Si simple - Raiders of the Lost Ark  posté le mardi 22 janvier 2008 19:02

Blog de rafik : Compagnon Geek, Si simple - Raiders of the Lost Ark


Dans le chapitre précédent, consacré à une des thématiques de La Guerre des Mondes, j’avais insisté sur la fausse simplicité mais la réelle évidence du cinéma de Steven Spielberg, une évidence qui a toujours joué en sa défaveur tant elle semble décourager toute approche analytique de son travail de mise en scène. (cliquez ici pour vous y rendre)

Contrairement à nombre de cinéastes sur-analysés, le Cinéma de Steven Spielberg ne fonctionne pas sur des principes ou des analogies littéraires, mais sur un système intrinsèque, un langage cinématographique d’une aisance et d’une élocution rare. En créant une symbolique interne à son récit, Spielberg articule un discours qui n’a de sens que cinématographiquement parlant, qui réveille l’intelligence émotionnelle, sensitive et intuitive du spectateur sans l’obliger à se référer à des concepts intellectuels préétablis.

La séquence des Aventuriers de l’Arche perdue sur laquelle j’ai choisi de me concentrer résume, à mon avis, cette façon de faire. En se contentant d’utiliser les éléments primordiaux à sa disposition, Spielberg va transformer une séquence somme toute quelconque et archi-revue en un festival de subtilités psychologiques et de musicalité chorégraphique.

 

Avant tout chose, je recommande au lecteur de revoir la scène dans son intégralité. Elle débute sur le DVD au Chapitre 8, à 0h 24m 14s et s’arrête au début de la scène d’action, à 0h 29m 43s.

 

Sur le papier, le script impeccable de Lawrence Kasdan pose des enjeux simples à travers des dialogues futés et concis. Or, si elle avait été réalisée par Kasdan lui-même, cette séquence n’aurait probablement rien apporté de plus que ce qu’elle contient déjà à l’écrit.

Avec une économie de moyens qui laisse pantois (une trentaine de mises en place pour une soixantaine de plans montés), Spielberg va se débrouiller pour à la fois raconter son récit, préparer le spectateur à des concepts qui vont charpenter le reste du film, creuser le rapport de ses personnages bien au-delà de ce que le script et les comédiens évoquent et enfin diriger nos émotions vers des rives puissamment évocatrices qui touchent presque à l’abstraction.

 

1-     Le récit : Marion Ravenwood tient une taverne au sommet des montagnes du Népal. Elle vient de remporter un pari dans un jeu de beuverie qui l’a opposée à un molosse. Elle reçoit la visite d’Indiana Jones, son ancien amant, venu lui réclamer le médaillon de son père, le Pr Ravenwood, aujourd’hui décédé. Marion refuse de lui donner l’objet dans l’immédiat, bien qu’elle le porte secrètement sur elle. Elle reçoit alors la visite d’un groupe de nazis, à la recherche du même artefact, qui vont tenter de l’obtenir en la soumettant à la torture. Indiana Jones revient la secourir.

2-     Les personnages : Ils avancent tous masqués. Indy cache sa culpabilité derrière une assurance de goujat, et harcèle Marion avec un égoïsme indigne d’un héros (rappelons que le titre original est « Raiders… » et non pas « Adventurers… » ; Indy est au début un aventurier au sens opportuniste, et non héroïque, du terme). Marion cache sa blessure de femme amoureuse et brisée par une agressivité virile, qu’elle compense parfois par des replis soudains dans le mutisme. Enfin, le nazi Toht joue les hommes courtois pour mieux révéler qu’il est un tortionnaire.

3-    La thématique : Nous avons là deux chapitres séparés par un interlude. Le premier chapitre est celui d’une passion cruelle entre deux êtres, lâches mais totalement humains, qui n’osent affronter leurs sentiments réels. Le second chapitre met en scène un viol dépassionné et inhumain, dont le sentiment unique est un rapport sadique au charnel. Marion Ravenwood est le cœur de cette séquence. Dans les deux chapitres, elle se voit harcelée avec violence, mais cette violence a un double visage : d’abord celui d’une pulsion de vie, puis celui d’une pulsion de mort. Sa solitude sert d’interlude aux deux chapitres. Thématiquement, nous sommes donc en plein accord avec le concept de l’Arche d’alliance qui est le McGuffin mais aussi le leitmotiv du film, à savoir la capacité ou non, le mérite ou non, de communiquer avec Dieu (dans son acceptation zoroastrienne et sémite, c’est-à-dire assimilé à l’Amour et en opposition franche avec les forces des ténèbres).

4-   La symbolique : sa simplicité, son évidence spielbergienne, force le respect. La séquence est entièrement composée autour des notions de chaud et de froid. Passion « enflammée » contre inhumanité « glaciale ». Et entre les deux, au contact des deux, des limbes enfumées formées par la condensation, le seul lieu de refuge d’une Marion harcelée de tous bords.

 

 

 

 

 

Début de la séquence : le souffle du froid se manifeste tout d’abord par la bande-son, en off, et le Plan 1 nous montre l’assistant népalais de Marion qui aide les clients à sortir du bar. Dans l’embrasure de la porte, l’arrière plan est baigné d’un bleu-gris sur lequel se détache son visage, rougi par les reflets du feu de l’âtre.

 

Flammes et brumes

 

 

 

 

Le Plan 2 isole Marion dans son environnement ; elle reprend ses esprits après la beuverie et découvre au mur la silhouette disproportionnée et reconnaissable d’Indiana Jones. La caméra accompagne et dépasse sa marche dans un pano en diagonale qui lie deux lampes à pétrole fixées au plafond. Au début du pano (2a) une lampe à l’extrême gauche du cadre ; à la fin du pano (2b) une lampe à l’extrême droite. Durant ce pano, le regard du spectateur est dirigé par des lignes de force qui dessinent une forme de grand V (lampe, escalier, bougie en 2a - puis Marion, silhouette, lampe en 2b). Evidemment, la disproportion de la silhouette d’Indy impose un rapport de dominance Indy-Marion. L’apparition de cette silhouette sème la confusion dans l’esprit de Marion (et du spectateur) puisqu’on imagine alors qu’Indy se tient dans l’embrasure de la porte d’entrée.

Mais aussitôt, un retour au Plan 1 dément cette hypothèse puisque nous voyons l’assistant (1b) sortir avec le dernier client. La présence d’Indy a, de fait, un caractère « d’apparition », et Spielberg va ménager cet effet en retardant sa présence à l’écran. Retour au Plan 2 : Marion encaisse la surprise du mieux qu’elle peut (2c) puis s’avance et accueille Indy avec un sourire de défiance en articulant son nom : « Indiana Jones ! ». A nouveau, la caméra panote dans l’espace délimité par les deux lampes à pétrole. Mais plus important, lorsque Marion lance sa réplique d’accueil avec défiance (2d) non seulement elle occupe le même espace que la silhouette d'Indy dans le cadre, mais les flammes de l’âtre, hors-champ, projettent également sur son visage des reflets vifs et rougeoyants, soulignant sa « chaude » agressivité à l’encontre du nouveau venu.

 

 

 

 

Ainsi, lorsque Indiana Jones finit par nous apparaître à la faveur d’un contre-champ, dans le Plan 3, il n’est plus cette silhouette géante et dominante. Le voici piteusement coincé dans un coin d’écran, pris en tenaille entre l’imposante silhouette de Marion et une troisième lampe à pétrole. Indy présente un sourire manifestement déplacé tandis que des flammes dansent vigoureusement sur l’épaule droite de Marion. Le rapport de dominance s’est inversé. La lampe à pétrole et les flammes de l’âtre délimitent la ligne de force de ce nouveau rapport Marion-Indy.

Plan 4. Indiana Jones n’a pas le temps d’expliquer la raison de sa présence que Marion lui décoche un violent coup de poing et lui reproche aussitôt de l’avoir abandonnée. Puis elle sort du champ. L’utilisation intensive par Spielberg des objectifs 25mm et 35mm (courte focale) contribuait à l’époque à donner aux Aventuriers de l’arche perdue un cachet visuel qui le démarquait nettement de la concurrence (la plupart des autres cinéastes, encore attachés au style « docu » des années 70, préféraient abuser des longues focales). L’effet de la profondeur de champ créée par la courte focale est ici augmenté par une chorégraphie très précise des comédiens, afin de donner le maximum d’impact. Le coup de poing de Marion (4a) prend son élan vers le fond de l’écran, frappe, et le visage d’Indy, qui était flouté et légèrement ombragé (4b) fait un bond vers nous pour venir se positionner à gauche, vivement éclairé par le feu hors champ (4c). La mise au point est faite au tout premier plan, ce qui accentue encore plus son « arrivée » vers nous. A plus d’un titre, cette chorégraphie appartient aux « classiques » hollywoodiens des années 60, Robert Wise en tête. Et ce seul Plan 4 souligne à lui seul la note d’intention d’un film comme Les Aventuriers de l’arche perdue : faire renaître un classicisme hollywoodien condamné dans la décennie précédente, tout en modernisant ses effets de style et en ouvrant le champ à une sur-stimulation du public. A noter que la fin du plan (4d) s’attarde sur le visage d’Indy ou se reflètent les flammes dansantes, en écho de la fin du Plan 2.

 

 

 

 

Retour au Plan 3. L’explication entre Marion et Indiana Jones nous permet de comprendre à demi-mot leur passé commun. L’attitude de Marion change radicalement ; elle devient vulnérable et suppliante, alors qu’Indy refuse de reconnaître sa responsabilité. L’assistant fait alors irruption dans le bar pour déposer du bois et il est aussitôt congédié par Marion (qui tient à garder son apparente virilité dans cet univers masculin). Maintenant que les choses se disent, les deux personnages nous apparaissent presque sur un pied d’égalité. Marion et Indy sont tous les deux regroupés au centre du plan (3b) entre la lampe et le feu de l’âtre. Lorsque Indy refuse de reconnaître ses erreurs, il se ferme subitement et se dirige vers le bar en baissant les yeux. La caméra l’accompagne en travelling latéral (3c). L’irruption de l’assistant a ici plusieurs fonctions : 1/ elle contribue à fragiliser Marion (prise en tenailles entre les deux hommes) ; 2/ l’attitude soudainement froide d’Indy est soulignée par le bruit du vent glacial qui fait irruption sur la bande-son ; 3/ ce mouvement brutal et sonore au fond de l’écran souligne la nervosité de Marion tout en évitant de faire porter l’attention du spectateur sur le mouvement d’appareil ; enfin 4/ le chaud-froid ainsi créé par cette porte ouverte justifie l’apparition des fumigènes à droite de l’écran, à côté de Marion (3d) qui vont jouer un certain rôle dans la suite de la scène.

 

 

 

 

Plan 5. Voyant qu’Indy n’est pas prêt à s’excuser, Marion se force à reprendre son attitude faussement calme et virile. Elle entreprend de ranger les verres d’alcool vides. Indiana Jones tente de porter son attention sur le médaillon qu’il est venu chercher. Le changement d’attitude de Marion est d’autant plus brutal qu’il y a ici un faux raccord qui passe étonnamment bien. En effet, Marion a soudain une main dans la poche au début du plan. Les films de Spielberg à cette époque (Rencontre du 3ème type, 1941 etc.) sont truffés de faux raccords de ce genre, et fonctionnent la plupart du temps si bien au montage qu’on est droit de se demander s’ils ne sont pas d’une certaine façon souhaités. Alors qu’Indy harcèle Marion au sujet du médaillon, nous remarquons que le nuage de fumée (5a) réapparaît et remonte le long du dos de la jeune femme (un autre début de fumigène apparaît à gauche, révélant sans doute la position de l’appareil à fumée).

 

 

 

 

 

Plan 6. Marion révèle qu’elle sait de quel médaillon il s’agit et s’énerve d’une telle requête. Elle retourne poser son plateau sur le bar. Indy la rejoint et lui demande où se trouve le Pr Ravenwood. Marion lui révèle alors la mort de son père, nouvelle qui semble particulièrement affecter Indy. Apprenant la mort du Pr Ravenwood, il se décide enfin à présenter des excuses, ce qui ne fait que relancer la colère de Marion (qui attend des excuses pour ce qu’il lui a fait, non pas pour la mort de son père). De rage, elle jette les verres hors du plateau et quitte le plan. Le début de ce Plan 6 est frontal, académique (6a) mais très vite le déplacement de Marion (6b - qui ressemble ici à une fuite face au harcèlement d’Indy) nous réserve une surprise lorsqu’elle semble littéralement plonger dans un épais brouillard (6c) un épais nuage de fumée qui se dissipe comme par magie lorsque Indy la rejoint dans le plan (6d) et qu’elle lui révèle la mort de Ravenwood. Ainsi, en se reconnectant l’un à l’autre par le partage de leur émotion, les personnages écartent ce nuage et leurs visages se remettent à rougeoyer (6e). Au mépris de tout réalisme, l’éclairage rouge-orangé ne provient plus du feu mais carrément de derrière le bar ! Mais cette parenthèse de chaleur humaine est de courte durée.

 

 

 

 

Retour au Plan 5. Marion laisse éclater sa frustration et s’en prend à la fois à l’irresponsabilité de son père et à celle d’Indy. Ce dernier, accablé, reste penché au-dessus du bar et se déplace légèrement vers la gauche. Nous avons ici une nouvelle inversion des rôles. Indy étant maintenant le personnage harcelé, c’est lui qui va se réfugier dans la fumée (5b). En effet, une colonne remonte maintenant le long de ses jambes. Mais son déplacement sert surtout à préparer le retour de Marion dans le Plan 7a, dont la valeur est proche du Plan 6e mais la focale nettement plus courte. L’inversion des rôles a donc mené à une inversion des positions de personnages. Et ce Plan 7, très bref, voit l’éclairage rouge encore renforcé sur les visages. Sa brièveté correspond en fait à la très brève accalmie dans le duel verbal qui oppose Marion et Indy.

 

 

 

 

Retour au Plan 5. Marion sait où se trouve le médaillon et n’est pas prête à le révéler. Alors qu’elle retourne vider la table de ses verres (5c) Indy lui propose une forte somme d’argent. (notons que Marion, ou la comédienne, est à ce point troublée qu’elle quitte le bar sans avoir vidé les verres du plateau !). Une épaisse colonne de fumée couvre Indiana Jones jusqu’à la taille (5d) lorsqu’il sort de sa poche les 3000 dollars. Ainsi positionné au fond de l’écran, son annonce, qui se voudrait fracassante, fait en réalité chou blanc. Et l’effet est renforcé par le retour au Plan 6 où il se retrouve comme un imbécile, sa liasse de billets à la main, avec une Marion qui lui tourne le dos (6f).

 

 

 

 

Plan 8 : Indy l’oblige à lui faire face en la retournant violemment par l’épaule. C’est le premier contact physique d’Indy vers Marion, et ceci a manifestement un effet troublant sur la jeune femme (8a). Mais l’assurance machiste dont Indy fait aussitôt preuve au Plan 9, alors que son visage est rougi par le confort, annule aussitôt l’impression d’intimité de son geste. Retour au Plan 8 : face à ce nouveau camouflet, Marion se « réfugie » donc à nouveau dans son épais brouillard (8b) et réitère son sourire défiant et viril de la fin du Plan 2. Ce n’est que maintenant que nous comprenons que ce sourire est sa seule défense face à un homme dont elle est amoureuse et qui ne sait que la harceler ou la faire souffrir. En écho à la situation précédente, elle tente donc à nouveau de lui décocher un coup de poing. Mais cette fois-ci Indy a prévu la parade. Il attrape son poing et lui glisse de force la liasse de billets dans la main.

 

 

 

 

Retour au Plan 5. Marion quitte le bar sans son plateau. Elle a fini son rangement. L’entretien est de fait terminé (5e). Elle garde l’argent et congédie Indiana Jones. A plusieurs reprises, durant cette séquence, elle lui a offert des possibilités de rachat et ce dernier les a toutes manquées. Néanmoins, Indy ne comprend clairement pas la situation. Plan 10 : énervé, vexé, il tente une dernière fois d’aller vers elle, mais le « nuage » dans lequel elle s’est réfugiée est maintenant si épais (à droite de l’écran) qu’il n’ose y pénétrer. Raccord mouvement avec le Plan 5f où un travelling avant amène Marion en légère contre-plongée, lui conférant un semblant de « victoire », tandis que la silhouette d’Indy a opéré un virage et se retire. Le Plan 11, qui voit le retour du vent glacial à l’image comme au son, souligne l’échec du héros en ne laissant plus apparaître que son regard interrogateur. Hors champ, Marion finit sa phrase comme elle a débuté la scène, en articulant exagérément son nom : « Indiana Jones ! ».

 

 

Intimité

 

 

 

 

Plan 12. Pour souligner la fin de séquence ainsi que la courte et triste accalmie pour Marion, Spielberg nous offre un plan d’ensemble assez long, pris de l’étage supérieur de la taverne. Le plan sert également à rappeler l’architecture des lieux, que le spectateur a eu le temps d’oublier depuis le concours de beuverie, et il prépare ainsi la séquence d’action future. Avec lassitude, Marion s’assied seule à sa table.

 

 

 

 

Plan 13 : alors qu’on nous révèle enfin où se trouvait le médaillon que recherche Indy (13a), la musique de John Williams fait son apparition. Le motif du médaillon, que nous entendons alors, se développe sur une gamme de notes similaires à celles du thème de l’Arche, une façon de nous replacer dans l’intrigue majeure de ce film d’aventure après cet aparté « psychologique » entre Indy et Marion. La caméra opère un travelling descendant pour passer du médaillon au visage de Marion (13b) en prenant soin de conserver la flamme de la bougie au premier plan et au milieu du cadre. Cet étrange cadrage a une double utilité : il annonce au spectateur que quelqu’un s’est introduit dans la taverne puisque la flamme de la bougie est perturbée par un vent brusque (13d et 13e) qui alerte Marion (il s’agit probablement d’Indy, qui réapparaîtra plus tard comme par miracle) et le plan permet également à Spielberg d’établir un motif visuel qui prendra son sens dans la scène à venir. La mélancolie de Marion durant ce passage (aidée par la musique de Williams) nous renvoie à l’image d’une femme brisée, et cette flamme qui s’interpose entre le spectateur et le visage de la comédienne donne l’illusion, par l’effet de la longue focale, qu’elle est plaquée sur son visage et en dénature la beauté (13c, 13e).

 

 

 

 

Plan 14. Pour résumer les enjeux scénaristiques, Spielberg s’offre une contre-plongée magnifiquement emblématique, où le dilemme de Marion est idéalement tracé par une ligne de force qui traverse l’écran en diagonale. Cette diagonale est délimitée par deux sources de feu, et elle joint le regard de Marion à l’argent qui lui permettrait de fuir et au médaillon de son père. La caméra panote alors vers le bas lorsque Marion repose le médaillon.

 

 

 

 

Sa décision ayant été prise, Marion peut maintenant « sortir» de la mélancolie et la caméra du Plan 13, qui s’est déplacée à droite, sépare maintenant son visage de la flamme de la bougie. Retour au Plan 14, pour insister sur son geste lorsqu’elle place le médaillon autour de la bougie, préparant les éléments pour la séquence d’action à venir. Au Plan 15, alors que nous sommes toujours les observateurs privilégiés de ce moment d’intimité, nous découvrons le lieu où Marion entasse l’argent qui doit lui permettre de quitter l’enfer glacé du Népal, une boîte étrangement posée en évidence sur le comptoir du bar, et qui trônait donc à l’endroit où Indiana Jones se trouvait précédemment.

 

 

La Glace et le Feu

 

 

 

 

Le début du Plan 16 vient briser l’accalmie alors qu’un coup est donné sur la porte d’entrée et que les accords de Williams se font plus menaçants. Le volet formé par la porte s’ouvre d’une façon très théâtrale pour nous présenter le Major Toht et ses hommes, immobiles et soigneusement positionnés. Notez les épaules et le chapeau de l’homme de la Gestapo à droite (16b). Un projecteur blanc l’éclaire de dos et l’équipe du film a couvert son costume de neige carbonique afin qu’il puisse explicitement … fumer du froid ! Tout le jeu sur la « fumée chaude » qui avait rythmé l’échange passionnel entre Marion et Indy vient de trouver son antithèse en une fraction de seconde. Le nouveau Mal qui vient agresser Marion est cette fois-ci celui d’une Mort glacée.

Plan 17. Cette fois-ci, plus de silhouette démesurée au mur, plus d’équilibre entre deux sources de chaleur et de lumière au plafond. Marion est dorénavant une silhouette perdue dans l’immense salle vide, écrasée au centre du plan par les deux lampes alignées dans l’axe. Et comme si cela ne suffisait pas, le vent glacé, malgré la distance qui la sépare de la porte, vient la frapper au visage et faire voler ses cheveux.

 

 

 

 

La caméra du Plan 16 démarre un travelling arrière en contre-plongée pour accompagner le mouvement d’entrée menaçant des nazis. Le projecteur blanc du chef opérateur Douglas Slocombe posé à l’extérieur permet de détacher la « fumée froide » sur les vêtements de Toht tout en créant un contre-jour de sa silhouette noire (16c) avant que son visage ne se révèle à la faveur de la première source lumineuse intérieure (16d). Le positionnement des nazis, par l’effet de la contre-plongée, de la courte focale et du travelling arrière, crée une formation en pointe, celle d’un triangle dressé en A, à laquelle répond immédiatement le plan suivant (Plan 17b), en travelling avant, qui isole Marion dans un triangle inversé en V. Premier symbole sexuel. L’analogie au viol est ici immédiatement (et inconsciemment) soulevée par cette correspondance de mouvement et de formes et son recours à un symbolisme antique.

 

 

 

 

Par l’effet d’une tricherie au montage, et grâce à la perspective exagérée de la focale, le travelling du Plan 16 continue inexorablement (16e) donnant la fausse impression que Toht et ses hommes parcourent une distance énorme de la porte jusqu’à Marion (Spielberg a déjà utilisé cette tricherie du montage dans la scène d’ouverture, avec la porte en pierre qui se referme sur le chapeau d’Indy). Une évocation de la scène précédente débute le Plan 18, avec les silhouettes des nazis rapetissant sur le mur, et la caméra descend en pano sur le visage de Marion, à nouveau en mode de protection « virile ». Dans une imitation à peine déguisée de l’Homme sans nom de Clint Eastwood (18a), la comédienne Karen Allen allume sa cigarette tout en lâchant sa réplique avec les lèvres serrées, puis recrache sa fumée (« chaude ») qui lui couvre le visage (18b). La silhouette de Toht, toujours fumante de « froid », arrive enfin à son niveau (16f) et est stoppée net dans sa marche par l’avancée de Marion, qui entre dans le champ, en amorce à droite du plan. Une ombre opportune vient traverser verticalement le visage de Toht lorsqu’il est ainsi stoppé par celle qu’il appelle complaisamment « Fraulein ». Contre-champ sur Marion qui recrache avec désinvolture sa fumée « chaude » (18c) et provoque une toux gênée de Toht au Plan 16g. Ce semblant de contact engagé par la Fraulein est la deuxième évocation sexuelle de la scène.

 

 

 

 

Le retour subit au Plan 12 nous remet à l’esprit la géographie des lieux tout en contrastant avec sa précédente évocation, puisqu’il nous fait maintenant mesurer l’intimité perdue de Marion et son isolement au milieu de ces hommes (12b). Marion fait semblant de proposer à boire à ses hôtes afin d’aller se protéger derrière le comptoir (et tenter d’éviter que les allemands ne se mettent à table et découvrent ainsi le médaillon qui y est placé). Spielberg réutilise alors le positionnement du Plan 15 (celui où Marion cachait son argent) pour nous souligner le guet-apens qui la guette, ou plutôt oserons-nous dire sa « prise en sandwich » (15b) la troisième évocation sexuelle.

 

 

Le travelling du Plan 19 va nous mener au centre de l’âtre. Jusqu’ici, ce feu imposant s’est toujours trouvé en fond de cadre, et les personnages ne subissaient que ses conséquences indirectes (lumière, chaleur). Toht va franchir un seuil interdit (19a) en obligeant la caméra à passer derrière un pilier et à entrer au « cœur » du feu, recomposant le cadre pour nous faire découvrir une Marion positionnée au-dessus du bûcher (19b). Il notifie pour nous que ce feu « est en train de mourir ». La fausse décontraction virile de Marion face aux importuns joue contre elle. Au Plan 15c, alors qu’elle se penche en avant et tente de rabaisser Toht en le surnommant « Herr Mac », elle se retrouve bien malgré elle (à l'image tout du moins) avec la croupe « offerte » au népalais derrière elle. Cette quatrième évocation sexuelle est le prélude au drame.

 

 

 

 

La réponse de Toht à cette provocation est un ordre sec lancé à ses hommes (19c). Sans qu’il ait besoin de tourner le regard, manipulant avec dextérité le tison, nous voyons Marion en fond d’écran se faire « prendre » par le népalais. La composition du plan aidant, il y a une relation directe à l'image entre le tison que manipule Toht et sa pauvre victime qui est secouée « au-dessus » de ces flammes.

Le Plan 20, aussi troublant que brutal, va séparer pour nous les éléments en jeu, par obstruction de notre regard : Marion maîtrisée par les népalais en haut à gauche (20a) puis un pano descendant qui sépare distinctement l’homme de la Gestapo en bas à gauche, observateur inflexible du drame, et le tison que Toht sort du feu en bas à droite (20b). Cette obstruction sert également à rendre « invisible » à tous le médaillon, qui logiquement devrait apparaître au cœur de ce plan.

 

 

 

 

L’enchaînement rapide du Plan 21 et du Plan 22 sert à mettre en relation le visage immobilisé et violenté de Marion, et le visage de Toht concentré sur son tison incandescent (même valeur de plan). Malgré la distance qui sépare les deux personnages, c’est comme s’ils étaient déjà côte à côte. Le pano du Plan 22 commence d’abord par isoler le visage de Toht (22a) au milieu d’une quantité de « flammes » (en réalité des reflets sur les bouteilles du bar et sur ses lunettes) et suit le tison incandescent qui, à l’image, vient frapper en travers le visage de Marion (22b) annonce et répétition du drame qui va avoir lieu. A partir de là, l’alternance entre le visage immobilisé de Marion (21b) et la marche lente de Toht vers sa proie (Plan 23) va fonctionner sur une suite d’apparitions et de disparitions du bout incandescent (23a, 21c, 23c). L’analogie au viol touche ici à son paroxysme (23c), renforcée par le visage de Toht qui partage enfin l’éclairage rougeoyant (passionnel) qui jusque là était réservé à la relation Marion-Indy. L’effet de la neige qui a fondu sur son visage donne une impression de transpiration (23b) et donc de jouissance dans l’effort. Le viol se conclue par le retour de l’image emblématique de la « bougie » (21d) qui traverse verticalement le visage de Marion : femme brisée, intimité violée.

 

 

 

 

Spielberg n’a pas besoin d’aller plus loin pour choquer le spectateur. Le mal a été fait. Il est temps que le héros se manifeste. Plan 24 : le fouet d’Indy agrippe le tison et le fait voltiger à travers la pièce (dans un plan quasi subliminale). Le tison tombe sur le bas d’une tenture au Plan 25. Au Plan 26, Marion profite de la confusion pour tenter de fuir tandis qu’un pano rapide nous révèle la silhouette d’Indy (26b) perçant l’obscurité formée par les corps des méchants. 

 

 

 

 

Le montage insiste sur le début d’incendie (25b), préparant la séquence à venir. Le Plan 27, typiquement hérité de la tradition du serial, nous révèle que Marion a manqué sa fuite. Alors que nous pensons retourner sur le visage d’Indy, Spielberg dévie notre attention au Plan 28 sur le visage immobile d’un des népalais. Le seul mouvement à l’écran est celui d’une ombre de mitraillette au mur, à gauche du cadre, nous rappelant la présence du quatrième larron. Plan 29 : Indy réalise en même temps que nous cette présence fugace à gauche du cadre, et lorsque nous revenons enfin sur lui (26c), c’est pour le voir dégainer immédiatement et abattre son premier adversaire au Plan 30.

 

Conclusion

La scène d’action-résolution vient de débuter. Toute la thématique visuelle mise en place durant ces trois chapitres va trouver son accomplissement logique : les deux héros, enfin réunis dans l’action, vont se tirer d’affaire par la grâce de la fumée des coups de feu et des flammes de l’incendie. Et Toht se brûlera la main au contact du médaillon enflammé, et n’aura d’autre recours que de fuir pour se jeter dans la neige glacée.

En 5 minutes et 30 secondes, Spielberg vient non seulement de nous préparer à une séquence de fusillade (qui ne peut qu’être cathartique étant donné la montée de tension), il vient également de graver dans nos esprits l’enjeu mystique et humain qui va résonner durant toute l’aventure à venir.

Il est temps maintenant de retourner à votre DVD et de revoir la séquence entière, afin d’apprécier à nouveau son déroulement parfaitement logique, limpide, « évident »… cette fameuse évidence qui a si souvent joué en défaveur de la reconnaissance critique de Spielberg.

 

A suivre

 

Rafik Djoumi

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Les Intouchables  posté le vendredi 04 janvier 2008 04:56

Blog de rafik : Compagnon Geek, Les Intouchables

 

Il y a quelques années déjà, en lisant un numéro du magazine DVDvision, je découvrais la critique courte mais féroce que mon collègue Gaël Golhen avait réservé au film La Mélodie du bonheur. Comme pas mal de monde, et notamment chez les cinéphiles, Gaël ne voyait dans le film de Robert Wise que schématisation infantile, niaiserie des chansons et sucrerie hollywoodienne. Sachant que le collègue était tout à fait ouvert à la critique, j’empoignais mon téléphone pour lui exprimer mon désaccord de fond (ça c’est mon côté vieux ronchon du Muppet Show ; encore heureux que je ne regarde pas la télé sinon on me trouverait chaque semaine dans le courrier des râleurs de Télé7Jours.) bref un désaccord, disais-je, qui ne portait pas tant sur le film lui-même que sur la façon de traiter une toute petite poignée de films particuliers à laquelle appartient La Mélodie du bonheur.

 

Je m’explique : Le film de Robert Wise fait partie des « all-time blockbusters ». Il est, en terme de spectateurs, le troisième film le plus vu de tous les temps. Devant lui sont positionnés les indétrônables Autant en emporte le vent et Star Wars. Et il se voit talonné de près par E.T., Les Dix commandements, Titanic et Les Dents de la mer.

Avant d'aller plus loin dans la démonstration, il nous faut d’emblée oublier ces notions de succès, ces annonces comparatives régulièrement faîtes par les médias (et largement guidées par les studios), et qui nous dispensent chaque mois des « records de fréquentation » et des « plus gros succès de tous les temps ». Ces annonces sont pour la plupart mensongères, et jouent avec l’inflation et la hausse de prix du billet pour brouiller les repères. En réalité, aucun film de cette dernière décennie n’a atteint ne serait-ce que la trentième place de cette liste des records si on s’en tient strictement au nombre de spectateurs.

 

Et j'insiste sur le fait que nous parlons là de spectateurs, et pas d'argent ! Il est important de mettre de côté le "business" et de se concentrer sur "les gens" si l'on veut saisir la particularité culturelle de ces films.

 

La Mélodie du bonheur, Autant en emporte le vent, Star Wars et compagnie ne sont pas des succès ; ce ne sont pas des grands succès ; ce ne sont pas des méga-succès de la mort qui tue.

Non. Ces films sont des anomalies, des courts-circuits, des évènements improbables, et planétaires, dont l’ampleur a surpris (et souvent effrayé) leurs concepteurs.

 

Le public régulier des salles de cinéma ne représente pas la population d’un pays ; il n’en est qu’une portion. Si l’on nous indique que, dans un pays donné, un spectateur va en moyenne cinq fois par an au cinéma, il faut bien prendre en compte l’idée qu’il s’agit là d’une moyenne. Autrement dit, dans ce pays donné, pour tout spectateur qui va en salle dix fois par an, il faut en compter autant (en fait plus) qui vont au cinéma Zéro fois par an. Et pour peu que vos origines se situent dans la classe ouvrière, vous avez probablement autour de vous des exemples de personnes qui, pour des tas de raisons, ne vont jamais au cinéma.

 

Schématisons : pour obtenir un succès, il faut qu’une portion du « public régulier » aille voir votre film. Pour obtenir un grand succès, il faut qu’une quasi-majorité du « public régulier » aille voir votre film. Pour obtenir un méga succès, il vous faut dépasser la majorité du « public régulier » PLUS une portion qui retourne voir le film une deuxième fois. Pour obtenir un succès dément, il vous faut tout ce qui vient d’être cité PLUS la présence en salle de ces gens qui ne vont jamais au cinéma. Les films qui nous intéressent aujourd’hui réunissent toutes les conditions précitées et (c’est là qu’on atteint l’anomalie) même les gens qui ne vont jamais au cinéma y retournent une deuxième fois !

 

Vous connaissez peut-être un vague oncle, une vague marraine, qui ne vont jamais au cinéma. Et vous vous êtes peut-être demandé pourquoi ils étaient allés voir Titanic deux fois en salle. Voilà où se situe à mon sens tout le mystère qui entoure ces films : quelle force d’évocation particulière possèdent ces films pour que des gens qui se contrefichent royalement du cinéma, pour qui ce medium ne représente aucun intérêt, fassent l’effort d’aller voir un film en salle deux fois ?

 

Il faut se faire à l'idée que ces films évoquent tout simplement l’idée même de Cinéma au plus grand nombre. Et qu’importe ici l’avis microcosmique des critiques, des cinéphiles, des spécialistes en tous genre. Lorsque l’on prononce le mot "Cinéma", il faut croire que la grande majorité de l’humanité voit d’abord défiler des images de Star Wars, d'Autant en emporte le vent, de Titanic oude La Mélodie du bonheur. L’impact de leur iconographie sur l’inconscient collectif est dramatique. A titre d'exemple, un pays comme l’Inde produit chaque année des milliers de comédies musicales. Dans pratiquement chacune d’entre elles, la rencontre amoureuse se déroule dans un décor de montagnes suisses, au mépris de toute logique géographique. Pourquoi ? Parce que La Mélodie du bonheur a imposé là-bas l’idée que le bonheur avait précisément cette iconographie là, et pas une autre. Ca nous fait tout de même un bon milliard de personnes chez qui le film de Robert Wise est l’incarnation définitive d’un concept donné, un film qui est parvenu à imposer son imagerie dans une région pourtant riche d'une iconographie et d'un symbolisme trois fois millénaire.

 

A titre personnel, je n’ai jamais été particulièrement touché par ce film de Wise. Mais j’ai pu constater de mes yeux l’impact inexplicable qu’il provoquait chez d’autres personnes. J’ai vu fondre de joie devant ce film des individus qu'on imaginerait totalement imperméables à cette imagerie bucolique : des amateurs des délires hardcore de Tsukamoto, des fans des digressions philo de Chris Marker, des fondus du mysticisme de Tarkovski ou des expérimentations gothic-indus les plus violentes, je les ai vu taper des mains, sautiller comme des gosses, se transformer en barbe à papa et décider de revoir La Mélodie du bonheur trois fois en une semaine avec des larmes sur les joues. Force m’est de constater, donc, l’impact délirant de ce film déjà quadragénaire. Et face à un phénomène d’une telle ampleur et d’une telle longévité, on ne peut tout simplement pas se réfugier derrière les notions de kitsch, de vieillot, de sucré, de lourdaud et balayer ça d’un revers de main… pas quand on écrit sur le Cinéma en tous cas.

 

Voilà pourquoi je pense que ces films précis, ces "élus du peuple" sont à prendre avec des pincettes. Car dans leur cas, ce ne sont pas seulement des films que l’on manipule et sur lesquels on disserte. Ces films dépassent, et de très loin, le cadre de l'industrie filmique. Ils dépassent le cadre du "phénomène de société" puisqu'ils échappent à la fois aux circonstances et aux sociétés qui les ont fait naître. Leur capacité, maintes fois prouvée, à dépasser les frontières du temps, des nations et des classes sociales les fait carrément participer d'un Mystère cinématographique qui nous annonce quelque chose de l’humanité.

 

Oui, d'accord. Et alors ? Que nous dit-il ce "Mystère" ?

 

Je ne voudrais pas risquer de m'enfermer dans un schéma de pensée à sens unique, mais j’ai pourtant la conviction que seule la Mythologie, avec une majuscule, est susceptible de transpercer ainsi les couches de l’individualité et l’écorce des particularismes culturelles, pour directement aller frapper le tronc commun de l’Humanité. Je crois que, d’une façon ou d’une autre, avec ou sans la volonté de leurs créateurs, ces films ont précisément réussi cela.

 

Autant en emporte le vent nous raconte l’histoire d’une femme aux multiples visages contradictoires, à la fois jeune fille, maîtresse, épouse, garce, reine, intrigante, infirmière, combattante ; une femme aimée, respectée, détestée, protégée, surprise, malmenée, admirée, dominée puis victorieuse ; une femme qui oscille telle un pendule entre deux figures masculines complémentaires (qui semblent n’exister que par sa propre émanation). Nous la voyons perdre ses biens, traverser des flammes gigantesques, renaître dans la boue puis dans la sécheresse, nous la voyons aider à donner la vie puis perdre la vie de son propre enfant ; et surtout nous la voyons réaliser le lien imprescriptible qui la lie à la Terre (Tara : la résidence royale de la mythologie irlandaise, déjà suggérée par le nom de famille de l'héroïne) dans un final glorieux, face au Soleil et, littéralement, sous l’arbre du Monde. Je crois que le véritable nom de Scarlett O’Hara est à la fois Inanna, Ereshkigal, Aphrodite, Persephone, Demeter, Ishtar, Isis, Marie/Marie-Madeleine etc. et qu’elle a beaucoup à voir avec la Lune.

 

 


 

 

 

A l’heure d’aujourd’hui, n’importe quel fan de Star Wars est censé savoir que l’écriture du script de George Lucas se fit sous la haute influence des écrits de Joseph Campbell, et notamment sa théorie du Monomythe, théorie selon laquelle le parcours de tout héros fonctionnait selon une mécanique précise, faîte d’étapes récurrentes et plus ou moins ordonnées : L’appel de l’aventure, Le refus de l’appel, L’aide surnaturelle, Le passage du premier seuil, Le ventre de la baleine, Le chemin des épreuves, La rencontre avec la déesse, La femme tentatrice, La réunion au père, L’Apothéose, Le don suprême, Le refus du retour, La fuite magique, La délivrance venue de l’extérieur, Le passage du seuil au retour, et enfin Maître des deux mondes et libre devant la Vie. Non seulement le film de Lucas a respecté ces étapes (au même titre que Le Seigneur des Anneaux ou Matrix plus près de nous), mais il est parvenu à en transfigurer l’essence mystérieuse dans un visuel et une narration qui s’avérait particulièrement adaptée à son époque.

 

 


 

 

 

J’imagine que cela pourrait en faire pouffer de rire certains, mais je ne suis pas loin de penser que La Mélodie du bonheur s’appelle en réalité La Montagne au Centre du Monde ; d’autres l’appelleraient la Montagne sacrée, le Mont Sinaï, l’Olympe, et si vous placez une croix en son sommet (ou mieux encore, une femme les bras en croix) elle devient paraît-il l’Axis Mundi, le Golgotha etc. Il ne me semble pas hasardeux que les enfants Von Trapp soient au nombre de 7, ni que Maria, la nonne plus spirituelle que toutes les nonnes, leur livre les secrets des sept notes qui mènent à la huitième qui n’est que la première. Je crois que la mystique pythagoricienne n’est pas loin, et que le destin des Von Trapp s’apparente à une Chute, lorsqu'ils finissent par quitter la montagne et "descendre" dans le monde des humains, un monde où en l'occurence sévissent les nazis, autrement dit un monde de la souffrance, indissociable de l’incarnation.

 

 

 

 

 

 

 

Cela a déjà été plusieurs fois remarqué; le film de Steven Spielberg E.T. est une relecture du Nouveau Testament :

l’histoire d’un être venu des cieux, capable de lire dans les cœurs et de guérir les blessures, dont les plus innocents deviennent les apôtres et font tout pour le protèger du regard de ceux qui jugent parce qu’ils ont peur ; un être de lumière, donc, qui sera d’une certaine façon « trahi » par l’apôtre dont il était le plus proche (en partageant avec lui sa déchéance physique et sa souffrance qui est le lot des hommes sur terre).

Bref il meurt ; il ressuscite ; il apparaît aux incrédules dans un nuage de fumée, une cape posée sur les épaules, les bras en croix et le cœur lumineux ; et enfin il remonte au ciel. Spielberg mêle discrètement à cela une symbolique plus volontiers hindouiste (le dernier geste d’E.T. envers Eliott)  et va jusqu’à commanditer une affiche en référence ouverte au plafond de la chapelle Sixtine.

 

 

 

En théorie, je ne devrais pas trop me fouler pour vous prouver la teneur mythologique des Dix commandements, à moins que vous vous imaginiez que l’Ancien Testament est un extrait de journal du Vème siècle avant J.C.

 

 

Comme toutes les oeuvres de James Cameron (à l’exception de True Lies) le film Titanic plonge ses racines dans les prophéties, et plus particulièrement les prophéties apocalyptiques. C’est un monde complet qui nous y est présenté, entre son sommet de Montagne où s'effectue la rencontre et où l'on crie sa liberté les bras en croix (la proue avant du navire) et la fournaise de ses Enfers (la salle des machines), un monde où la société est composée de strates, de classes, de limites, bref de division ("diyábolos") mais un monde qui malgré son apparence éternelle et indestructible finira par voler en éclat et s’écrouler sur lui-même. Les seuls survivants possibles d’un tel naufrage, d'un tel Apocalypse, sont ceux qui auront accompli l’intégralité du voyage spirituel (du ciel à l'enfer, de la proue avant du navire à la salle des machines) pour en sortir transformés, c’est-à-dire animés d’un Amour véritablement inconditionnel : deux êtres devenus Un, aussi immortels dans la mort que ne le furent avant eux Tristan et Yseult. L’homme du commun (Jack = Jean) s’unit au divin (la Rose) pour devenir symbole d’éternité (un diamant, le Cœur de l’Ocean). Ceux qui n’ont pas eu l’opportunité d’accéder à cet accomplissement iront au fond de la mer où une nouvelle chance leur sera donnée (voir la position "angélique" d'un corps de femme noyée sur lequel s'attarde James Cameron). Mais ceux qui se sont tenus volontairement à l’écart de l'Amour dériveront pour l’éternité sur leurs petites embarcations. On les appelle les Damnés.

 

 


 

 

Enfin je ne m’attarderais pas trop sur Les Dents de la mer, car je n’ai pas lu Moby Dick, que je connais très mal le mythe du Leviathan, et que pour l’heure ces figures me plongent dans la plus grande perplexité. Mais comme vous vous en doutez, leur présence se fait sentir avec insistance dans le film de Spielberg.

 

 

Bien sûr, des milliers d’autres films ont abordé ces thématiques, ont parcouru ces concepts et peut-être même, si l’on veut argumenter, l'ont-ils fait de façon plus juste ou plus jusqu’au-boutiste. Mais il se trouve que ce sont ces films-ci, ces "intouchables", qui ont su apporter cette contemplation du Mystère au public mondial. Comment ? Par quels mécanismes ? Pourquoi eux et pas les autres ? Ma foi, si je le savais…

 

Rafik Djoumi

 

J’espère que Gaël ne me tiendra pas rigueur de m’être servi de lui pour introduire cette démonstration.

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Si simple – War of the Worlds  posté le dimanche 02 décembre 2007 00:28

Blog de rafik : Compagnon Geek, Si simple – War of the Worlds

 

Steven Spielberg a toujours payé le prix de son pragmatisme et de son accessibilité. Au bout de quarante années de carrière, et alors que son nom est depuis vingt ans synonyme de Cinéma (un privilège qu’il partage avec une toute petite poignée de noms, parmi lesquels Chaplin, Ford, Hitchcock ou Bergman), ce cinéaste majeur n’a fait qu’exceptionnellement l’objet d’études approfondies. En France, en dehors de l’ouvrage de Jean-Pierre Godard, il faudra se lever tôt pour trouver une analyse critique consacrée à Spielberg (surtout sur ses derniers films) que ce soit en livre ou dans la presse, là où par exemple des cinéastes tels que Michael Mann, David Cronenberg, Tim Burton ou Terrence Malick squattent les rayons des librairies et les notes d’intentions universitaires. Les multiples ouvrages à avoir été consacrés à Spielberg se résument le plus souvent à sa biographie ou au caractère strictement informatif sur ses réalisations.

 

 

Avant-propos

Qu’un géant cinématographique d’une telle stature fasse l’objet d’aussi peu de travail critique relève d’un dédain, parfois conscient, le plus souvent inconscient. On n’aurait pas idée, en effet, d’aller chercher la petite bête analytique dans un Cinéma que tout le monde s’accorde à trouver simple et accessible. En cela, le Cinéma de Spielberg rejoindrait la musique de Mozart en son temps : tellement simple, tellement accessible et tellement puissante dans son évocation immédiate qu’on ne soupçonnerait même pas l’architecture grandiose et complexe qui a permis d’accéder à cette « simplicité ».

Oui mais non !

On ne devient pas un des cinéastes les plus importants de l’Histoire du Cinéma en se curant le nez et en pensant à autre chose. Le Cinéma de Spielberg n’a jamais été ni simple ni évident. Seule sa force d’évocation peut l’être, et encore en surface. A l’époque de la sortie de Minority Report, j’affirmais que, face à un film de Spielberg, le public et la critique avaient l’étrange faculté de se plonger dans un état de « crétinerie volontaire » (ce qui n’a pas beaucoup plus à ceux qui ne lisent qu’un mot sur deux et qui n’ont bien évidemment retenu que le premier). J’entendais par là que les thématiques complexes avec lesquelles jongle Spielberg, la subtilité de son discours, seraient apparues comme évidentes à ce même public s’il était mis face aux œuvres d’autres cinéastes (au hasard les quatre cités plus haut). Mais la simple évocation du nom de Spielberg semblait suffisante à annihiler tout mécanisme critique dès l’entrée ou la sortie de salle.

Une preuve parmi tant d’autres : les six derniers films du réalisateur se terminent tous sur une note effroyablement mélancolique, si ce n’est dépressive. Or, systématiquement, public et critique ont fait connaître, sur ces six derniers films, leur regret qu’ils se soient terminés sur un « happy end ».

 

War of the Worlds

 

Globalement, La Guerre des Mondes fut plutôt bien accueilli par le public et la critique… enfin… autant que peut l’être un blockbuster d’été avec une grosse star à l’affiche. Et si, une fois de plus, tout le monde semblait regretter la présence d’un « happy end », le sous-texte politique de l’oeuvre, d’une résonance critique rare, fut dénié avec une force propre à subjuguer le docteur Freud. Mais où était donc passé le fameux « post-11 septembre » qu’on accole joyeusement à un film américain sur deux ? Il fit timidement et tardivement son apparition, à la suite des propos explicites de l’auteur, en demeurant simplement évoqué au détour d’une ligne, et pas vraiment analysé comme une note d’intention capitale qui justifierait à elle seule la mécanique complète du film. Or, non seulement La Guerre des Mondes est un film éminemment politique (au moins autant queMunich) ; il est également l’un des très rares films américains de cette décennie (avec Mémoires de nos Pères… produit par Steven Spielberg) à avoir osé poser la question du fondement politique des Etats-Unis au lendemain de la tragédie du 11 septembre.


Cellule

Le générique d’ouverture de La Guerre des Mondes part du cœur d’une cellule pour découvrir une goutte d’eau posée sur une feuille attachée à un arbre.

 

 

 

 

Commençons par le commencement et remontons à H.G. Wells. Son roman, La Guerre des Mondes, paraît en 1898 dans une Europe tourmentée par la menace anarchiste. La décennie fut sanglante. Tandis qu’un Bakounine théorise les conditions de la lutte, le président Carnot se fait poignarder à mort, l’impératrice Elisabeth d’Autriche se fait assassiner, Ravachol fait sauter des commissariats et divers hommes de Loi etc. Le mot « attentat» est sur toutes les lèvres. Très vite, les pouvoirs en place vont instrumentaliser la menace d’une Internationale Anarchiste parfaitement organisée et synchrone, aux individus insaisissables et assoiffés de sang, et dont les actions s’apprêtent à détruire sur le champ le monde occidental pour n’en laisser que ruines et désolation. En 1898 s’ouvre à Rome une conférence internationale pour la défense sociale contre les anarchistes. Or, si l’on constate bel et bien des attentats vraiment meurtriers dans divers pays d’Europe, le pouvoir réel de ces anarchistes est grandement exagéré. La nébuleuse qu’ils forment ressemble plus à un essaimage de groupes isolés, certainement pas à une organisation internationale aux objectifs clairs et concertés. Pourtant la presse se charge, le plus souvent à escient, d’entériner jour après jour cette phobie qui, de façon bien pratique, contribuera à anesthésier le risque bien réel de révolte sociale qui plane alors sur la France, l’Italie ou la Russie. Et cette « menace anarchiste » continuera d’alimenter la rhétorique politique bien longtemps après que le mouvement concerné se soit dissous dans sa propre violence.

Il suffit donc de remplacer « anarchie » par « Al Qaeda », de relire le paragraphe ci-dessus, et comprendre en quoi un film tiré de La Guerre des Mondes avait probablement sa raison d’être durant cette présente décennie.

 

L’autre bouleversement social et philosophique qui va nourrir l’œuvre de H.G. Wells est le darwinisme, alors violemment combattu par l’Eglise qui y perçoit (à juste titre) une véritable refonte dans la manière de penser le monde et l’homme en son sein. Wells est entièrement convaincu par les thèses de Darwin, au point d’opérer une greffe prudente entre cette théorie biologique et les grands mécanismes sociaux de son temps, annonçant sans le savoir la fin de son « monde » dans les futures tranchées de la Première Guerre Mondiale.

 

 


 

Contrairement à la version George Pal des années 50, le script de David Koepp pour le film de Spielberg va ramener cette thématique au premier plan. Le concept darwiniste y est explicite (discours de fin), l’analogie socio-politique qui en découle plutôt implicite. Spielberg la marque une première fois en projetant une image de la Terre sur la goutte d’eau qui renferme les cellules. Le message est entendu : la guerre des mondes à laquelle nous allons assister est une guerre entre les différentes organisations cellulaires.

 

 

Ray Ferrier, le héros du film, nous est présenté dès l’ouverture aux commandes d’une grue géante chargeant des containers. Le bref dialogue qu’il échange avec son supérieur nous fait comprendre qu’il est le meilleur dans sa branche et qu’il se sert de ce statut pour imposer ses conditions. Sur le plan visuel comme narratif, Ray nous apparaît d’emblée comme un individu isolé et égoïste, « perché dans sa tour ». Mais surtout, il nous est d’emblée présenté comme le personnage du film qui se rapproche le plus des futurs envahisseurs, opérant eux aussi en étant isolés dans le cockpit de leurs propres grues devenues des engins de destruction plutôt que de construction. Ray est un solitaire, un égoïste, et la suite du film nous montrera en quoi ce caractère fait précisément de lui un survivant, quelqu’un de suffisamment focalisé sur son Ego pour refuser jusqu’à l’idée de la Mort. S’il était une cellule, Ray serait donc une cellule cancérigène, qui se nourrit et détruit son environnement par refus de sa mortelle destinée.


Cellule familiale

L’interaction destructrice que Ray entretient avec sa famille, et la progressive prise de conscience de son devoir de père, va s’échelonner dans le film à travers une succession de vitres brisées.

 

La première intervient alors que Ray échange des tirs de balle, ainsi que des arguments de mauvaise foi, avec son fils Robbie Ferrier, n’hésitant pas à lui faire mal à la main pour asseoir sa supériorité. Robbie choisit alors d’éviter la balle lancée avec force, qui va détruire une des vitres de la maison. Ray nous apparaît, isolé, au milieu du fragment détruit de cette vitre. Cette première étape de la prise de conscience est celle de son isolement. Mais elle reste focalisée sur sa propre personne.

 

A la suite de la première attaque (et après que Ray ait sciemment envoyé à la mort un homme qu’on imaginait être son ami), la famille décomposée fuit en voiture sur l’autoroute. Spielberg opère un plan séquence extrêmement complexe (tourné en plusieurs parties en studio et recomposé par ILM) où la caméra opère un travelling circulaire complet autour du véhicule lancé à vive allure.

 

 

 

Durant l’essentiel de ce plan complexe, la caméra demeure à l’extérieur du véhicule (à l’extérieur de la vitre) alors que Ray et Robbie se voient dans l’incapacité d’avoir un échange sur l’évènement qu’ils sont en train de vivre. Cédant à une crise de panique, la petite Rachel Ferrier est prise de spasmes sur la banquette arrière. Son frère vient aussitôt à son secours et l’aide à « reconstruire son espace ». Pour la première fois, nous assistons à une interaction familiale « saine », et la caméra va littéralement traverser la vitre du véhicule pour souligner le confinement sécurisant de cet espace ainsi créé. Mais dès que Robbie se retournera vers son père pour forcer le dialogue, la caméra aura de nouveau traversé la vitre pour se retrouver à l’extérieur. Le plan se terminera donc à l’extérieur du véhicule, alors que Rachel réclame sa mère avec insistance, soulignant les lignes de tension et l’incapacité de Ray à communiquer avec ses enfants, y compris dans une situation où le risque de mort est imminent. Deuxième prise de conscience : si lui est isolé, ses enfants ont une capacité naturelle à recréer la cellule familiale face au danger.

 

 

 

La troisième prise de conscience va s’effectuer en deux temps, alors que la voiture que conduit Ray tente de se frayer un chemin au milieu d’une foule de réfugiés de plus en plus menaçante. Le pare-brise du véhicule vient d’être brisé par un projectile, et Ray donne un coup d’accélérateur. Il a juste le temps d’apercevoir, au cœur du fragment brisé, la silhouette d’une femme portant son enfant. En l’évitant de justesse son véhicule percute un poteau et s’immobilise. La force de survie égocentrique de Ray, capable d’envoyer ses amis à la mort, vient d’être stoppée net par l’image emblématique et sacrée de la filiation. Avec une violence inouïe, un homme tente alors  d’élargir le trou dans la vitre pour pénétrer dans le véhicule, en un plan évocateur des classiques du film de zombies (la couleur de peau du figurant a-t-elle été choisie pour renforcer l’analogie visuelle au mort-vivant ? La question est posée). La violence de l’acte de ce figurant nous renvoie à la violence dont on sait Ray capable. L’effet est miroir. Dès lors, si le monde extérieur cherche à atteindre, non pas son intégrité à lui mais celle de sa descendance (c’est un ‘reaction shot’ de Rachel, et non pas de Ray, que nous voyons à travers la brisure de vitre) alors il se doit d’agir avec la même conviction que s’il se protégeait lui-même. Ce qu'il va immédiatement faire dans la scène suivante.

 

 

 

La quatrième et dernière prise de conscience a lieu après que Ray ait accompli ce qu’il pense être l’acte ultime, à savoir tuer un homme (Ogilvy, le propriétaire de la cave) qui présentait un danger pour sa fille. Après ce meurtre, Rachel a en effet pris son père dans ses bras, donnant l’illusion d’une cellule familiale recomposée. Mais en vérité, l’acte de la petite fille fait preuve d’une maturité dans la compassion qui brouille les rôles.

L’acte véritablement ultime est celui que va accomplir Ray lorsqu’il croit perdre sa fille. Attaqué par un tripode, il se réfugie dans un véhicule abandonné dont le pare-brise a été troué. Son visage nous apparaît, vulnérable et choqué, au cœur de la vitre brisée. Le contrechamp nous révèle ce qu’il vient d’apercevoir : au cœur de la vitre brisée, la silhouette en pied de sa fille, étrangement calme. Ce n’est qu’à cet instant que Ray comprend enfin la nature de son devoir. Il doit sacrifier sa vie à c