On m'avait prévenu mais j'avais totalement sous-estimé le
phénomène : An American Carol, la
nouvelle comédie de David Zucker, défie l’entendement. Elle
est donc à voir absolument.
Ancien membre d’une troupe de théâtre de beatniks des rues de
sales hippies des années 70 (le Kentucky Fried Theater), autrefois
adepte du sexe, de la drogue et du sacrilège, David Zucker est
surtout connu en tant que Z final du trio ZAZ. Co-créateur du
slapstick fin de siècle (Top Secret,
Hamburger Film Sandwich,
Y'a-t-il un pilote dans l'avion?) il en
est également le récent fossoyeur (Scary Movie 3, 4,
12, Super Héros Movie). Et
si l'on s'en tient au point de vue strictement cinématographique,
son dernier film ne relève pas le niveau et souffre des mêmes
mécanismes pesants, des mêmes formules datées, dans lesquelles il
s'est figé depuis des années. En clair, An American
Carol n'est jamais rigolo. Mais là n'est pas son
intérêt.
L'intérêt réside dans le fait que David Zucker s'est converti il y
a quelques années à la branche dure des républicains, devenant un
des plus fervents supporters de l'administration Bush et, tout
particulièrement, de sa guerre contre le terrorisme. Ce revirement
a, semble-t-il, contribué à brouiller ses relations avec son frère
Jerry et avec une partie de ses anciens collègues/amis
hollywoodiens. Et vu la teneur de son dernier film, on imagine que
la brouille n'a pas du se contenter de remarques pincées au coin du
feu.
Basé sur le conte incontournable de Dickens A Christmas
Carol, conte qui fait l'objet d'une adaptation
cinématographique environ toutes les six semaines, An
American Carol met en scène le documentariste de
gauche Michael Malone... qu'on appelera Michael Moore pour
simplifier.

Or donc, lorsque débute ce beau film, Michael Moore vient de
conclure son nouveau documentaire, Die You American Pigs,
et il s'apprête à lancer une campagne nationale pour faire
interdire le 4 Juillet, fête de l'Indépendance américaine. Pendant
ce temps, au Moyen Orient, une troupe de terroristes musulmans sont
dégoûtés de voir que les américains organisent dans leur pays des
élections démocratiques de la liberté libre qui risquent fort de
rendre leurs compatriotes joyeux et prospères (et libres). Ils
décident donc de frapper un grand coup contre l'Amérique et se
mettent en quête de son plus grand ennemi, ce qui va directement
les mener à Michael Moore, grand propagandiste occupé à détruire
méthodiquement tous les fondements du pays. A l'instar du
personnage de Scrooge (la grosse enflure du conte originel de
Charles Dickens), Michael Moore va être visité par trois fantômes
qui représentent la grandeur de l'Amérique : le président Kennedy,
le général Patton et le chanteur de country Trace Adkins. Il
appartiendra à ces trois-là de faire prendre conscience à ce
salopard du mal qu'il fait au pays.
Le portrait que David Zucker fait de Michael Moore tient
en trois running-gags. Premier running-gag: Michael Moore est un
gros porc qui mange comme un porc. Il s'engouffre des vieilles
pizzas froides à moitié dévorées par les souris; il joue les
pique-assiettes dans les cocktails hollywoodiens; son appartement
croule sous les emballages de junk food et autres papiers gras; et
la seule raison pour laquelle il accepte de donner de l'argent à
des jeunes filles vertueuses (on sait qu'elles sont vertueuses
parce qu'elles ont des tenues de scout), c'est parce qu'elles
vendent des fudge cookies. Et qu'importe pour lui si la plus jeune
scout l'appelle "a fat, ignorant, traitorous sack of
shit". Evidemment, étant donné qu'il est un gros porc, aucune
femme ne veut de lui. Ce qui nous mène au second running-gag:
Michael Moore se ramasse une baffe à chaque fois qu'il veut toucher
des nichons de femme (et ce, y compris dans les parties du film où
il est invisible aux yeux des gens). Enfin, le troisième
running-gag en dit long sur la note d'intention: Michael Moore fait
des documentaires !!!... mega lol !... En gros, à chaque fois que
le personnage se présente comme un cinéaste, quelqu'un lui renvoie
immédiatement à la gueule que, faut pas déconner, ce qu'il fait ce sont des documentaires
(souvent accompagné d'un geste de branlette de la main). Ce qui
nous renvoie au
running-gag
précédent, puisque tant que Michael Moore continuera à faire des
documentaires (lol), il restera ce gros porc de loser dont les
femmes ne veulent pas. La seule chose qui permet à Michael Moore de
briller un peu, c'est qu'il évolue à Hollywood, la place forte où
résident tous les ultra-libéraux anti-américains hypocrites.
Soit-disant antimatérialistes, ces gens d'Hollywood sont en fait
riches à millions; soit-disant préoccupés de la faim dans le monde,
ils bouffent du homard; soit-disant engagés politiquement, ils se
contentent, à l'image de George Mulrooney (George Clooney) de faire
des films qui dénoncent des vieux trucs du passé comme le
mccarthysme. Et comme l'explique Mulrooney, ils sont pas fous au
point de dénoncer les vrais crimes du moment (ceux des islamistes)
sous peine de se faire décapiter dans une cave (rire dans
l'assistance). Mais au moins, les gens d'Hollywood ont pour eux
d'avoir une certaine culture cinématographique. La preuve : la
documentariste qu'ils admirent le plus est Leni Riefensthal, celle
qui a montré au monde le vrai pouvoir de l'image.
Riefensthal n'est à vrai dire que le début d'un festival de
points Godwin qui va rythmer le film, puisque la
démonstration sous-jacente de l'oeuvre de David Zucker est que les
gens comme Michael Moore et ses copains d'Hollywood (et les
babas-cool, et les pacifistes) sont en fait les vrais amis de tous
les nazis de l'Histoire. Déjà, la voix-off qui présente le "prix
Leni Riefensthal" insiste sur le fait que cette dame était pour son
ami Adolf Hitler "a tireless promoter of his
campaign
for change", analogie sympathique à la "campaign for
change" de Barack Obama, le tout présenté par la voix suave de
la très engagée Paris Hilton. Plus tard, Zucker n'hésitera pas à
nous présenter Adolf Hitler, Mussolini et Hiro-Hito en train de
chanter Kumbaya, le champ de ralliement de ces cons de hippies. En
revenant avec insistance sur le cas du ministre anglais
Chamberlain, sur les américains non-interventionnistes des années
40 ainsi que sur ces cons de hippies, Zucker a le souhait ardent de
nous convaincre d'une chose : militer contre la guerre, c'est
militer en faveur des nazis.

La différence entre patriotes et anti-américains est avant tout physique
Hélas! Les pacifistes ne sont pas les s
euls ennemis
de l'Amérique. Outre les mexicains (dont certains nous sont montrés
au Moyen Orient en train de voler les jobs des afghans), il y a
bien évidemment les gays, que l'on trouve systématiquement derrière
toute manif'
anti-américaine. Zucker se permet au passage de faire un super gag
où deux militantes lesbiennes, travaillant pour le site Internet
movealong.org, sont confondues avec des hommes, parce qu'en fait
elles sont moches, grosses et/ou vieilles ces lesbiennes (lol
ptdr). Autre danger notable qui menace les fondements du pays :
l'American Civil Liberties Union, ce groupe d'avocats qui milite
activement pour que soient respectés les droits de l'individu à
Guantanamo ou à la prison d'Abu Grahib. Ils sont, dans le film,
représentés sous
forme de zombies (ils tentent de détruire la plaque des Dix
commandements car ces monstres militent aussi pour la séparation
de
l'Eglise et
de la Justice). Une seule chose à faire face à cette terrible
menace: s'en remettre au deuxième amendement et sortir les shotguns
pour leur trouer la gueule. Durant quatre bonnes minutes de film,
le juge interprété par Dennis Hopper ainsi que le général Patton se
livrent à un carton réjouissant dans ce que l'on peut
raisonnablement considérer (comédie ou pas comédie) comme un appel
au meurtre. Mais l'un des plus grands dangers, si ce n'est le pire
danger qui gette les Etats Unis, c'est le corps éducatif et
universitaire. En effet, sous leurs dehors policés et leurs
tuniques sobres, tous les professeurs d'Université sont en réalité
des hippies dégénérés qui endoctrinent les jeunes générations et
les invitent à haïr leur pays et l'Eglise. Le film déploie autour
d'eux tout un numéro musical où ils expliquent qu'ils donneront les
meilleurs notes à ceux qui répèteront comme des perroquets
l'endoctrinement qu'ils proposent, et qu'ils rajouteront même
quelques points "si vous êtes pauvres, noirs ou
gay".

Le vrai visage de l'Université
Fidèle à la structure du conte de Dickens, le film débute son
troisième acte en nous montrant à quoi ressemblerait l'Amérique si
tous ces gens venaient à gagner : Hollywood serait rebaptisée Ben
Laden City (ornée des lettres géantes Allah Ackbar); les femmes
seraient toutes forcées de porter la burka et le Michigan, l'état
de Michael Moore lui-même, serait détruit par une attaque nucléaire
iranienne.
Tout occupé à caser le maximum d'attaques envers le camp
"des autres" (arrivé à ce stade du film, on a
l'impression que les seuls amis de l'Amérique sont ceux qui portent
des chapeaux de cow-boys ou des uniformes), Zucker ne fait
même plus gaffe à la sensisbilité de son "camp" et il en vient
assez vite à se tirer des rafales de balles dans le pied. Ainsi
nous présente-t-il une succession d'enfants très malades, à qui ce
salaud de Michael Moore blindé de thune avait promis une aide
financière qu'il n'a jamais envoyée (cela
voudrait-il dire qu'il faut beaucoup d'argent pour être soigné aux
Etats Unis ? Est-ce qu'une âme courageuse dénoncerait cela dans un
documentaire ?). Autre élément dont il ne s'est probablement
pas rendu compte : les seuls noirs aperçus dans son film sont des
esclaves; les femmes dépeintes y sont toutes des cruches. La façon
avec laquelle Zucker met en scène ce qu'il appelle les
"vrais" américains (des soldats qui mangent des
hamburgers) ressemble à s'y méprendre à une caricature venant de
l'étranger. Si l'on s'en tient à la démonstration du film, le pire
écrivain de tous les temps serait Charles Dickens (un homme qui
attaquait les
fondements
politiques et sociaux de son propre pays). Le dernier plan se veut
un hommage à Casablanca (film considéré
comme "gauchiste" en son temps). Et enfin, lorsque
pour appuyer sa
démonstration, le
cinéaste décide d'utiliser le fantôme de Benjamin Franklin et le décor de Ground Zero en y rajoutant
des gags (!!), il touche à l'intouchable dans l'inconscient
collectif américain. Ainsi, comme cela était finalement prévisible, le film a plus
subjugué que provoqué le camp libéral. Il s'est violemment gaufré
au box-office (7 millions pour plus de 20 millions de budget)
engendrant 1/10ème des scores moyens de Michael Moore. Et à y
regarder de près, les critiques les plus virulentes à l'encontre du
film ont émané le plus souvent de journaux conservateurs. Dans les
deux camps, certains ont été jusqu'à suggérer que le film de Zucker
était en fait une attaque très élaborée contre les républicains
eux-mêmes. Ce n'est évidemment pas le cas. An American
Carol est juste l'énorme pétage de plomb d'un
réalisateur dont la vie et la carrière ont pris un mauvais tournant
ces quinze dernières années. Et si vous êtes comme moi, amateurs de
pétage de plomb gravés sur pellicule, alors vous savez quoi
regarder pour Noël.
Rafik Djoumi
La Sainte Trinité de la Grande Amérique :
JFK, Patton et le présentateur vedette de Fox News
, j'ai le dvd, ça s'appelle Baseketball et c'est assez génial je dois dire, une trés bonne surprise de plus dans ma collection de geek avec Galaxy Quest



Asaliah
jeu 30 jui 2009 13:27