Y'a-t-il un réac pour sauver l'Amérique ?  (Articles) posté le lundi 22 décembre 2008 00:04

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Blog de rafik :Compagnon Geek, Y'a-t-il un réac pour sauver l'Amérique ?

 

On m'avait prévenu mais j'avais totalement sous-estimé le phénomène : An American Carol, la nouvelle comédie de David Zucker, défie l’entendement. Elle est donc à voir absolument.

Ancien membre d’une troupe de théâtre de beatniks des rues de sales hippies des années 70 (le Kentucky Fried Theater), autrefois adepte du sexe, de la drogue et du sacrilège, David Zucker est surtout connu en tant que Z final du trio ZAZ. Co-créateur du slapstick fin de siècle (Top Secret, Hamburger Film Sandwich, Y'a-t-il un pilote dans l'avion?) il en est également le récent fossoyeur (Scary Movie 3, 4, 12, Super Héros Movie). Et si l'on s'en tient au point de vue strictement cinématographique, son dernier film ne relève pas le niveau et souffre des mêmes mécanismes pesants, des mêmes formules datées, dans lesquelles il s'est figé depuis des années. En clair, An American Carol n'est jamais rigolo. Mais là n'est pas son intérêt.


L'intérêt réside dans le fait que David Zucker s'est converti il y a quelques années à la branche dure des républicains, devenant un des plus fervents supporters de l'administration Bush et, tout particulièrement, de sa guerre contre le terrorisme. Ce revirement a, semble-t-il, contribué à brouiller ses relations avec son frère Jerry et avec une partie de ses anciens collègues/amis hollywoodiens. Et vu la teneur de son dernier film, on imagine que la brouille n'a pas du se contenter de remarques pincées au coin du feu.
Basé sur le conte incontournable de Dickens A Christmas Carol, conte qui fait l'objet d'une adaptation cinématographique environ toutes les six semaines, An American Carol met en scène le documentariste de gauche Michael Malone... qu'on appelera Michael Moore pour simplifier.

 

 

Or donc, lorsque débute ce beau film, Michael Moore vient de conclure son nouveau documentaire, Die You American Pigs, et il s'apprête à lancer une campagne nationale pour faire interdire le 4 Juillet, fête de l'Indépendance américaine. Pendant ce temps, au Moyen Orient, une troupe de terroristes musulmans sont dégoûtés de voir que les américains organisent dans leur pays des élections démocratiques de la liberté libre qui risquent fort de rendre leurs compatriotes joyeux et prospères (et libres). Ils décident donc de frapper un grand coup contre l'Amérique et se mettent en quête de son plus grand ennemi, ce qui va directement les mener à Michael Moore, grand propagandiste occupé à détruire méthodiquement tous les fondements du pays. A l'instar du personnage de Scrooge (la grosse enflure du conte originel de Charles Dickens), Michael Moore va être visité par trois fantômes qui représentent la grandeur de l'Amérique : le président Kennedy, le général Patton et le chanteur de country Trace Adkins. Il appartiendra à ces trois-là de faire prendre conscience à ce salopard du mal qu'il fait au pays.

Le portrait que David Zucker fait de Michael Moore tient en trois running-gags. Premier running-gag: Michael Moore est un gros porc qui mange comme un porc. Il s'engouffre des vieilles pizzas froides à moitié dévorées par les souris; il joue les pique-assiettes dans les cocktails hollywoodiens; son appartement croule sous les emballages de junk food et autres papiers gras; et la seule raison pour laquelle il accepte de donner de l'argent à des jeunes filles vertueuses (on sait qu'elles sont vertueuses parce qu'elles ont des tenues de scout), c'est parce qu'elles vendent des fudge cookies. Et qu'importe pour lui si la plus jeune scout l'appelle "a fat, ignorant, traitorous sack of shit". Evidemment, étant donné qu'il est un gros porc, aucune femme ne veut de lui. Ce qui nous mène au second running-gag: Michael Moore se ramasse une baffe à chaque fois qu'il veut toucher des nichons de femme (et ce, y compris dans les parties du film où il est invisible aux yeux des gens). Enfin, le troisième running-gag en dit long sur la note d'intention: Michael Moore fait des documentaires !!!... mega lol !... En gros, à chaque fois que le personnage se présente comme un cinéaste, quelqu'un lui renvoie immédiatement à la gueule que,
faut pas déconner, ce qu'il fait ce sont des documentaires (souvent accompagné d'un geste de branlette de la main). Ce qui nous renvoie au running-gag précédent, puisque tant que Michael Moore continuera à faire des documentaires (lol), il restera ce gros porc de loser dont les femmes ne veulent pas. La seule chose qui permet à Michael Moore de briller un peu, c'est qu'il évolue à Hollywood, la place forte où résident tous les ultra-libéraux anti-américains hypocrites. Soit-disant antimatérialistes, ces gens d'Hollywood sont en fait riches à millions; soit-disant préoccupés de la faim dans le monde, ils bouffent du homard; soit-disant engagés politiquement, ils se contentent, à l'image de George Mulrooney (George Clooney) de faire des films qui dénoncent des vieux trucs du passé comme le mccarthysme. Et comme l'explique Mulrooney, ils sont pas fous au point de dénoncer les vrais crimes du moment (ceux des islamistes) sous peine de se faire décapiter dans une cave (rire dans l'assistance). Mais au moins, les gens d'Hollywood ont pour eux d'avoir une certaine culture cinématographique. La preuve : la documentariste qu'ils admirent le plus est Leni Riefensthal, celle qui a montré au monde le vrai pouvoir de l'image.

Riefensthal n'est à vrai dire que le début d'un festival de points Godwin qui va rythmer le film, puisque la démonstration sous-jacente de l'oeuvre de David Zucker est que les gens comme Michael Moore et ses copains d'Hollywood (et les babas-cool, et les pacifistes) sont en fait les vrais amis de tous les nazis de l'Histoire. Déjà, la voix-off qui présente le "prix Leni Riefensthal" insiste sur le fait que cette dame était pour son ami Adolf Hitler "a tireless promoter of his
campaign for change", analogie sympathique à la "campaign for change" de Barack Obama, le tout présenté par la voix suave de la très engagée Paris Hilton. Plus tard, Zucker n'hésitera pas à nous présenter Adolf Hitler, Mussolini et Hiro-Hito en train de chanter Kumbaya, le champ de ralliement de ces cons de hippies. En revenant avec insistance sur le cas du ministre anglais Chamberlain, sur les américains non-interventionnistes des années 40 ainsi que sur ces cons de hippies, Zucker a le souhait ardent de nous convaincre d'une chose : militer contre la guerre, c'est militer en faveur des nazis.

 

La différence entre patriotes et anti-américains est avant tout physique

 

Hélas! Les pacifistes ne sont pas les seuls ennemis de l'Amérique. Outre les mexicains (dont certains nous sont montrés au Moyen Orient en train de voler les jobs des afghans), il y a bien évidemment les gays, que l'on trouve systématiquement derrière toute manif' anti-américaine. Zucker se permet au passage de faire un super gag où deux militantes lesbiennes, travaillant pour le site Internet movealong.org, sont confondues avec des hommes, parce qu'en fait elles sont moches, grosses et/ou vieilles ces lesbiennes (lol ptdr). Autre danger notable qui menace les fondements du pays : l'American Civil Liberties Union, ce groupe d'avocats qui milite activement pour que soient respectés les droits de l'individu à Guantanamo ou à la prison d'Abu Grahib. Ils sont, dans le film, représentés sous forme de zombies (ils tentent de détruire la plaque des Dix commandements car ces monstres militent aussi pour la séparation de l'Eglise et de la Justice). Une seule chose à faire face à cette terrible menace: s'en remettre au deuxième amendement et sortir les shotguns pour leur trouer la gueule. Durant quatre bonnes minutes de film, le juge interprété par Dennis Hopper ainsi que le général Patton se livrent à un carton réjouissant dans ce que l'on peut raisonnablement considérer (comédie ou pas comédie) comme un appel au meurtre. Mais l'un des plus grands dangers, si ce n'est le pire danger qui gette les Etats Unis, c'est le corps éducatif et universitaire. En effet, sous leurs dehors policés et leurs tuniques sobres, tous les professeurs d'Université sont en réalité des hippies dégénérés qui endoctrinent les jeunes générations et les invitent à haïr leur pays et l'Eglise. Le film déploie autour d'eux tout un numéro musical où ils expliquent qu'ils donneront les meilleurs notes à ceux qui répèteront comme des perroquets l'endoctrinement qu'ils proposent, et qu'ils rajouteront même quelques points "si vous êtes pauvres, noirs ou gay".

 

Le vrai visage de l'Université

 

Fidèle à la structure du conte de Dickens, le film débute son troisième acte en nous montrant à quoi ressemblerait l'Amérique si tous ces gens venaient à gagner : Hollywood serait rebaptisée Ben Laden City (ornée des lettres géantes Allah Ackbar); les femmes seraient toutes forcées de porter la burka et le Michigan, l'état de Michael Moore lui-même, serait détruit par une attaque nucléaire iranienne.
Tout occupé à caser le maximum d'attaques envers le camp "des autres" (arrivé à ce stade du film, on a l'impression que les seuls amis de l'Amérique sont ceux qui portent des chapeaux de cow-boys ou des uniformes), Zucker ne fait même plus gaffe à la sensisbilité de son "camp" et il en vient assez vite à se tirer des rafales de balles dans le pied. Ainsi nous présente-t-il une succession d'enfants très malades, à qui ce salaud de Michael Moore blindé de thune avait promis une aide financière qu'il n'a jamais envoyée (cela voudrait-il dire qu'il faut beaucoup d'argent pour être soigné aux Etats Unis ? Est-ce qu'une âme courageuse dénoncerait cela dans un documentaire ?). Autre élément dont il ne s'est probablement pas rendu compte : les seuls noirs aperçus dans son film sont des esclaves; les femmes dépeintes y sont toutes des cruches. La façon avec laquelle Zucker met en scène ce qu'il appelle les "vrais" américains (des soldats qui mangent des hamburgers) ressemble à s'y méprendre à une caricature venant de l'étranger. Si l'on s'en tient à la démonstration du film, le pire écrivain de tous les temps serait Charles Dickens (un homme qui attaquait les
fondements politiques et sociaux de son propre pays). Le dernier plan se veut un hommage à Casablanca (film considéré comme "gauchiste" en son temps). Et enfin, lorsque pour appuyer sa démonstration, le cinéaste décide d'utiliser le fantôme de Benjamin Franklin et le décor de Ground Zero en y rajoutant des gags (!!), il touche à l'intouchable dans l'inconscient collectif américain. Ainsi, comme cela était finalement prévisible, le film a plus subjugué que provoqué le camp libéral. Il s'est violemment gaufré au box-office (7 millions pour plus de 20 millions de budget) engendrant 1/10ème des scores moyens de Michael Moore. Et à y regarder de près, les critiques les plus virulentes à l'encontre du film ont émané le plus souvent de journaux conservateurs. Dans les deux camps, certains ont été jusqu'à suggérer que le film de Zucker était en fait une attaque très élaborée contre les républicains eux-mêmes. Ce n'est évidemment pas le cas. An American Carol est juste l'énorme pétage de plomb d'un réalisateur dont la vie et la carrière ont pris un mauvais tournant ces quinze dernières années. Et si vous êtes comme moi, amateurs de pétage de plomb gravés sur pellicule, alors vous savez quoi regarder pour Noël.

Rafik Djoumi

 

La Sainte Trinité de la Grande Amérique : JFK, Patton et le présentateur vedette de Fox News

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