga-super-méga-top-chef-d'oeuvre-méga-meilleur film de super héros
jamais fait, au coude à coude avec The Dark Knight ou
comment je me suis disputé ma vie métrosexuelle en seulement 2738
scènes de dialogue.
Mais si vous fréquentez ce blog, il y a des chances pour
que vous fassiez partie de cette raclure sous-culturelle qui
associe "comic-book movie" à des trucs comme Spider-man
2, Blade 2 ou
Incassable, qui croit voir de l'art
dynamique dans Speed Racer, de la sagesse
antique dans Matrix Reloaded ou même de
la mise en scène chez McTiernan. Aussi, si vous êtes un de ces
geeks dégénérescents, parano-compulsif shooté aux sous-produits
purulents, malade mental qui croyait repérer trois tonnes de
références à Watchmen dans un dessin animé Pixar
d’il y a cinq ans (pfff… non mais j’te
jure… toi et tes références bédé à la con), enfin bref,
si vous êtes le genre de pouilleux sociopathe qui lit du Alan Moore
alors qu'on en a même pas encore causé chez Delarue, alors
peut-être attendez-vous plutôt de ce
Watchmen qu’il se révèle simplement
être le "nouveau film du teubé". Vous savez, le gars déjà
responsable de "l’adaptation" de
300 ? L’homme qui réplique à
l’identique chaque case de la bédé, jusqu’à la tasse de
café au fond sur la table derrière, là, mais qui malheureusement,
comme le dit mon collègue Arnaud Bordas, "n’a jamais
compris qu’il se passait aussi des trucs entre les
cases".
Je ne vais pas me lancer dans une revue de détail qui ferait hélas
trois kilomètres : casting horrible, direction d’acteurs horrible, image
photoshopée jusqu’à la nausée, mise à l’écart systématique de tout ce qui
risquerait de chambouler une ou deux neurones dans la tête du public
(zappée l’histoire du psychiatre qui réalise la "vérité"
au sujet des tâches d’encre) ; évidemment, du
ralenti toutes les deux secondes dès qu’un gus lève une jambe
ou
traverse une
rue, soulignage au stabilo pour tous les endormis qui ne
comprennent rien à ce qu’on leur matraque (Laurie est
tellement conne qu’elle ne comprend même pas le sens de ses
propres flashbacks, et c’est le Dr Manhattan qui lui explique
(ainsi qu’au spectateur) la nature de son secret, en prenant
soin d’utiliser des mots de moins de six lettres ; occasion
pour Laurie de partir dans une imitation foudroyante du Dark Vador
de la fin de La Revanche des Siths, avec mouvement de grue et tout
– plus avant dans le film, La Silhouette vue en train de
rouler une galoche à une femme dans la rue, puis en train de
reluquer d’autres femmes, puis au lit avec une femme, puis
enfin traitée de gouine (tout ça en moins de trois
minutes), afin qu’on puisse éventuellement comprendre,
en y réfléchissant un peu, qu’en fait il se pourrait bien
qu’elle soit peut-être lesbienne) et bien sûr une
incompréhension assez déprimante de TOUT le propos culturel qui
charpentait l’œuvre pour se contenter d’en
dégager de la pose "smart and sexy".
Du cool, quoi !
En vérité, la critique parfaite du film Watchmen a été rédigée il y a déjà huit mois par FlyingTotoro sur un certain forum (si quelqu’un peut déterrer le message) alors qu’il se lançait dans un exercice périlleux et particulièrement haï dans nos sociétés actuelles, et qu’on appelle la déduction après expertise.

Pour ma part, je vais me contenter d’évoquer les
choix musicaux du film, qui à mon sens résument
idéalement le degré de raffinement dont a fait preuve
l’équipe de Snyder en s’attelant à ce monument de la
culture bédéphilique. Dans tous les cas cités, la musique est au
premier plan dans la bande-son.
Ignorant tout des conditions dans lesquelles ont été sélectionnés
ces morceaux, j’ai pris la liberté d’imaginer le
travail de réflexion qui y avait présidé (et qui m’apparaît
le plus adapté au film que j’ai vu) dans des dialogues
purement fictifs.
Note : les propos en bleu et italique de Zack
Snyder proviennent d’une interview donnée au site collider. Ils sont reproduits avec fidélité dans
l'unique but de souligner l'amplitude de son ambition
cinéaste.
Retrouvailles dans un restaurant chic entre Laurie (la
trop sexy Spectre Soyeux) et Dan Dreiberg (le trop smart
Hibou)
Conseiller musical : dans ces restos new-yorkais, c’est
souvent du jazz qui passe.
Zack : Oui mais y’avait la chanson en 1985 là,
l’européenne qui chantait des trucs sur les
ballons.
Conseiller musical : Nena ?
99 Luftballons ?
Zack : Voilà, c’est ça. En plus c’est parfait parce
qu’on vient, dans la scène d’avant, d’évoquer les
russes et tout.
Conseiller musical : En fait, Nena, elle était
d’Allemagne de l’Ouest.
Zack : Oui si tu veux ; enfin un pays communiste quoi ! Bon
écoute, tu me la mets bien en avant, pour que le mec qui a dragué
sur cette chanson durant sa prom’ en 83 il ait des souvenirs
qui remontent.
C’est
pas juste un film de super-héros tu vois. C’est un peu comme
si ça devait l’être, parce que Alan l’a fait –ce
n’était pas juste, c’était des bédés-film, ou de la
littérature en bédé, mais c’était entièrement de la
littérature aussi. Tu sais, Alan il est très, c’est un gars
futé. (Zack Snyder)
Enterrement du Comédien (trop smart)
Zack : Avec tous ces militaires et la pluie, tout ça, il
faudrait un truc solennel, un peu triste. Tu sais comme dans le
film où Dustin Hoffman il est sur un tapis roulant tout
triste.
Conseiller musical : Le générique du Lauréat ?
Tu veux mettre The Sound of Silence de Simon and
Garfunkel ?
Zack : Ouais, ouais, c’est bien ça avec la
pluie.
Conseiller musical : OK mais le Comédien, il a passé sa vie à
buter du hippie quand même. C'est un réac limite
néo-nazi.
Zack : Et alors ? Il était hippie dans Le
Lauréat ? Il avait les cheveux tout court
!
Dr Manhattan détruit la campagne vietnamienne dans un
déluge de feu et d’hélicoptères.
Zack : Alors là j’ai pensé que comme il y avait à la fois
l’apocalypse et que ça se passe au Vietnam, obligé on fait
une référence et on met la musique d’Apocalypse
Now.
Conseiller musical : la musique de Carmine Coppola sur
Apocalypse Now ?
Zack : oui, le truc avec les trompettes pendant l’attaque
des hélicoptères.
Conseiller musical : Ha ! Je vois. La
Chevauchée des Valkyries de Richard Wagner. OK. Mais je crois
que c’était une note un peu ironique à la base. C’est
un capitaine un peu fou, dans le film, qui met cette musique. Chez
nous c’est pas censé être ironique.
Zack : D’accord, d’accord. Mais avec tous ces
flashbacks qu’on a, on va pas répéter à chaque fois
qu’on est au Vietnam. Là le spectateur il voit à la fois des
hélicoptères et des chinois, et il entend la Chevauchée des
Valkilmers, et il sait tout de suite où ça se
passe.
Dans la bédé,
on voyait les vietcongs se rendre. Mais nous on a fait un plan
large avec tous les vietcongs qui s’agenouillent devant le Dr
Manhattan dans ce grand enclos. C’était trop cool. (Zack
Snider)
Naissance du smart and sexy Dr Manhattan
Conseiller musical : J’ai pensé qu’on pouvait
souligner le caractère rationnel, industriel, mécanique du
personnage avec une musique minimaliste.
Zack : Fais écoutez pour voir… Ha mais je connais !
C’est la musique de GTA IV ça !
Conseiller musical : Oui. Enfin c’est du Philip
Glass, la musique de Koyaanisqatsi, un film de
1983 justement.
Zack : C’est vraiment du pur fun GTA IV. OK on la
garde.
Je veux dire
que je peux entrer dans une salle et dire, écoutez, Watchmen doit
durer au moins 15 minutes de plus que le dernier Batman. Je veux
dire, n’importe quel geek te dira ça. Va au Comic-con et fais
un sondage. Demande-leur si Watchmen doit faire 15 minutes de plus
que The Dark Knight. (Zack Snyder)
Le Hibou et Le Spectre Soyeux (ou spectre joyeux comme l'a publié en caractères gras le
magazine Studio) font l'amour au ralenti et de
profil à la manière de Tom Cruise et Kelly McGillis dans Top
Gun (léger contrejour où y'a pas trop de
poils qui dépassent)
Conseiller musical : On a essayé de tenir compte de toutes tes
suggestions, mais après une projo-test de la séquence on a
finalement du retirer Take my Breath Away du groupe Berlin. Ca
faisait pouffer de rire les gens.
Zack : Ha c’est con ; moi j’aimais bien. Ben écoute
on a qu’à mettre la chanson douce que t’écoutais ce
matin en arrivant au studio.
Conseiller musical : Hallelujah de Leonard Cohen ?
Zack : Ouais; elle est soft et sexy cette chanson. Moi qui
connaît mal la musique d’avant-guerre, ça m’a donné
envie de m’y mettre.
Conseiller musical : OK… Mais ça fait une demi-heure que
ces deux personnages sont paralysés par leur inhibition sexuelle.
Et là, dans la scène où ils parviennent enfin à faire
l’amour, tu veux mettre Hallelujah ?
Zack : Bah oui. Tu m’a dis que l’autre chanson, ça
faisait rire les gens. On veut pas qu’ils rient
là.
Rorschach et le Hibou se rendent à l'antre d'Ozymandias, en Antarctique.
Conseiller musical : Alors là j’ai été emballé par
ton choix. All Along The Watchtower de Bob Dylan repris par
Hendrix ? Ca colle super bien ! "There are many here among us
who feel that life is but a joke” ? “Said the joker to
the thief” ? “All along the watchtower, Hear you sing
around the watch” ? Vraiment nickel. On dirait que ça a été
écrit juste pour nous.
Zack : ouais, ouais…
Conseiller musical : Qu’est-ce qu’il y a ? Tu veux
plus la mettre ?
Zack : Si, si... De toutes façons les paroles étaient écrites
dans la bédé. Alors obligé on va la mettre…
Je veux dire
ce plan où Manhattan fait 30 pieds de haut et traverse le Vietnam
en tuant tous les vietcongs, c’est un pur truc de super
héros. Et notre personnage a beau être tout en CG, tout ce
qu’il fait là c’est jouer le truc. Il est pas là à tout
péter ou à sauter sur les murs. Il est juste triste en fait. Et ça
c’est trop cool. (Zack Snyder)
Et comme je sais que vous irez tous le voir, hé bien bon film quand
même !
Discuter du merlan sur le forum
Rafik Djoumi










Pourtant, un tel système est à l’œuvre. Et
effectivement, des films absolument tout pourris se voient traités
avec mansuétude parce qu’ils ont montré patte blanche en
glissant les éléments constitutifs de ce qu’on dénomme "le
genre".
mini-buzz sur la croisette. Hier comme aujourd’hui,
ces films prennent leur pied à dépeindre des femmes asociales,
détestables et hystériques, en se persuadant d’avoir capturé
là l’insaisissable féminin (à comparer avec le
personnage de Kruger dans Pour Elle, dont
on tombe amoureux en 2 minutes alors qu'elle est arrêtée pour
meurtre, et la façon sublime avec laquelle elle demande à ne plus
revoir son fils). Hier comme aujourd’hui, le snobisme
américain associe les mots "european" et "art films" et glorifie en
conséquence la nouvelle vague d'horreur, sans réaliser qu’ils
ont sous la main la même came en peut-être mieux. Hier comme
aujourd’hui, ces films font plus du tiers de leurs entrées
sur Paris, cumulent leur carrière à 80 000 spectateurs, et tout le
monde semble s’en satisfaire. Et pour finir, l’affiche
de ces films nous présente occasionnellement les comédiennes qui
sévissaient déjà dans "l’hôteur" des années 80 (à quand
Sandrine Bonnaire découpée à la machette ?)
Mais ce qui me plaît dans cet exemple, c’est que le
film de Cavayé se fout complètement, royalement, intégralement, de
tout ce que je viens de dire ! Il n’appartient à aucune
vague, à aucun courant, et il s’inscrit tout au plus dans une
éventuelle "tradition" française qu’on aurait bien du mal à
définir (à part le fait qu’on y parle français et que ça se
passe en France).
détourner
des figures par trop viriles. Traversant une période
d’incertitude sexuelle nécessaire à leur développement, à la
lisière de l’homosexualité, l’énergie de leur libido
avait tendance à se focaliser sur des garçons aux traits féminins
marqués, dans une recherche inconsciente d’hommes sans
phallus. La stratégie consistant à créer de toutes pièces des
idoles masculines qui ne sentent pas trop la bite (donc "non
agressives" pour l’hymen apeuré de ces demoiselles) avait
prouvé son succès croissant dans le milieu de la musique pop
(souvenez-vous des A-ha, Duran Duran, Depeche Mode, Alphaville,
Tears for Fears etc.). Et dans cette logique, Stephen J. Cannell et
Patrick Hasburgh avaient trouvé la perle rare en la personne
d’un jeune comédien appelé Johnny Depp. Comme prévu, la série
TV policière pour jeunes filles, titrée 21 Jump
Street, fut un succès immédiat auprès des
adolescentEs et laissa de marbre le public de garçons (sauf un ou
deux qui, depuis, sont sortis du placard). Mais jamais de leur vie,
ces producteurs futés n’auraient pu imaginer que, vingt ans
plus tard, l’éphèbe Johnny Depp deviendrait un icône du film
d’aventure et de pirates, porté aux nues par des millions de
garçons.

Dans son sillage direct a débarqué l’inénarrable
Jason Burne. Avec lui, l’incertitude sexuelle propre au
morveux pubère monte au niveau supérieur. Jason Burne, il sait pas
qui qu’il est ; il sait pas d’où qu’il vient ; il
sait pas qu’est-ce c’est les gouttes blanches dans son
slip le matin. Alors Jason Burne, il se fait aider par des dames
tatouées qui lui expliquent qui qu’il est, qui le prennent
par la main pour lui faire faire le tour du monde. Jason, pour
montrer qu’il est fort, il fait des prises de kung fu en
grimaçant, en halètant, en criant (à comparer avec John Wayne qui
reste assis dans le coin du saloon et se contente de dire :
"That was my steak, Valence !" pour que tout le monde se
fige d’effroi).
Jason Burne est interprété à l’écran par Matt Damon,
le sosie à peine ridé de Dennis la Malice ; le profil type de ce
qu’on appelait autrefois un «"une gueule de premier de la
classe" ou une "tronche de fayot". Si Matt Damon avait du faire sa
carrière dans les années 80, il aurait été abonné aux rôles de
puceaux du club sportif dans les comédies teenageresques. Mais dans
les années 2000, le porcelet joufflu devient sans problème
l’une des plus grandes stars du cinéma d’action.

On ne le répètera jamais assez : à l’origine,
E.T. l’extra-terrestre était un
film intimiste, un petit conte banlieusard réalisé pour à peine dix
millions de dollars et destiné à une petite carrière.

Bien qu’ils soient quasi-unanimement considérés
comme des produits horribles, les costumes de super-héros
de Remco connurent des ventes faramineuses en leur temps.
Il faut dire que l’époque (milieu-fin des années 70) était
plutôt chiche en merchandising et que le moindre label « Homme
qui valait 3 milliards » ou « Superman » avait le
don de projeter les gamins sur la lune. Dotés d’un packaging
prometteur sur lequel on voyait un beau dessin de « ton
héros » en action, ces costumes, une fois déballés et enfilés,
promettaient une succession de déconvenues :
Contrairement à Remco, le fabricant Underoos (filiale du
géant Fruit of the Loom) a tenté de faire des costumes de
super-héros qui ressemblaient un tant soit peu aux originaux.
bédéphiliques.
Le produit de merchandising le plus fabriqué au monde est
sans aucun doute le jeu de plateau.

On conclue avec ce qui est sans doute ma pièce de
merchandising préférée : le Babe Happy Meal de
l’enseigne McDonald’s.


