Cette chronique débutera sur un énorme cliché ; désolé, mais je
n’ai rien trouvé de mieux qu’une phrase galvaudée pour
l’introduire. Il s’agit en l’occurrence de cette
phrase interrogative : "Avez-vous déjà eu l’impression
qu’un livre avait été écrit rien que pour vous ?"
Galvaudé, certes, mais fort à propos et je n’y peux rien.
J’ai découvert La Conspiration des
ténèbres durant l’été 2008, après quelques
années à croiser régulièrement ce titre au fil de lectures et
d’interviews. D’emblée, j’ai été séduit par un
sentiment de connivence (logique si l’on considère le sujet
principal du livre : le Cinéma) connivence qui a progressivement
cédé la place à un sentiment de grande intimité. L’effet
graduel fut si troublant que je me retrouvais régulièrement à
prendre à partie des gens de mon proche entourage, à leur lire des
paragraphes entiers, pour qu’ils puissent d’eux-mêmes
constater l’étrangeté de la situation. Connaissant mes goûts,
mes passions, et connaissant surtout mes obsessions, ces proches
pouvaient ainsi s’étonner, en même temps que moi, de la
parfaite concordance entre la structure du roman, la succession de
ses thèses, et la biographie de mon propre psychisme.
La Conspiration des ténèbres, de
son vrai titre original Flicker, fut
publié aux Etats-Unis en 1991 et traduit tardivement en français en
2004. Comme son titre français l’indique assez lourdement, il
s’agit d’un thriller conspirationniste. Son auteur,
Theodore Roszak, est professeur d’Histoire à
l’Université de Californie. Il a publié quelques autres
fictions de SF ou de relecture fantastique (Dreamwatcher,
Les mémoires d’Elizabeth Frankenstein) mais il est
surtout connu pour être à l’origine du concept de «
contre-culture » tel qu’on le comprend aujourd’hui, à
travers un essai publié en 1970 et intitulé sobrement Vers une
contre-culture.
L’histoire
L’histoire, en, résumé, est celle d’un jeune
californien amateur de films, Jonathan Gates. Au tournant des
années 50-60 Gates fait la connaissance d’une cinéphile
influente et organisatrice de ciné-club : Clarissa Swan, alias
Clare. Devenu son amant en même temps que son disciple, Gates va
acquérir auprès de Clare toutes les bases d’une cinéphilie
"classique", apprenant à trier le bon grain de l’ivraie et à
se détacher de son goût latent pour un certain populisme
hollywoodien ou les recettes de la série B. Malgré
l’intransigeance de sa maîtresse (à tous les sens du terme),
Gates va pourtant l’amener à s’intéresser au travail du
réalisateur Max Castle, un allemand de l’époque du muet
réputé génial et prometteur et qui, après avoir fui son pays, se
réfugia à Hollywood pour n’y réaliser qu’une succession
de séries B d’horreur. Le couple parvient à mettre la main
sur des copies de ces œuvres d’horreur déjà oubliées.
Ce qu’ils découvrent leur apparaît à la fois consternant et
d’une étrange malfaisance. Gates finit par reconnaître que
ces films, à priori quelconques, ont à posteriori sur lui un effet
terrible et obsédant. Clare est la victime du même effet à
posteriori, mais elle le refoule avec acharnement car il est en
contradiction flagrante avec la mission qu’elle s’est
fixée : défendre la Beauté du Cinéma et non pas étudier son
éventuelle perversité. Jonathan Gates va donc entreprendre seul une
enquête visant à retrouver les collaborateurs de Max Castle et à
percer le mystère de ces films. Il découvrira que certains associés
du cinéaste le considéraient comme un authentique génie, y compris
sur ses œuvres de série B tardives ; il découvrira surtout
que les images tournées par Max Castle semblent renfermer en elles
d’autres images, comme un effet subliminal particulièrement
élaboré qui fait défiler un autre film durant le film. C’est
armé d’un appareil étrange récupéré durant son enquête, le
Flicker, que Gates commencera à percer le secret des films de
Castle. Il est loin de se douter que cette enquête va le mener bien
au-delà du Cinéma et du XXème siècle, pour remonter le fil
d’une conspiration quasi-millénaire faite d’hérétiques
en tous genres.
Pompages
Ecartons d’emblée les raccourcis malheureux. Publié en 1991,
le livre de Theodore Roszak a, bien malgré lui, initié une petite
portée d’avortons embarrassants. Certains auront reconnu dans
son récit la source d’inspiration, fortement abétifiée, de
l’épisode Cigarette Burns que John Carpenter réalisa
pour la série des Masters of Horror.
D’autres auront perçu là une des plus manifestes sources
d’inspiration sur lesquelles Dan Brown a bâti sa collection
de vulgarisation ésotérique pour lecteurs de Voici (Da Vinci
Code, Anges et démons). Enfin, le parcours de Jonathan Gates,
destiné à croiser la route des Templiers, nous renvoie évidemment
vers un certain Benjamin Gates, héros d’une série de
scooby-doo-like produits par Jerry Bruckheimer.
Ce qui distingue La Conspiration des
ténèbres de ces descendants malheureux, ce sont
d’abord les vingt ans de travail et de recherche auxquelles
s’est adonné Theodore Roszak avant de se mettre à
l’ouvrage, la précision avec laquelle il intègre sa fiction à
l’histoire officielle du Cinéma (sons statut
d’historien prend ici tout son sens) et enfin
l’exigence et l’attention qu’il attend de ses
lecteurs, bien décidé à ne pas leur mâcher le travail de déduction.
Mais ce qui fait de son livre une œuvre vraiment à part est
la description étonnamment juste du statut de la cinéphilie et
surtout de son évolution; description qui fut précisément à
l’origine de mon trouble vu qu’on serait bien en peine
de la trouver à l’identique dans une revue ou même un livre
estampillé « cinéma ».
Cinéphilie
La première partie de l’intrigue nous fait ainsi voguer dans
les spécificités du milieu cinéphile d’après-guerre, à
travers la naissance du concept « d’auteur », la découverte
de cinématographies européennes et asiatiques et enfin la
réalisation progressive qu’Hollywood a abrité en son sein
nombre d’artistes dissidents avançant sous le masque du
divertissement de masse. La description du personnage de Clare,
cinéphile précieuse, arrogante, militante (et vaguement SM),
capable de monter une opération commando pour sauver une copie des
Enfants du Paradis, renvoie
invariablement à une certaine Pauline Kael ; et le lecteur ne
s’étonnera pas de la voir, quelques chapitres plus loin,
devenir la grande prêtresse de la critique new-yorkaise de la fin
des années soixante. Roszak attribue à ce personnage un vaste champ
de connaissance historique du Cinéma, un sens politique marqué
ainsi qu’une grande culture générale, mais il en montre
également les limites lorsqu’il fait apparaître chez Clare
une sorte de refus à comprendre les motivations profondes, intimes,
de son goût pour les films. Explicitement décrite comme une
control-freak (y compris dans sa vie sexuelle), Clare se refuse
catégoriquement à pénétrer les zones d’ombre dans lesquelles
va s’aventurer
son disciple Jonathan. Elle rejettera les films de Max
Castle et refoulera l’effet qu’ils ont eu sur elle ; de
même, elle connaît l’existence du projet d’adaptation
par Orson Welles de la nouvelle Au Cœur des
ténèbres, mais elle en reste à l’aspect
historique et politique et refuse de considérer, à l’inverse
de son disciple, le mystère qui entoure ce projet maudit. Ce
faisant, c’est comme si Roszak traçait les limites de cette
cinéphilie "classique" (l’idiome de Clare est assez
clairement celui des premiers Cahiers du cinéma, et elle
fréquente par ailleurs un groupe de jeunes cinéphiles français)
cinéphilie pour qui le décryptage historique, érotique et politique
suffit à éclairer et donner sens mais où le caractère intime de la
relation sujet-film relève presque du tabou. "Les films sont
faits pour le spectacle, dira Clare. Pas pour la sensation
ni l’émotion. J’aime qu’ils restent à leur place,
là-bas sur la toile". Mais l’œuvre de Max Castle,
qui se présente comme un mix entre celle de Jacques Tourneur, de
Tod Browning, d’Edgar G. Ulmer et une référence appuyée à
William Castle, est précisément de celles qui "ne restent pas
sur la toile". Autre point non dénué d’intérêt : alors
qu’ils se font projeter une copie d’un film apparemment
inachevé de Max Castle, les deux héros s’avouent consternés
(et secrètement révulsés) par ce qu’ils viennent de voir.
C’est alors qu’une jeune fille dans la salle,
clairement présentée comme une gourde inculte, exprime un sentiment
tout personnel (qui s’avèrera être la note d’intention
précise de Max Castle). La très érudite Clare ne peut
s’empêcher d’agresser la bimbo tandis que Jonathan y
devine une piste : "Elle avait l’air
complètement absent : regard flou, mâchoire ballante, voix
endormie. Néanmoins, sa remarque marquait une percée, c’était
l’amorce, le point de départ qui nous manquait pour essayer
d’empoigner l’art de Castle." Ou quand
l’érudition et le regard critique sont un frein à la
réception de l’évidence…
Intellectuels français
Les années passant, Jonathan Gates s’enfonce dans
l’enquête autour du mystérieux cinéaste et s’affranchit
de son mentor Clare. Cherchant à percer le secret de la mise en
scène de Castle, il découvre (non sans une pointe de jalousie)
qu’un groupe d’intellectuels français semble avoir
révélé le mystère. Il se rend donc à Paris, à la rencontre de
Victor Saint-Cyr, professeur et gourou d’un groupe
d’étudiants spécialisés dans la "neurosémiologie".
La description que Roszak fait de ce groupe est en tout point
jouissive. Animés d’un snobisme éclatant, ces jeunes français
abusent d’un jargon universitaire prétendument précis mais
volontairement abscons ; ils écartent d’un "peuh"
indélicat toute idée qui ne cadre pas avec leur spécialité et qui
serait de toute façon l’expression d’une dégénérescence
conservatrice et/ou bourgeoise ; ils assimilent les intellectuels
américains à des paysans ; et enfin ils s’avouent
régulièrement blasés par l’objet même de leur étude
qu’est le film. Si, de prime abord, ces "neurosémiologues"
font penser au linguiste Christian Metz et à sa technique d’analyse
dans laquelle s’est enfermée l’université française, il
est impossible de ne pas songer également à Guy
Debord et aux situationnistes. "Le fondement matériel
de la dialectique est le système nerveux cérébral. Le mécanisme de
la projection se connecte avec lui objectivement. Ici, la machine,
là, le cortex rétinien. La technologie, l’anatomie. Le reste
est superfétatoire. Le film avance, recule. Superfétatoire
(…) Toutefois, demandons-nous quelle est la sociographie
de cette hypnose ? Cela reste à spécifier." En un chapitre
aussi hilarant que documenté, Roszak étale la complaisance et la
vanité de toute une école du structuralisme linguistique qui a cru
débusquer le cœur du Cinéma pour le réduire à un simple
levier des mécanismes de domination sociale. Le héros, Jonathan
Gates, réalise avec stupeur que ces frenchies snobinards ont
découvert pratiquement toutes les techniques de manipulation du
film qu’utilisait Max Castle pour hypnotiser son audience.
Mais il est encore plus stupéfait par leur manque total (leur refus
?) de fascination face à l’artiste et son oeuvre. En résumé,
ils ont tout compris au Cinéma sans pourtant rien y
comprendre.
Bis
De retour au pays, Gates est aux premières loges
d’un soubresaut culturel qui va confirmer ses craintes quant
à l’influence des anciens films d’horreur de Castle.
Débarrassée de la "tyrannie du bon goût" qui lui
était imposée par Clare, la salle de ses débuts cinéphiliques est
devenu un temple du "nanar", diffusant
Devil Bat’s
Daughter ou I Was a Teenage
Werewolf pour un public massif et festif aux
motivations toutes nouvelles : "une multitude tapageuse
d’adolescents à peine déniaisés qui sifflaient durant toute
la séance. Plus le film était minable, plus ils s’éclataient.
Ils aimaient les nanars, ils adoraient ça. Ils se délectaient de
l’imbécillité de bas étage (…) ils
s’intéressaient aussi au film. Ils s’y intéressaient de
près, ricanant avec méchanceté et mépris du film pitoyable sur
l’écran, attendant de le revoir, s’attardant sur
l’incompétence et l’ineptie comme un érudit se serait
arrêté sur des passages subtils de Chaucer ou
Milton."
De citations de Plan 9 from Outer
Space à Reefer Madness, ce
nouveau chapitre prépare l’arrivée des Rocky
Horror Picture Show et autres Pink
Flamingo, bref la culture du
Midnight Movie qui va foutre à la poubelle la "qualité" et
le goût esthétique développé par la génération précédente. La façon
avec laquelle Roszak décrit ce petit monde de la culture bis est
d’une acuité étonnante. Après mes trois ans passés à tenir la
boutique Movies 2000, je n’aurais pas été en mesure de
décrire les mécanismes de cette communauté avec un tel
jusqu’au-boutisme. Qui plus est le portrait est ici
d’une violence sans retenue puisque vu à travers les yeux
d’un Jonathan Gates qui, lui, lutte depuis des années pour la
reconnaissance d’un artiste ambitieux : "…et ils
étaient là, les gosses, peut-être une demi-douzaine d’entre
eux agglutinés autour de nous dans notre box tels de petits
sauvages observant cette chose bizarroïde qui se produisait sous
leurs yeux : quelqu’un prenait quelque chose au
sérieux."
Gnose
C’est pourtant au cœur de cette communauté qu’il
exècre que Jonathan finira par relier les pièces du puzzle et
retrouver la trace de Max Castle, ou plutôt de son descendant
direct en la personne d’un très jeune réalisateur de films
ultra-violents. En effet, après l’épuisement par les voies
inévitables du trash et du porno auxquelles menait immanquablement
cette « culture contestataire », Gates va assister à la naissance
d’une nouvelle forme de cinéma axé sur la sur-stimulation
sensorielle (et qui
répugne bien évidemment son ancienne collègue Clare). Découvrant
les premières images d’un film post-apocalyptique en tournage
(qui ressemble furieusement à Mad Max 2)
Gates reconnaît avec stupeur les méthodes secrètes de mise en scène
qu’il a étudié durant toutes ces années chez Castle.
Cherchant à rencontrer le mystérieux réalisateur de l'oeuvre, il va
entrer en contact avec les membres d’une étrange communauté
religieuse, réputée gnostique. A partir de là, La
Conspiration des ténèbres plonge presque sans retenue
dans l’histoire de l’ésotérisme occidental.

Evidemment, je ne révèlerais pas ici les tenants et
aboutissants de cette aventure. Tout au plus, je constaterais que
Roszak jongle avec des analogies dont certaines relèvent du génie.
Un simple exemple pour ne pas trop spoiler : la pièce maîtresse qui
permit de résoudre le problème du défilement de la pellicule, et
donc l’invention de la prise de vue et de la projection
cinématographique, s’appelle la « croix
de Malte », en raison de sa forme particulière qui renvoie au
symbole d'un ordre proche des Templiers. Ce type
d’analogies, mises en
parallèle
avec les multiples concepts développés durant l’intrigue
(projection, lumière, réception, image, politique, spiritualité,
manipulation, vérité etc…) permettent à l’auteur
d’imposer l’idée selon laquelle le Cinéma était
inévitable, prévu de très longue date, mécanisme évident d’un
combat secret dont l’enjeu est l’Humanité même. Pour
tout dire, à plusieurs chapitres de la fin, je savais précisément
dans quel type de lieu se conclurait cette aventure (merci
Campbell) et ne fut évidemment pas déçu par une conclusion qui a
pourtant décontenancé beaucoup de critiques et de lecteurs.
Cinéphilie classique, série B, auteurs obscurs, projets maudits des
grands metteurs en scène, sémiologie, situationnisme, manipulation
des masses par l’image, sensitif versus intellectuel, culture
bis, cinéma d’horreur, films « de genre », impact social de
la sous-culture et enfin, au bout du parcours, ésotérisme à tous
les étages… ceux qui me lisent depuis quelques années auront
compris en quoi le livre de Théodore Roszak a pu m’absorber
et justifier ainsi ma formule d’entrée de texte. Au bout du
compte, son énorme travail de recherche et de développement aura eu
sur ma petite personne un effet concret et rassurant : je ne
suis donc pas le seul fou à avoir perçu cette
logique…
Rafik Djoumi
Remerciements à Arnaud Bordas

PS : Il fut un
temps question que Darren Aronovsky adapte
Flicker au Cinéma, sur un script de Jim
Uhls (Fight Club) et sous l’égide
de la compagnie New Regency. Franchement ça me ferait de la peine.
L’idée même d’une telle adaptation nécessiterait un
metteur en scène qui maîtrise à la fois la question de
l’ésotérisme et les mécanismes de découpage et de filmage les
plus élaborés. Il y a bien quelques noms qui viennent à
l’esprit, mais le Darren n’est pas dans la liste.
PS2 : les photos
de cet article sont hébergées sur le site Flickr
"It is spiritual intelligence the moment demands of us: the
power to tell the greater from the lesser reality, the sacred
paradigm from its copies and secular counterfeits. Spiritual
intelligence--without it, the consciousness circuit will surely
become a lethal swamp of paranormal entertainments, facile
therapeutic tricks, authoritarian guru trips, demonic
subversions.
"But where is spiritual intelligence to be found, especially in
this society whose peculiar history renders it as incompetent at
dealing with the subtleties of the spiritual life as the
Bushman-Hottentots would be at programing a computer ? The answer
that suggests itself at once to my own taste is: we must find it in
sacred tradition, in those ancient springs of visionary knowledge
which are the source of the mystic and occult schools, and from
which we draw our entire repertory of transcendent symbolism and
metaphysical insight. The 'perennial wisdom,' the 'secret
doctrine,' the 'old gnosis' . . . if the idea of such an original
and universal epiphany is a 'myth,' then it is one of the good
myths; in fact, the myth which underlies our very conception of
truth as that to which all people voluntarily acquiesce in their
common humanity."
(Theodore Roszak - Unfinished Animal)


Le portrait que David Zucker fait de Michael Moore tient
en trois running-gags. Premier running-gag: Michael Moore est un
gros porc qui mange comme un porc. Il s'engouffre des vieilles
pizzas froides à moitié dévorées par les souris; il joue les
pique-assiettes dans les cocktails hollywoodiens; son appartement
croule sous les emballages de junk food et autres papiers gras; et
la seule raison pour laquelle il accepte de donner de l'argent à
des jeunes filles vertueuses (on sait qu'elles sont vertueuses
parce qu'elles ont des tenues de scout), c'est parce qu'elles
vendent des fudge cookies. Et qu'importe pour lui si la plus jeune
scout l'appelle "a fat, ignorant, traitorous sack of
shit". Evidemment, étant donné qu'il est un gros porc, aucune
femme ne veut de lui. Ce qui nous mène au second running-gag:
Michael Moore se ramasse une baffe à chaque fois qu'il veut toucher
des nichons de femme (et ce, y compris dans les parties du film où
il est invisible aux yeux des gens). Enfin, le troisième
running-gag en dit long sur la note d'intention: Michael Moore fait
des documentaires !!!... mega lol !... En gros, à chaque fois que
le personnage se présente comme un cinéaste, quelqu'un lui renvoie
immédiatement à la gueule que, faut pas déconner, ce qu'il fait ce sont des documentaires
(souvent accompagné d'un geste de branlette de la main). Ce qui
nous renvoie au
running-gag
précédent, puisque tant que Michael Moore continuera à faire des
documentaires (lol), il restera ce gros porc de loser dont les
femmes ne veulent pas. La seule chose qui permet à Michael Moore de
briller un peu, c'est qu'il évolue à Hollywood, la place forte où
résident tous les ultra-libéraux anti-américains hypocrites.
Soit-disant antimatérialistes, ces gens d'Hollywood sont en fait
riches à millions; soit-disant préoccupés de la faim dans le monde,
ils bouffent du homard; soit-disant engagés politiquement, ils se
contentent, à l'image de George Mulrooney (George Clooney) de faire
des films qui dénoncent des vieux trucs du passé comme le
mccarthysme. Et comme l'explique Mulrooney, ils sont pas fous au
point de dénoncer les vrais crimes du moment (ceux des islamistes)
sous peine de se faire décapiter dans une cave (rire dans
l'assistance). Mais au moins, les gens d'Hollywood ont pour eux
d'avoir une certaine culture cinématographique. La preuve : la
documentariste qu'ils admirent le plus est Leni Riefensthal, celle
qui a montré au monde le vrai pouvoir de l'image.
campaign
for change", analogie sympathique à la "campaign for
change" de Barack Obama, le tout présenté par la voix suave de
la très engagée Paris Hilton. Plus tard, Zucker n'hésitera pas à
nous présenter Adolf Hitler, Mussolini et Hiro-Hito en train de
chanter Kumbaya, le champ de ralliement de ces cons de hippies. En
revenant avec insistance sur le cas du ministre anglais
Chamberlain, sur les américains non-interventionnistes des années
40 ainsi que sur ces cons de hippies, Zucker a le souhait ardent de
nous convaincre d'une chose : militer contre la guerre, c'est
militer en faveur des nazis.
euls ennemis
de l'Amérique. Outre les mexicains (dont certains nous sont montrés
au Moyen Orient en train de voler les jobs des afghans), il y a
bien évidemment les gays, que l'on trouve systématiquement derrière
toute manif'
anti-américaine. Zucker se permet au passage de faire un super gag
où deux militantes lesbiennes, travaillant pour le site Internet
movealong.org, sont confondues avec des hommes, parce qu'en fait
elles sont moches, grosses et/ou vieilles ces lesbiennes (lol
ptdr). Autre danger notable qui menace les fondements du pays :
l'American Civil Liberties Union, ce groupe d'avocats qui milite
activement pour que soient respectés les droits de l'individu à
Guantanamo ou à la prison d'Abu Grahib. Ils sont, dans le film,
représentés sous
forme de zombies (ils tentent de détruire la plaque des Dix
commandements car ces monstres militent aussi pour la séparation
de
l'Eglise et
de la Justice). Une seule chose à faire face à cette terrible
menace: s'en remettre au deuxième amendement et sortir les shotguns
pour leur trouer la gueule. Durant quatre bonnes minutes de film,
le juge interprété par Dennis Hopper ainsi que le général Patton se
livrent à un carton réjouissant dans ce que l'on peut
raisonnablement considérer (comédie ou pas comédie) comme un appel
au meurtre. Mais l'un des plus grands dangers, si ce n'est le pire
danger qui gette les Etats Unis, c'est le corps éducatif et
universitaire. En effet, sous leurs dehors policés et leurs
tuniques sobres, tous les professeurs d'Université sont en réalité
des hippies dégénérés qui endoctrinent les jeunes générations et
les invitent à haïr leur pays et l'Eglise. Le film déploie autour
d'eux tout un numéro musical où ils expliquent qu'ils donneront les
meilleurs notes à ceux qui répèteront comme des perroquets
l'endoctrinement qu'ils proposent, et qu'ils rajouteront même
quelques points "si vous êtes pauvres, noirs ou
gay".
Tout occupé à caser le maximum d'attaques envers le camp
"des autres" (arrivé à ce stade du film, on a
l'impression que les seuls amis de l'Amérique sont ceux qui portent
des chapeaux de cow-boys ou des uniformes), Zucker ne fait
même plus gaffe à la sensisbilité de son "camp" et il en vient
assez vite à se tirer des rafales de balles dans le pied. Ainsi
nous présente-t-il une succession d'enfants très malades, à qui ce
salaud de Michael Moore blindé de thune avait promis une aide
financière qu'il n'a jamais envoyée (cela
voudrait-il dire qu'il faut beaucoup d'argent pour être soigné aux
Etats Unis ? Est-ce qu'une âme courageuse dénoncerait cela dans un
documentaire ?). Autre élément dont il ne s'est probablement
pas rendu compte : les seuls noirs aperçus dans son film sont des
esclaves; les femmes dépeintes y sont toutes des cruches. La façon
avec laquelle Zucker met en scène ce qu'il appelle les
"vrais" américains (des soldats qui mangent des
hamburgers) ressemble à s'y méprendre à une caricature venant de
l'étranger. Si l'on s'en tient à la démonstration du film, le pire
écrivain de tous les temps serait Charles Dickens (un homme qui
attaquait les
fondements
politiques et sociaux de son propre pays). Le dernier plan se veut
un hommage à Casablanca (film considéré
comme "gauchiste" en son temps). Et enfin, lorsque
pour appuyer sa
démonstration, le
cinéaste décide d'utiliser le fantôme de Benjamin Franklin et le décor de Ground Zero en y rajoutant
des gags (!!), il touche à l'intouchable dans l'inconscient
collectif américain. Ainsi, comme cela était finalement prévisible, le film a plus
subjugué que provoqué le camp libéral. Il s'est violemment gaufré
au box-office (7 millions pour plus de 20 millions de budget)
engendrant 1/10ème des scores moyens de Michael Moore. Et à y
regarder de près, les critiques les plus virulentes à l'encontre du
film ont émané le plus souvent de journaux conservateurs. Dans les
deux camps, certains ont été jusqu'à suggérer que le film de Zucker
était en fait une attaque très élaborée contre les républicains
eux-mêmes. Ce n'est évidemment pas le cas. An American
Carol est juste l'énorme pétage de plomb d'un
réalisateur dont la vie et la carrière ont pris un mauvais tournant
ces quinze dernières années. Et si vous êtes comme moi, amateurs de
pétage de plomb gravés sur pellicule, alors vous savez quoi
regarder pour Noël.
La Sainte Trinité de la Grande Amérique :
JFK, Patton et le présentateur vedette de Fox News
Sinon, à part ça, ce n’est absolument pas de Cornish
dont je voulais vous causer mais de la fréquentation de ce blog,
qui a fait dans la journée de lundi un petit bond remarquable (téma
la tof). Avec 75 commentaires au dernier recensement,
propose une caractéristique inédite, le court-circuit
qu’il déclenche au sein de l’organisme va générer la
création d’anticorps spécifiques, durant une période de crise
plus ou moins longue. Ces anticorps sont les termes du débat qui a
lieu. Ils permettent à chaque intervenant de tester la validité du
problème (donc d’identifier les composantes du microbe) et
dans le meilleur des cas lui offre la possibilité d’une
introspection qui affirme sa propre stabilité. La période de crise
passée, l’organisme ‘geek cinéma francophone’
retrouvera son équilibre. Il se verra doté d’un nouveau
mécanisme de défense, qui se déclenchera automatiquement si un
microbe par trop similaire pointe un jour son nez. (et comme le Dieu des Geeks adore la synchro, figurez-vous que,
quelques heures après avoir écrit ce texte, je me suis chopé un
vrai microbe. Cela fait trois jours que je me traîne une sale
grippe)
la mauvaise foi n'est qu'affaire d’appréciation. Dès
lors, même si l’expérience de tout un chacun ne correspond
pas forcément à ce qui est décrit dans le texte, c’est tout
de même dans ce cadre bien délimité, dans ce carcan, que se feront
les prises de position. Lord-of-babylon fera le
constat qu’il aime les gros seins et les minous rasés mais
qu’il déteste le dernier James Bond, et il se demandera où
cela le situe. LMD ira chercher des textes passés
où je chantais les louanges des comédiens éphèbes tels que Johnny
Depp, en se demandant où se situe ma logique. Alertés par les
termes que j’utilise, et les sentiments qui leur sont
associés, Albundy, Tigelz,
Beurk ou Jul me demanderont
d’assumer ma promiscuité idéologique avec les très
réactionnaires Eric Zemmour ou Alain Soral (oubliant que,
contrairement à eux, je ne condamne pas l’évolution de la
société, et n’en appelle pas au retour de valeurs
semi-fantasmées, qui sont pour moi tombées en désuétude
lorsqu’elles ont cessé d’être des valeurs pour devenir
instruments d’oppression), ce qui est une façon inconsciente
d’associer le carcan que j'ai créé avec mon texte par un
carcan pré-existant (et donc le resserrer encore plus). Le
Grand Wario commencera par affirmer ‘Je te
voyais moins con que ça’ (comme
c’est à peu près la cinquième ou sixième fois qu’il me
qualifie de ‘con’, il faudra bien qu’il se décide
un jour à valider ou non cette option), puis soulignera
l’affreux sexisme d’un texte qui tend le bâton pour se
faire battre, réagissant sans le savoir à des sentiments induits
par le choix des mots plutôt qu’à une étude de la rhétorique
en œuvre (puisque le texte interroge précisément une
discrimination sexiste en cours de formation). Et bien sûr,
beaucoup d’intervenants, ici ou sur un autre forum,
ressortiront des films que j’ai toujours défendu pour les
mettre à l’épreuve de cette grille de lecture. Mais quoi
qu’il arrive, et j’oserais dire quelle que soit la
pertinence des interventions, celles-ci demeureront fermement à
l’intérieur du cercle délimité.
hâtives de
ce texte, et même ses tentatives d’humour (!) fonctionneront
comme autant de balises qui délimitent l’espace du débat (à
titre d’exemple, un gag pourri que j’avais fait dans ma
critique de L’attaque des clones
m’a valu
je n’ai plus qu’à tranquillement sortir du
cercle que j'ai moi-même créé afin de d'aller trouver mon
contre-argument ailleurs, mais cette fois-ci dans l’analyse !
Et c’est alors d’une façon plus posée et plus
analytique que je tenterais de prouver, par exemple, que Néo est
probablement le personnage le plus adulte que le cinéma
d’action et de SF contemporain nous ait offert (ce qui
d'ailleurs m’apprendra à ne pas terminer mes sites sur
Matrix, puisqu’en abordant le volet
Revolutions j’aurais nécessairement
posé la question du Choix qui charpente la trilogie et ouvre à la
pleine maturité). Bref, tout ça pour dire que ce système est bien
pervers tant il apparaît qu'il offre les pleins pouvoirs à
l'initiateur du texte !
qui a été évoqué dans le coup de gueule des ‘Fifils
à sa moman’. Mais pour que la pensée puisse percevoir ce
lien, il faut préalablement qu’elle se soit échappée du
carcan qu’on avait délimité pour elle. Autre exemple, plus
abordable : beaucoup de titres de films ont été cités pour
confirmer ou infirmer mon ‘billet d’humeur’. Mais
personne à ma connaissance n’a cité le film des frères Coen
No Country for Old Men, qui pourtant
évoque avec insistance la place du Père, l’héritage du
western et sa confrontation avec le cinéma d’action,
l’impossibilité d’Hollywood à pérenniser certaines
figures héroïques etc. La raison pour laquelle ce titre n’a
pas fait surface dans les échanges, alors que chacun d’entre
vous connaît et apprécie sûrement ce film, réside dans le fait que
le carcan que j’avais délimité interdisait cette analogie,
interdisait cette l

La ville de Liberty City était déjà
celle où se déroulait l’action de
GTA III (premier jeu de la franchise
à être modélisé en 3D et qui fut celui
qui imposa définitivement le titre dans le monde
vidéoludique). A l’origine, ce nom
« Liberty » servait à évoquer
conjointement deux notions séparées : 1/
L’Amérique et son utilisation abusive du terme
« Liberty » qui charpente sa
mythologie ; 2/ La sensation toute nouvelle de liberté
d’action qu’offrait alors ce Jeu. Dans GTA
III, Liberty City amalgamait les
caractéristiques de plusieurs grandes villes
américaines. Dans GTA IV, la ville
est une réplique évidente de New York. Chaque place
célèbre y trouve son équivalent : Central
Park – Middle Park, l’immeuble MetLife –
l’immeuble GetaLife, Broadway – Burlesque etc. Chaque
quartier voit son nom parodié par un jeu de mots :
Manhattan (nom d’une tribu d’indiens) devient
Algonquin, Le Queens (la reine) devient le Dukes, Brooklyn
(quartier popularisé par ses résidents juifs) devient
Broker (un courtier, un brocanteur), New Jersey (qui doit son nom
à l’île de Jersey) devient Alderney (le nom
anglais de l’île d’Aurigny), le quartier des
artistes devient Westdyke (gouines de l’Ouest), etc. Si le
joueur le désire, il peut en apprendre plus sur
l’historique de la ville en allumant son poste de
télé et en allant sur la chaîne
documentaire ; une émission assez longue (qui singe le
style didactique d’History Channel) retrace la fondation de
Liberty City. Tandis que les images du documentaire nous montrent
des massacres d’indiens, des lynchages de noirs, des
puritains chassant les sorcières, des émeutes et des
massacres inter-européens, la voix des narrateurs insiste
sur la vertu, la droiture, le souffle de la liberté que
symbolise cette cité.
Les groupes médiatiques qui possèdent ces
chaînes de télévision (Weazel, CNT) sont
également ceux qui possèdent les stations de radio.
Ainsi, la seule source d’information de la ville provient de
la station et de la chaîne Weazel News
(« Weasel », la fouine, est un animal cousin
du renard, « Fox ». L’analogie à
Fox News est donc on ne peut plus appuyée).
Véritable organe de propagande ultra-conservatrice,
Weazel News est l’occasion pour le joueur de
s’amuser de ses propres méfaits. En effet, certaines
des missions les plus sanglantes et les plus spectaculaires qui
sont confiées à Niko Bellic (comme par exemple un
détournement de fourgon de prisonnier) font l’objet
d’un flash spécial le lendemain à la radio.
L’attaque et le nombre des victimes y est dûment et
crûment détaillé, mais hélas il ne sera
jamais question d’un suspect typé « Europe
de l’Est » puisque toutes ces attaques seront
immédiatement attribuées à des terroristes
musulmans (cette paranoïa est d’ailleurs suffisamment
entretenue pour que certains passants, lorsque vous les bousculez,
s’enfuient en criant au terroriste). La station de radio
d’extrême droite WKTT (We Know the Truth)
tente, elle, de démontrer dans ses talk-shows en quoi
l’Amérique est grande et en quoi la démocratie
en fait un état totalitaire, tandis que
l’émission Just or Unjust du juge Grady
examine des litiges en donnant systématiquement tort aux
femmes. En contrepoint, la radio de service publique Liberty Public
Radio donne la parole au catastrophiste Brendan Roberts (un mix
entre Al Gore et Robert Redford) ou a des partisans de la
médecine alternative et homéopathique qui chantent
les louanges de la thérapie holistique (qui consiste selon
eux à faire des trous
–« holes »- à l’endroit
où l’on souffre), le tout face à des
représentants de l’industrie pharmaceutique qui
défendent les vertus de leurs pilules colorées (par
exemple, le jaune = la joie). Le reste de la bande FM est
consacrée à quantité de radios musicales,
animées par des DJs représentatifs de leur audience
supposée. Ainsi la radio disco-citadine-bourgeoise
Studio K109 est logiquement animée par Karl
Lagerfeld ; Radio Broker est la radio du rock
alternatif-progressiste-antibourgeois-désabusé, et
elle est logiquement animée par Juliette Lewis ; enfin
Liberty Rock, pour qui rien de bon ne s’est fait
musicalement ces vingt dernières années, est
animée logiquement par le vétéran Iggy
Pop.
façon avec laquelle cette publicité,
d’une vulgarité systématique, se glisse
insidieusement dans les discours des protagonistes, et tout
particulièrement les conversations
« banales » des piétons de Liberty
City. Débarrassé des oripeaux du politiquement
correct, le discours publicitaire entendu quelques secondes avant
à la radio ou à la télé devient un
emballage commode pour le racisme du chauffeur de taxi,
l’antidémocratisme du vendeur de rue ou la misogynie
latente de la victime de la mode. Pour le joueur et pour son
référent à l’écran, qui par
nécessité ne parlent pas, circuler à pied dans
la ville de Liberty City revient à adopter une attitude
d’ethnologue, témoin d’une forme pernicieuse de
dictature sourde qui finit par résonner à l’air
libre dans les discours du « troupeau ».

s destructrices/sadiques/suicidaires sans avoir à
troubler l’ordre social ; mais aussi liberté
d’avancer à son rythme (le joueur n’a pas
à enchaîner les missions ; plusieurs
d’entre elles sont proposées simultanément en
attente d’être honorées) ; et
liberté de gérer le temps imparti au jeu
(« finir un GTA » ne
représente seulement que 30 à 40% de ce qu’il
est possible de « faire dans un
GTA »). A cette liberté s’ajoute le
choix moral régulièrement proposé au joueur,
et qui consiste le plus souvent à décider
d’abattre ou non une victime sans défense (avec bien
sûr des conséquences directes à ce choix). Dans
GTA IV, cette question du choix moral est
au cœur du climax narratif du jeu, et décide des
dernières missions et derniers évènements qui
concluront l’aventure de Niko Bellic. Il s’agit en
l’occurrence de deux mauvais choix qui mèneront chacun
vers un final à la tonalité mélancolique.



