Pour Elle, allez-y  (Coups de gueule) posté le jeudi 04 décembre 2008 02:07

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Plusieurs d’entre vous m’ont demandé de revenir sur des remarques que j’avais faites concernant la défense du cinéma "de genre" en France. A défaut de constituer un article poussé sur le sujet, cette news offrira peut-être quelques éléments de réponse.

Aujourd’hui sort en salle le premier long métrage de Fred Cavayé, Pour Elle, avec Vincent Lindon et Diane Kruger. Il s’agit d’un thriller, l’histoire d’un homme déterminé à faire sortir sa femme de prison, quel que soit le prix moral à en payer.
Le spectateur, qui n'aura pas eu la chance de voir la bande annonce ou d'écouter les comédiens à la télévision, aura peut-être du mal à déterminer le "genre" auquel appartient le film. Le titre choisi, qui n’a vraiment de sens qu’à la vision du métrage, évoque avant tout le mélodrame. L’affiche, à la limite du hors-sujet (ça se voit bien que Diane Kruger est en prison, là, non ?) évoque immédiatement un drame chpykiologique sur la décomposition de la cellule familiale (ce qui est aussi le sujet du film mais certainement pas son pitch). Enfin, en l’absence de référence concernant le réalisateur, le spectateur n’a plus que le nom des comédiens pour tenter de déduire le sujet, la tonalité, la qualité supposée du film.

 

Mais où ont-ils trouvé l'inspiration ?

 

 

En temps normal, je ne me serais pas inscrit aux projections-presse de ce film (le Nicole Garcia-like ? j’ai déjà donné merci), et c’est à l’appel de mon collègue Arnaud Bordas que mon intérêt a été éveillé. Arnaud lui-même n’avait été amené à voir ce film qu’après l’insistance de l’attaché de presse Jean-Pierre Vincent. Son premier réflexe fut de lui dire "mais enfin, ce n’est pas pour moi" avant de se laisser convaincre et de laisser une chance à la découverte. Reste que malgré la promotion faite par Arnaud, et la mienne plus tardive et plus timide, certains de nos collègues gravitant dans la sphère dite du "cinéma de genre" n’ont toujours pas vu ce film, qui les concerne pourtant au premier chef. Or, si avant même sa sortie, un film comme Pour Elle ne parvient pas à fédérer le genre de journalistes susceptibles de le défendre avec vigueur, c’est qu’il y a je pense un gros problème à la base.

Notre métier ne nous permet pas de voir absolument tout ce qui sort. La plupart du temps, il n’existe pas encore de bande-annonce visible au moment où débutent les projections de presse. Et donc nos choix, guidés par un mélange de goût personnel, de ligne rédactionnelle et de militantisme, ne peuvent se faire qu’à partir d’éléments relativement explicites.
Je me souviens qu’en 2002, je m’étais inscrit à la projection d’un film français pour une seule raison : mon collègue Stéphane Moïssakis m’avait évoqué, un an auparavant, le projet de film policier d’un ancien élève de l’ESRA co-écrit par le professeur Jean-François Tarnovski. Ce n’est qu'alerté par cet élément (au final assez secondaire) que je m’étais retrouvé à l’une des premières projections de Nid de Guêpes. Bien sûr, dès la sortie de la salle, je m’empressais de porter la bonne nouvelle à mes plus proches. Mais une voix au fond de moi se demandait pourquoi un tel film ne s’était pas annoncé à nous bien plus tôt et avec plus de fracas.
Trois ans plus tard, le Virgil de Mabrouk El Mechri est, lui, complètement passé sous le radar. A ma connaissance, aucun des journalistes militants du "genre", moi y compris évidemment, n’avait vu le film avant sa sortie en salle.

 

et si on vendait un thriller en se basant sur des affiches de thriller ?

 

Le fait que ces films ne nous aient pas été "annoncés", au sens où nous découvrons leur existence au dernier moment voire trop tard, cela révèle un fonctionnement particulier dans le petit milieu français du cinéma dit "de genre". Les films qui sont pratiquement sûrs de faire le plein de militants, à leurs premières projections de presse, sont en général ceux qui ont été réalisés par d’anciens journalistes ou par des personnes étroitement liées à ce milieu de journalistes. C’est assez fâcheux puisque le public pourrait vite soupçonner, et on le comprend, un état de connivence. Et il y a bien eu un ou deux cas qui, à mes yeux, posent sérieusement problème. Mais dans l’ensemble, en tous cas d’après ce que j’ai constaté, il s’agit généralement moins de connivence que de simplement être au courant de ce qui se fait, et donc de parler de ce que l’on connaît. La production de films tels que Nid de guêpes, Virgil ou Pour elle s’est faite sans que l’information ne se déploie dans ce petit milieu militant ; j’imagine que ses producteurs ignoraient même que ces films trouveraient une partie de leurs supporters dans ce petit groupe.

 

ma nièce de neuf ans et totoshop comprennent mieux le film que les affichistes

 

Or il se trouve que ce militantisme français est d’abord né dans les colonnes des magazines, sous la plume d’aspirants cinéastes à qui l’industrie filmique refusait l’entrée. Leur travail critique a finalement convaincu une partie de la profession d’ouvrir un espace à ce cinéma-là, et en contrepartie pas mal de producteurs de ces films "de genre" (donc exclusivement d'horreur) s’attendent aujourd’hui à être naturellement soutenus par cette presse militante. Et on a parfois l’impression que certains attendent avec plus d’anxiété la réaction des journalistes plutôt que le verdict du public. J’ai le souvenir d’un producteur déclarant à des journalistes qu’il ne sortirait peut-être pas un film d’horreur (en l’occurrence, un bon film d’horreur) pour la simple raison que "on en a marre, à chaque fois, de se faire allumer dans la presse". Cela sous-entend qu’un film tout pourri, mais qui porte de façon ostentatoire les attributs "du genre", devrait automatiquement être défendu par la presse spécialisée, au nom de son militantisme. Mais à quel moment y a-t-il eu militantisme pour réclamer des films tout pourris ?


Pourtant, un tel système est à l’œuvre. Et effectivement, des films absolument tout pourris se voient traités avec mansuétude parce qu’ils ont montré patte blanche en glissant les éléments constitutifs de ce qu’on dénomme "le genre". 

J’ai de plus en plus de mal à percevoir la différence qu’il y a entre ce système et celui qui, dans les années 80, a soutenu à mort le "film d’auteur - 2 pièces cuisine – jeune réa de l’IDHEC". Lorsqu’on parle aujourd’hui en France de films de genre, c’est dans une acceptation incroyablement étriquée du terme : "un film de genre, c’est quand y’a du gore qui est hardcore, qui nique la société et qui fait peur aux vieilles dans le métro" de la même façon qu’autrefois on avait "un film d’auteur, c’est quand deux étudiants en socio s’engueulent dans une cuisine moche, puis font l’amour sur un matelas posé au sol avec du Lou Reed en fond sonore; et ça fait chier la vieille dans le métro".

Hier comme aujourd’hui, les jeunes réalisateurs les plus proclamés de cette vague semblent être issus du même moule et partagent les mêmes références cinéphiliques. Hier comme aujourd’hui, ils sont soutenus à coups de qualificatifs parfois indignes, par une presse parisienne d’autant plus concernée et partiale qu’il s’agit de films faits par des potes. Hier comme aujourd’hui, ces films peuvent pointer leur nez à la semaine de la critique et faire leur mini-buzz sur la croisette. Hier comme aujourd’hui, ces films prennent leur pied à dépeindre des femmes asociales, détestables et hystériques, en se persuadant d’avoir capturé là l’insaisissable féminin (à comparer avec le personnage de Kruger dans Pour Elle, dont on tombe amoureux en 2 minutes alors qu'elle est arrêtée pour meurtre, et la façon sublime avec laquelle elle demande à ne plus revoir son fils). Hier comme aujourd’hui, le snobisme américain associe les mots "european" et "art films" et glorifie en conséquence la nouvelle vague d'horreur, sans réaliser qu’ils ont sous la main la même came en peut-être mieux. Hier comme aujourd’hui, ces films font plus du tiers de leurs entrées sur Paris, cumulent leur carrière à 80 000 spectateurs, et tout le monde semble s’en satisfaire. Et pour finir, l’affiche de ces films nous présente occasionnellement les comédiennes qui sévissaient déjà dans "l’hôteur" des années 80 (à quand Sandrine Bonnaire découpée à la machette ?)
Vu de loin, l’affaire ressemble drôlement à un sale remake, à un retour à la case départ, où le pot de fleurs brisé et la scène de ménage auraient été remplacés par un pancréas éclaté et du piano morriconesque. Et à posteriori, je ne m’étonne plus du fait que cette "nouvelle vague" de l’horreur à la française ait été initiée en 2001 par la réalisatrice Claire Denis, pur produit du film d’auteur 80’s, ancienne de l’IDHEC et assistante de Jacques Rivette. Ouais... Supaire…

 

idée marketing : Ca + Ca = le sujet du film

 

Comme je ne suis pas le seul à avoir réalisé cette mystérieuse analogie, j’en déduis que le développement de ces dernières années a pu s’avérer frustrant pour pas mal de personnes adeptes du fantastique/horreur/action/aventure, et qu’il y a peut-être moyen de ne pas se complaire dans ce système.
On sait que les enfants sont inconsciemment poussés à reproduire les erreurs de leurs parents. On sait aussi qu’il est possible d’échapper à ce phénomène de répétition générationnelle. Cela commence par déterminer clairement ce que l’on souhaite, mais seulement après avoir identifié et isolé le fantôme de ce qu’on ne souhaitait plus. Autrement dit, il faut admettre que la purge que fut autrefois le "film d’auteur - 2 pièces cuisine – jeune réa de l’IDHEC" n’était PAS du à ses éléments constitutifs de "2 pièces cuisine", mais au fait que ces films étaient mal écrits, mal mis en scène, mal interprétés, et que les qualités dont ils se réclamaient appartenaient à un périmètre extérieur au film ("ça s’appelle "film d’art" donc ça doit en être ; bon c’est chiant comme film mais il dit du mal du FN alors c’est mon ami.").

Aussi m’excusera-t-on de n’avoir aujourd’hui rien à secouer d’un film d’horreur hardcore (mettez le titre de votre choix, la liste est longue) s’il est mal écrit, mal mise en scène et mal interprété, et que les qualités dont il se réclame sont de porter l’étendard du "genre", parce qu’à la treizième minute on y cite un film d’horreur d’il y a 35 ans, ou bien parce qu'il crie dans les colonnes de magazines son aspect subversif/la société j’la nique.
De toutes façons, hier comme aujourd’hui, j’ai tendance à penser qu’un film est réellement subversif dès l’instant où il est bon; dès l’instant où il permet à un spectateur de s’affranchir de son nombril, ne serait-ce que deux heures. (je développerais ça une autre fois)

Et c’est là que j’en reviens au film Pour Elle.
Je ne m’en servirais pas d’étendard et n’irais pas crier sur les toits que c’est un chef d’œuvre absolu de sa race, parce que ce n’est pas vrai. Pour Elle est "juste" un bon, voire un très bon film.


Mais ce qui me plaît dans cet exemple, c’est que le film de Cavayé se fout complètement, royalement, intégralement, de tout ce que je viens de dire ! Il n’appartient à aucune vague, à aucun courant, et il s’inscrit tout au plus dans une éventuelle "tradition" française qu’on aurait bien du mal à définir (à part le fait qu’on y parle français et que ça se passe en France).

Son auteur n’est pas un cinéphage sevré de ciné de genre et à la pointe de l’actualité (idem pour Siri d’ailleurs). Cavayé a du rencontrer il y a deux semaines tout au plus les premiers journalistes de sa vie. Il est suffisamment peu familier de toute l’agitation promotionnelle ou festivalière que, lorsqu’il m’a rejoint dans la suite de l’hôtel trucmuche, il n’a pas pu s’empêcher de me lancer avec le sourire "C’est bien joli chez vous" (faut dire que j’avais pris mes aises, et je lui ai d’ailleurs recommandé le hammam dans la salle de bain). En bref, Cavayé débarque. Il n’évolue pas dans la sphère militante. Il n’a pas réalisé un film en s’inscrivant dans un courant donné, et donc dans l’attente d’une poignée de gens. Il a réalisé son film avec l’espoir qu’il soit vu par un public à priori indéfini, et si possible large; c’est-à-dire un public à conquérir et non pas conquis d’avance. Son arme n’est pas la revendication mais l’implication émotionnelle. Il ne s'affiche pas contre "les autres" mais vers tout le monde. Il fera parler de lui à la télé de la même façon que les 400 autres films français de l'année, sans s'autoproclamer mutant, martyr ou grenade dégoupillée. Il n’a de chances de séduire que par ses qualités intrinsèques, c’est-à-dire l’écriture, la mise en scène et l’interprétation de ses comédiens. Son effort d’écriture ne sert qu’un propos : construire ses personnages et permettre à tout un chacun de s’y reconnaître (tous ceux qui ont vu le film ont eu la pensée fugace "et si ça m’arrivait ?"). Sa mise en scène ne sert qu’un propos : développer la mécanique du récit et permettre au spectateur de l’investir émotionnellement, sans lui faire du pied avec des effets empruntés ou en se reposant sur ses réflexes conditionnés. Les comédiens ne servent qu’un propos : faire exister les personnages et les rendre palpables, sans nous assommer de discours bien vus. Le film n'a besoin ni de gunfights, ni de poursuites en bagnole, pour revendiquer son statut de thriller. Il ne doit son appartenance au genre qu'à sa qualité de "thrill", respectant à la lettre, et probablement sans le vouloir consciemment, les codes originels du genre que beaucoup seraient infichus de citer.
Il y a, dans Pour Elle, une scène de dialogue entre Vincent Lindon et Olivier Marchal (vous savez, l’autre gars qui essaie avant tout de faire des bons films). Je ne peux vous parler en détail de cette séquence au risque de révéler trop de choses ; mais sachez qu’il s’en dégage une subtilité relationnelle, un enchevêtrement dans l’esprit du spectateur (du type "il sait que l’autre sait qu’il parle d’une chose en en exprimant une autre, mais il continue à parler comme si de rien n'était parce qu’ils se sont bien compris sans avoir à se le dire") bref le genre d'instant en suspension qu’on ne trouve habituellement que dans les scènes de dialogue de Michael Mann. Ouais ! Rien de moins ! Ainsi, à deux ou trois occasions, la rigueur et la concentration dont ont fait preuve les auteurs du film s’avère payante au point de les hisser à ces modèles. Ce n’est pas l’accomplissement ultime, j'en conviens, mais on a soudain l’impression que quelque chose a pris vie à l’écran, quelque chose qui ne doit rien et ne dépend en rien de nos éructations cinéphago-militantes.

Je sens qu’il y a de fortes chances pour que le film de Cavayé ne soit pas pris comme modèle et comme étendard des défenseurs du cinéma "de genre", qu'ils sévissent sur papier, sur site ou dans les forums. Parce que je sens que beaucoup auront déjà du mal à le reconnaître comme tel.
A la rigueur, ce sont les détracteurs du "genre" qui ont compris la chose avant tout le monde, puisqu'ils ressortent les éternelles mitraillettes à conneries ("scénario bien mince", "péripéties invraisemblables", "superficiel", "série B", "musique à l'américaine") mitraillettes qui se rechargent comme par magie dès qu’un film a des chances de toucher l’humanité d’un public indifférencié.
Cet état de fait, s’il se confirme, ne fera que me conforter dans ce que j’évoquais sur ce blog il y a un an, à savoir que ce terme de "cinéma de genre" commence à montrer de sérieux signes de pourrissement et qu’il serait peut-être temps de se repencher sur la notion, un peu plus subjective, un peu plus délicate à manier, de "cinéma populaire qui ne prend pas son public pour un ramassis de crétins".

Tout cela est écrit de façon désordonnée; et il m'est assez difficile de juger d'une mécanique sociale à laquelle j'appartiens et dans laquelle j'imagine avoir joué un rôle. En attendant, le seul acte militant qui me vienne à l’esprit, c’est de dire :

"Pour Elle, allez-y."


Lire l’interview de Fred Cavayé


Rafik Djoumi

 

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Tous les commentaires de l'article:
Pour Elle, allez-y

  • clément mailto

    mar 16 déc 2008 20:20

    excellent artticle.
    il est vrai que le film est plutôt bien et mérite qu'on aille le voir et le défende, car en effet il ne se situe dans aucune case. il est également vrai que le "cinéma de genre" tel que pensé en France est devenu aussi idéologique que le cinéma d'auteur, car il est, de par chez nous, devenu un nouveau cinéma d'auteur. Alors POUR ELLE fait du bien.
    sinon, l'article est encore mieux que le film, il est très pertinent, soulève des questions importantes, etc.
    l'ignorance de la critique française est sans doute devenue maladive, mais il ne faut pas la prendre trop au sérieux en vérité : elle n'a pas empêché d'excellents films d'exister comme (cela ne regarde que moi) La Haine, Amélie Poulain, Le Convoyeur, De battre mon coeur s'est arrêté, Martyrs, Nid de guêpes, etc. Les étrangers le reconnaissent, d'ailleurs ; ces films sont soient remakés, soit leurs cinéastes invités à faire des films de l'autre côté de l'atlantique. Il y a de toute façon une forme de justice. Le plus triste, c'est de voir Laugier, Siri, Aja et tous les autres s'en aller parce que ici personne ne fait attention à eux.
    merci en tous les cas Rafik pour cet excellent blog.

  • Shin

    jeu 11 déc 2008 10:28

    Bonjour,

    Comme beaucoup, j'ai vraiment trouvé l'affiche très inappropriée.

    Au départ, j'ai même pensé qu'il s'agissait d'une comédie dramatique façon "Marc Levy"... Faut dire aussi qu'un couple vu de dos, un slogan ultra passe-partout comme "dans un instant, leur vie va basculer" et un titre aussi peu évocateur (ou plutôt pouvant être interprété d'une façon tout à fait autre : "Pour elle") n'aident pas. OK, on voit un flic de dos, mais bon...

    Heureusement, le destin m'a amené à regarder l'émission de Drucker (et je n'ai pas honte parce qu'il y avait Valérie Lemercier que j'aime beaucoup ! ^__^) et là j'ai découvert la bande-annonce (nettement plus réussi déjà). Du coup, j'ai vraiment eu envie de découvrir le film et j'en ai même parler à un ami qui a du mal avec le cinéma français (si on excepte Richet, Siri et autres Marchal).

    Bon, il n'a pas voulu venir.

    Et il doit s'en mordre les doigts maintenant ! ^__^

    Amicalement,

    Shin.

  • Reda

    dim 07 déc 2008 20:49

    Pour le coup, je me pencherais plutot pour une affiche censé rameuter un public Anna Gavalda...

  • JLP

    dim 07 déc 2008 00:07

    "Ta nièce de neuf ans et totoshop" auraient surement fait gagner beaucoup d'argent aux producteurs du film (meme à l'international)
    Et elle kiffe le film noir apparemment ta nièce

    Je ne sais pas quel était le problème,peut-etre ont-ils pensé que le public de Vincent Lindon était "traditionnellement familial" d'ou cette affiche passe-partout...
    De toutes facons,quand tu vois le niveau général des affiches francaises,comme recemment "l'emmerdeur" de Francis Veber (sempiternel titre rouge sur fond blanc + tetes d'affiches) tu te dis qu'il y a vraiment un problème en France non seulement dans la facon de vendre les film mais aussi un problème d'ordre esthétique.
    Ca s'appelle de la direction artistique je crois?

  • RogerMoore mailto

    sam 06 déc 2008 11:26

    Ça fait du bien de lire "tout haut" ce qu'on pense "tout bas", ça rafraichit, ça conforte et on se sent moins seul au monde.
    J'aimerai tant qu'il y ait une alternative au film gore ou film d'action à la Europacorp.
    Parce que si le film de genre français actuel devait se résumer à cela, il serait d'une pauvreté et d'une frilosité absolue... Et surtout, il tomberait dans l'impasse en peu de temps (quoi ? Il y est déjà ?).

    C'est toujours un plaisir de te lire, sinon.

    P.S:J'avais été extrêmement surpris par la bande annonce de ce film, alors que l'affiche m'avait royalement indifféré .

  • Le gris

    ven 05 déc 2008 13:12

    Il est vrai que l'affiche est particulierement foireuse.
    Sans avoir vu de BA, j'ai penser a un film SF tellement l'image me fait penser a la scene final de L'armée des 12 singes .
    Et la petite catchline ne sert qu'a rien dire.

  • sam spade mailto

    jeu 04 déc 2008 15:51

    no problemo, et merci pour la correction, c'est vrai que j'ai tendance à tout balancer sans trop me relire. que veux tu mon enthousiasme me perdra!!

  • Rafik

    jeu 04 déc 2008 15:22

    Wouch !

    Sam, je me suis permis de copier/corriger ce long texte plein d'informations afin de le mettre sur le forum.

  • sam spade mailto

    jeu 04 déc 2008 14:23

    Comment est-on passé de la tradition poétique français au film d’horreur d’auteurs français !!!

    En lisant ton texte Rafik, je me suis mis sans m’en rendre compte à sourire comme un âne.

    D’une part parce que c’est sacrément culotté comme texte et je ne suis pas certain que nombres d’Internautes proches d’une sensibilité geek soit en mesure d’apprécier avec le recul nécessaire un texte polémique qui une nouvelle fois, faut-il le rappeler, n’est pas une grille de lecture à vocation scientifique comme LMD semble le penser lors de ta précédente missive.

    D’autre part, parce que tu me rejoins dans une préoccupation actuelle : Existe-il un cinéma fantastique français de qualité ? Si oui, comment peut-on la définir et surtout est-elle visible ? J’avais tenté d’essayer d’y voir clair en me posant la question de cette qualité à travers la vitrine toujours incontournable d’un festival fantastique (c’est le fameux brouillon que je t’ai envoyé). C’était une modeste étude à la fois quantitatif et qualitative du cinéma fantastique français dans les festivals français et européens. En gros, j’ai tenté de mettre en pratique ce qu’on nomme chez certains universitaires, une sociologie de la qualité artistique, basé essentiellement sur l’interaction entre le médiateur (celui qui diffuse et informe de l’existence des œuvres, dans ton texte, rafik, tu me le doigt sur la défaillance chronique des différents acteurs de la médiation lorsqu’il s’agit de faire connaître un film) et la figure de l’expert ordinaire et professionnel (c’est-à-dire la capacité d’un personne à pouvoir juger une œuvre) et qui consiste d’avoir un instrument de mesure viable et observable. Je sais, ça l’air tordu et compliqué, mais en vérité c’est très simple dans le principe puisqu’il s’agit de chose claire (comme par exemple combien de film français ont été récompensés à Paris, à Avoriaz, combien de français ont été présentés).

    Comme vous le savez, la France a cette réputation de ne pas avoir de cinéma fantastique. Ce n’est pas totalement faux, mais il faut nuancer, je pense, voire minimiser ce sentiment d’échecs dont la mesure où cette production est loin d’être inexistante et qu’elle a été la victime (comme tant d’autres cinématographies populaires des années 60 et 70) de critique intellectuelle ne jurant que par une forme de réalisme tous azimut. Par un tour de passe passe absolument scandaleux, la critique française fort d’une tradition catholique conservatrice va célébrer dans un grand élan de clairvoyance le fameux concept du cinéma réaliste. La question de la politique de l’auteur fut subtilement détournée de son utilisation première pour devenir le porte drapeau d’un réalisme authentique, récupérant le succés de la Nouvelle Vague pour imposer à la fois un cinéma de qualité, libre de toute contrainte commerciale, loin de l’industrialisation de masse, mais aussi un diktat de la pensée intellectuelle concernant le cinéma populaire réduit à une dimension purement mercantile (prenant tour à tour différents noms, cinéma bis, cinéma d’exploitation, cinéma porno, genre ignobles jusqu’à aujourd’hui avec un terme plus consensuelle ‘le cinéma de genre’, terme très utile pour le critique pour distinguer un cinéma artistique d’un cinéma heu comment c’est déjà, ah oui, de genre). Frodon nous casse à chaque numéro des Cahiers son blabla bazinien.

    Le cinéma fantastique français a été victime de cette récupération intellectuelle puisqu’il s’agissait au nom de l’esthétique de la nouvelle vague et de la tradition ‘réaliste’ défendre un fantastique qui ne ressemble pas à ce que nombreux critiques appeler avec un mépris évident ‘le fantastique folklorique’ et même les honorables membres de la revue Midi-Minuit fantastique ne pouvait se défaire de cette héritage. C’est delà que vient le terme ‘la tradition poétique fantastique française’, terme déjà employé pour évoquer les années 40 mais qui ont été à leur tour détourné de leur vocation populaire (en gros, La belle et la bête c’est plus que du cinéma fantastique c’est de la poésie, vous voyez le genre). Dans cette logique, il fallait coute que coute la production fantastique de l’époque, d’ailleurs fort honorable (cela va des Yeux sans visages, en passant par Le testament de Dr Cordelier, en passant plus tard par L’alliance) s’extraie de la masse infâme du cinéma d’exploitation pour valider sa qualité. Ainsi, on voit des germer des termes folklos (fantastique réaliste, fantastique moderne, fantastique contemporain, poésie fantastique abstraite). Vous comprenez pourquoi au moment où tentait d’imposer un label de qualité avec la délicatesse d’un éléphant que le public populaire s’en fouettait comme une guigne de ce cinéma de qualité et ne jurait que pour son fabuleux cinéma américain, plus authentique. La conséquence fut désastreuse (et même si on peut trouver des exceptions içi où là), le fantastique français s’est totalement désolidariser de son public de prédilection pour devenir des objets incongrus et embarrassant (Alice et la dernière fugue, La belle captive, Le jeu avec le feu, La bête etc).

    Dans les années 80, certaines œuvres tentent de s’extraire de cette prison intellectuelle et tente de manière maladroite d’essayer d’imposer des œuvres d’inspiration américaine. Vous les connaissez tous pour la plupart : Terminus, Le prix du danger, Zone rouge, Le démon dans l’île, L’union sacrée. Cette incapacité des réalisateurs français à rivaliser le cinéma américain ne serais que sur le plan purement technique est un des grand enjeux de ces dernières années et les échecs regrettables (encore récemment de Chrysalis ou de Dante 01) ne fait stigmatiser la faiblesse d’une cinématographie préoccupée de son propre marché local. Dans mes souvenirs de lecture, Arnaud Bordas et Julien Dupuy, sans oublier les interventions de Rafif (le modèle concernant le cinéma d’animation et l’absence de la figure du production comme maillon créatif peut aisément se retrouver dans tous le cinéma de genre), stigmatisait déjà les manques et les faiblesses des productions françaises prisonnier à la fois par l’étroitesse de leur marché et de cette idée affligeantes du soi disant spectateurs moyens peu exigeants en matière de rendu. L’inégalité des résultats témoigne d’une réelle difficulté des metteurs en scène français à mettre en place un cinéma fantastique à la fois en phase avec leur propre attente (et celle du public) tout en rivalisant avec le niveau de technicité indispensable à une certaine forme de qualité.

    Où se situe alors le cinéma d’auteur d’horreur français ? Ben ici dans cette faille. En partant du principe qu’il n’est soi disant pas possible de rivaliser sur ce terrain le cinéma américain, (heureusement que Siri est passé par là pour prouver le contraire), les cinéastes français ont été obligé de chercher une alternative susceptible de contourner des exigences techniques insurmontables pour des budgets microscopiques tant en essayant de retrouver les faveurs d’un public populaire. Dans un registre nettement plus méchant et polémique, Baxter (1988) de Jérôme Boivin et Carne (1990) de Gaspar Noé trouve un ton et une ambiance qui tranche nettement avec les films précités. En orientant les histoires vers une horreur sociétal et clinique (parfois à la lisière du polar ou du film noir) plutôt que celle d’un cinéma fantastique traditionnel, Gaspar Noé et Jérôme Boivin prépare le chemin de la nouvelle génération des réalisateurs de films d’horreur français, moins exigeant en terme technique ou de logistique mais donc plus enclin à traduire une vraie identité dans le cinéma de genre : en vrac on peut citer : La bouche de Jean-Pierre (1996), de Lucile Hadzihalilovic, Assassins (1997) de Mathieu Kassovitz, Sitcom (1998) de François Ozon, Seul contre tous (1998), de Gaspar Noé, Sombre (1998), de Philippe Gandrieux, Les amants criminels (2000) de François Ozon, Les rivières pourpres (2000) de Mathieu Kassovitz, Promenons-nous dans les bois (2000) de Lionel Delplanque, Trouble every day (2001) de Claire Denis, Nid de guêpes (2001) de Florient Emilio-Sirit, Irréversible (2002) de Gaspar Noé, Haute Tension (2003) de Alexandre Aja, Calvaire (2005) de Fabrice De Welz, La colline a des yeux (2006), de Alexandre Aja, A l’intérieur (2007), de Alexandre Bustillo et Julien Maury, Frontières (2007), de Xavier Gens, P2 (2007), Frank Khalfoun, Martyrs (2008) de Luc Lagier, Vinyan (2008) de Fabrice Du Welz, en attendant de voir se situe les prochains Lady Blood (2008) de Jean-Marc Vincent, La Horde (2009), Yannick Dahan et Benjamin Rocher ou encore Humains.

    On le voit, il y a pas mal de titres, certains sont sans aucun doute discutables. Il n’en reste pas moins que Rafik a raison lorsqu’il souligne que fondamentalement d’un point technique, commercial (si on compare leur budget respectif) mais aussi thématique (discours sur la chair, la colisation entre d’un coté la cité et le monde rural etc) que peu de choses séparent le cinéma de Claire Denis (Trouble everay day, donc) d’A l’intérieur (casting compris), de Sombre à Haute Tension si ce n’est le cursus et le background de leurs auteurs. Et pour cause, la domination du cinéma américain dans les années 70 et 80 a eu comme effet positif de permettre à une nouvelle génération nourrie en grande partie par le cinéma d’exploitation (dont Mad Movies, L’Ecran Fantastique, d’autres revues de ‘genre’ se sont fait largement l’écho) de s’imposer sur le marché européen et international validant ainsi une qualité du cinéma de genre français. Cette nouvelle génération se distingue profondément de la tradition poétique française à travers ses références, ses influences, et sa plus-value technique qui lui permet malgré des budgets faibles et des carences de productions propres aux systèmes de financement français d’être compétitif sur le marché international. C’est sans aucun doute dans ce rapport qualité / prix qui a valu une certaine reconnaissance et qui permis a de nombreux cinéastes français (Jean-Pierre Jeunet, Matthieu Kassovitz, Florient-Emilio Siri, Christophe Gans, Alexandre Aja, Eric Vallette, Xavier Gens, Xavier Palud, etc) d’être embaucher sur de nombreuses commandes états-uniennes (Alien 4, la résurrection, Hotage, Silent Hill, Catwoman, L’incroyable Hulk, Gothika, Hitman, Babylon A.D, La colline a des yeux, Mirrors). Il ne s’agit pas de se réjouir ou de condamner cette forme d’expatriement de nos forces créatrices mais de souligner comment le système de financement français empêche à quelques trop rares exceptions (Peut-être de Cedric Klapish, Immortel, de Enki Bilal, Dante 01, de Marc Caro, à vos souhaits) des projets audacieux à voire le jour en France. La préférence des jeunes metteurs en scène français pour le cinéma d’horreur est une manière souvent pragmatique de répondre à la faiblesse de budget allouer (d’où la multiplication des lieux clos, peu de personnages) comme du manque de structure de production cohérente capable de suivre des projets risqués. Seulement le hic, c’est que c’est également à ce niveau que le cinéma d’horreur d’auteur s’est imposé s’inspirant à tous va de Cronenberg, Lynch, Polansky et quelques autres. Collision qui va même comme le rappelle Rafik jusque dans la présentation officielle de certain de ses films à Cannes (au détriment de Gérardmer) à l’heure où celle-ci s’ouvraient davantage au milieu des années 90 (un bon paquet).

    Par contre, et c’est là où je ne rejoins pas Rafif dans son texte, c’est que ce cinéma d’horreur d’auteur se distingue néanmoins lors de sa diffusion en salles. En effet, (à moins que tu montres le contraire), on est d’accord pour dire que les Claire Denis, Ozon, Gandrieux sont facilement visible ne serais-ce parce que le label art et essai est inscrit en lettre capitale sur le front. Par contre, ce n’est pas le cas des autres et visiblement il paye un peu de leur statut. Car bien que produit et réalisé dans des conditions proches de cinéma d’auteurs traditionnels et que l’on peut sans aucun doute comparer avec les autres titres, le background des différents réalisateurs payent d’une certaine manière leurs tributs populaires. Pas assez intello pour le circuit art et essai, mais pas assez spectaculaire pour qu’il puisse rivaliser avec les scores des saw. C’est sans doute là que se situe le plus étrange des paradoxes.

  • Riddick

    jeu 04 déc 2008 13:25

    Moi je conseil un très bon film "indé" "subversif" : HUNGER !
    Bon de toute façon après avoir vu la BA de pour elle au ciné, le film est venu se mettre automatiquement dans ma liste du w-e... un des rares films français cette année à m'avoir ne serait que donner envi de le mettre dans ma liste de film à voir... mais maintenant avec cet article il figure dans le haut du panier ^^