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Voici la première bande annonce du documentaire The People versus George Lucas dont je vous parlais en Octobre. Immanquablement, elle risque de provoquer chez vous des sentiments mêlés. Vous y entendrez forcément une phrase que vous avez déjà prononcée ; mais l’effet d’accumulation du montage peut tout aussi bien inhiber votre joyeuse agressivité et vous faire chuchoter « Pauvre George ! Ils sont méchants avec toi quand même ». En tous cas, moi ça m’a traversé l’esprit.
Ce teaser est l’occasion d’évoquer un petit phénomène dont nous n’avons pas souvent parlé en ces lieux et qui touche à l’influence, plutôt récente, du Fandom.
Il y a longtemps, très longtemps, dans une galaxie lointaine appelée les années 80, le Fandom n’était qu’une vague notion, plutôt abstraite. Même si le terme existait déjà, il n’y avait pas de Fandom concret ; il n’y avait que des individus éparpillés dans une société qui les regardait avec embarras, isolés dans leur "fanatisme". Les mieux lotis, géographiquement, pouvaient à l’occasion se croiser dans des boutiques spécialisées et des conventions et apprendre ainsi que, non seulement ils n’étaient pas seuls, mais qu’ils représentaient également une certaine force numéraire (acte préalable à toute révolution ; le jour où les pauvres comprendront vraiment qu’ils sont une majorité, ça risque de chier dans le ventilo). Ce Fandom des temps anciens ne disposait que du pouvoir que lui conférait quelques rares ambitieux (création de fanzines, de conventions, de festivals) exécutant un travail de fond sur les esprits plutôt qu’un grand chambardement.
Comme on le sait, Internet a radicalement changé tout cela.
Quelques mois après sa démocratisation, un texan rouquin
et obèse (*) qui ne décolle pratiquement jamais de sa chambre
pouvait prétendre faire trembler les studios hollywoodiens (et par
extension, la finance) en se prévalant de quelques centaines de
milliers d’obèses comme lui, capables de faire ou défaire le
premier jour de sortie d’un blockbuster. Dans les années 80,
il fallait compter sept ou huit ans avant que George Lucas
s’entende dire que les gens étaient pas trop super fans des
pandas qui remuent du cul en forêt ou qu’ils avaient un peu
de mal à accepter que Boba Fett meurt en plongeant tête la première
dans un bidet de chiotte organique. En 1998, il fallait un peu
moins de 24 heures pour
que les boîtes mail de Lucasfilm se voient remplies
d’images de Jar Jar Binks découpé en morceaux. Dans les
années 80, une série télé annulée était... annulée.
Aujourd’hui, des pétitions et des promotions par les fansites
peuvent ramener Futurama d’entre
les morts. Bref, pour le meilleur et souvent pour le pire, Internet
a permis au Fandom de s’organiser en clans et en sous-clans
tout en se persuadant de son importance sur le développement du
monde culturel. Et il faudrait être de bien mauvaise foi pour ne
pas voir le complexe jeu de ping-pong (avec feintes, tricheries,
séductions etc.) qui met en scène depuis l’an 2000 le Fandom
internaute et l’industrie ciné/bédé/videogame, avec ses
conséquences directes sur la production.
Le
Fandom promeut et le Fandom condamne. Mais il est bon de préciser
que,
à l’époque où ses agents
étaient éparpillés dans le monde "normal", le Fandom faisait déjà
de la promotion intensive. Ce sont par contre ses condamnations qui
résonnaient comme un pet de mouche dans le cosmos (100% des fans de
Judge Dredd ont hurlé à la trahison en
apprenant que leur héros retirait son masque au bout de 5 minutes
de film ; 100% des gens qui travaillaient sur le film
n’ont absolument rien entendu à leurs cris). Du coup, le
porte-voix qu’Internet représente aujourd’hui pour
cette communauté semble essentiellement résonner, du moins pour
ceux qui tentent de l’écouter, à travers ses gueulantes et
ses chouinades. Ainsi, en devenant une minorité visible, le Fandom
en a été réduit à jouer ce rôle ingrat que la complexité des
mécanismes démocratiques finit par imposer à tout groupe
militant.
Reste la
créativité.
Parce qu’il y aura toujours quelques individus isolés et ambitieux qui aiment bien s’octroyer la parole en usant d’humour, de dérision ou d'éloquence, Internet est aussi la plateforme par laquelle le Fandom retrouve ses meilleurs réflexes.
Voici donc une petite compilation de railleries et râleries qui ont le mérite de ne pas nous faire passer, nous les fans, pour une bande de petites vieilles acariâtres toute droit sorties d’un Lucky Luke.
Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal
La bande-annonce qui ne trompe pas sur la marchandise
Indiana Shot first
Making of de Lord of the Rings par George Lucas
How George Lucas Might F@#% Up Indiana Jones 4
(publié avant la sortie du film)
L’Attaque des clones en 5 secondes
Le Seigneur des Anneaux en 15 secondes
Le Blu-Ray l’emporte sur le HD-DVD
et parce que le titre de ce billet y fait référence
Star Trek 2 : Il Forza Di Khan
Rafik Djoumi
(*) peut-être, un de ces quatre, me déciderais-je à rédiger un pour/contre sur Harry Knowles et Aint-it-cool-news



sarrio
ven 27 fév 2009 10:32