La vidéo ci-dessus, originellement linkée par Blunt, est une
création du comédien Joe Cornish, co-créateur avec son ami Adam
Buxton du show anglais Adam and Joe. Les deux compères
gravitent dans la sphère de Nick Frost, Edgar Wright et Simon Pegg.
Ils sont apparus dans Shaun of the Dead
et dans Hot Fuzz, et Joe Cornish est
censé actuellement écrire le script de
Ant-Man avec Edgar Wright. En attendant,
il fait le con à se moquer du dernier Bond et de son aspect
'gritty-naughty', si éloignés à son goût des frasques de Roger
Moore.
Les paroles sont en bas de page, après le texte.
Sinon, à part ça, ce n’est absolument pas de Cornish
dont je voulais vous causer mais de la fréquentation de ce blog,
qui a fait dans la journée de lundi un petit bond remarquable (téma
la tof). Avec 75 commentaires au dernier recensement, mon coup de gueule du dimanche soir intitulé
Les Fifils à sa Moman semble en passe de devenir
l’article le plus commenté dans la courte histoire de ce
blog. Si j’avais le goût de l’audimat, je
m’empresserais de comparer ces chiffres avec ceux, quatre à
cinq fois moins importants, qui ont accompagné mes tentatives
d’historique de la caméra portée ou mes analyses
séquentielles de Spielberg. Et j’en déduirais alors
qu’il vaut mieux laisser tomber la rubrique
‘Analyse’ et développer à fond la section ‘Coups
de gueule’, bien plus à même de créer du remous internaute
avec le trafic qui l’accompagne.
Je pense que ça peut valoir le coup de s’attarder quelques
minutes sur cet incident ainsi que sur ce qui a été dit à propos de
ce texte, d’autant que les commentaires se sont prolongé sur
des forums annexes, m’interdisant d’y
répondre.
Ce micro-évènement d’un jour, survenu au sein de la
micro-communauté des ‘geeks cinéma francophones
internautes forumeurs adeptes du talkback’ (ça élimine
pas mal de monde) est assimilable à ce que j’appellerais,
dans une analogie tout à fait personnelle, le ‘syndrome
Attaque des clones’ ; ou comment un texte écrit à la
va-vite, dans un style agressif et avec quelques tentatives
d’humour, devient l’objet d’un mini-débat parce
qu’il a effleuré une problématique qui
touche tous les intervenants. Toutes les personnes ici présentes
consomment du cinéma d’action contemporain et toutes ces
personnes ont une histoire familiale. A partir de là, en créant un
court-circuit inédit entre ces deux champs d’expérience, le
texte renvoie chacun des lecteurs à quelque chose de forcément très
personnel (‘Mon Dieu ! mon goût pour ces films est-il à
ce point déterminé par le rapport à mes parents ?’) et
cela oblige ce lecteur à se positionner, par rapport à son vécu et
par rapport au groupe culturel dans lequel il évolue. Le type de
lecteur dont nous parlons ici étant naturellement prompt à
débattre, puisqu’il est, je le rappelle, ‘geek
cinéma francophone internaute forumeur adepte du
talkback’, un débat relativement passionné ne tardera
pas à surgir, dans lequel les intervenants prendront position
(pour, contre, 50/50) en confrontant leur ressenti et leur
expérience au vaste champ qui a été suggéré par le texte
‘coup de gueule’.
De ce point de vue, le texte ‘coup de gueule’ peut
être assimilé à un microbe. Si ce microbe est déjà bien connu par
l’organisme ‘geek cinéma francophone’, il sera
immédiatement absorbé et anéanti (en langage internaute, on appelle
cela un ‘troll’ et il est aussitôt absorbé par des
‘wuz here’). Mais si ce microbe
propose une caractéristique inédite, le court-circuit
qu’il déclenche au sein de l’organisme va générer la
création d’anticorps spécifiques, durant une période de crise
plus ou moins longue. Ces anticorps sont les termes du débat qui a
lieu. Ils permettent à chaque intervenant de tester la validité du
problème (donc d’identifier les composantes du microbe) et
dans le meilleur des cas lui offre la possibilité d’une
introspection qui affirme sa propre stabilité. La période de crise
passée, l’organisme ‘geek cinéma francophone’
retrouvera son équilibre. Il se verra doté d’un nouveau
mécanisme de défense, qui se déclenchera automatiquement si un
microbe par trop similaire pointe un jour son nez. (et comme le Dieu des Geeks adore la synchro, figurez-vous que,
quelques heures après avoir écrit ce texte, je me suis chopé un
vrai microbe. Cela fait trois jours que je me traîne une sale
grippe)
Ca c’était le bon côté des choses. Voyons maintenant le
mauvais.
Si le genre de diatribe dont je me suis rendu coupable peut effectivement déclencher le débat, elle contribue aussi à poser de sérieuses limites. Je vous renvoie tout d’abord vers l’intervention de Sam Spade, qui tout en se chargeant de rappeler qu’il s’agissait là d’un ‘coup de gueule’, a également tenté de résumer ce qui constituait selon lui un problème dans l’étude de la réception des films. Pourtant, lorsque Sam affirme avec prudence : ‘Attention je dis pas que Rafik nous emprisonne dans une posture et dans une interprétation...’, je ne suis pas loin de penser au contraire que ‘Si, justement’ !
Le texte en question n’étant pas une analyse, il ne
s’embarrasse pas des outils d’étude qui permettent
l’analyse. Il n’y a là aucun effort d’objectivité
puisque je ne me réfère à aucun chiffre, à aucune étude préalable ;
je ne délimite pas le genre de films sur lesquels je vais
m’attarder, ni la période, ni le système de production, ni
des éléments sociologiques extérieurs à l’organisation de la
famille. Je choisis les éléments que je vais mettre en scène afin
d’y glisser l’analogie que j’ai en tête (comme
beaucoup d’intervenants l’ont constaté). C’est le
propre de la chronique, du ‘coup de gueule’ ;
c’est le propre du ‘billet d’humeur’. On
pourra alors allègrement pointer du doigt mon manque
‘d’honnêteté intellectuelle’, il
n’y a pas d’honnêteté qui tienne puisque ce genre
d’exercice est soumis à la dictature de celui qui écrit le
texte, écartant ou contournant tous les obstacles qui
l’empêcheraient d’atteindre son but. Ici,
la mauvaise foi n'est qu'affaire d’appréciation. Dès
lors, même si l’expérience de tout un chacun ne correspond
pas forcément à ce qui est décrit dans le texte, c’est tout
de même dans ce cadre bien délimité, dans ce carcan, que se feront
les prises de position. Lord-of-babylon fera le
constat qu’il aime les gros seins et les minous rasés mais
qu’il déteste le dernier James Bond, et il se demandera où
cela le situe. LMD ira chercher des textes passés
où je chantais les louanges des comédiens éphèbes tels que Johnny
Depp, en se demandant où se situe ma logique. Alertés par les
termes que j’utilise, et les sentiments qui leur sont
associés, Albundy, Tigelz,
Beurk ou Jul me demanderont
d’assumer ma promiscuité idéologique avec les très
réactionnaires Eric Zemmour ou Alain Soral (oubliant que,
contrairement à eux, je ne condamne pas l’évolution de la
société, et n’en appelle pas au retour de valeurs
semi-fantasmées, qui sont pour moi tombées en désuétude
lorsqu’elles ont cessé d’être des valeurs pour devenir
instruments d’oppression), ce qui est une façon inconsciente
d’associer le carcan que j'ai créé avec mon texte par un
carcan pré-existant (et donc le resserrer encore plus). Le
Grand Wario commencera par affirmer ‘Je te
voyais moins con que ça’ (comme
c’est à peu près la cinquième ou sixième fois qu’il me
qualifie de ‘con’, il faudra bien qu’il se décide
un jour à valider ou non cette option), puis soulignera
l’affreux sexisme d’un texte qui tend le bâton pour se
faire battre, réagissant sans le savoir à des sentiments induits
par le choix des mots plutôt qu’à une étude de la rhétorique
en œuvre (puisque le texte interroge précisément une
discrimination sexiste en cours de formation). Et bien sûr,
beaucoup d’intervenants, ici ou sur un autre forum,
ressortiront des films que j’ai toujours défendu pour les
mettre à l’épreuve de cette grille de lecture. Mais quoi
qu’il arrive, et j’oserais dire quelle que soit la
pertinence des interventions, celles-ci demeureront fermement à
l’intérieur du cercle délimité.
Il se trouve que c’est précisément ce type de ‘billet
d’humeur’ qui, comme on l’a vu plus haut,
provoquera l’affluence et le débat passionné. Le billet
d’humeur mais pas l’analyse ! Qu’importe alors la
virulence du débat, je le répète, celui-ci n’aura pas
beaucoup de chances d’échapper au carcan imposé par le texte
d’origine. Toutes les approximations, toutes les
généralisations
hâtives de
ce texte, et même ses tentatives d’humour (!) fonctionneront
comme autant de balises qui délimitent l’espace du débat (à
titre d’exemple, un gag pourri que j’avais fait dans ma
critique de L’attaque des clones
m’a valu 6
ans de remarques agacées des fans… parce que
j’avais attribué une mauvaise couleur à la peau d’un
alien ! Qu’importe qu’il s’agisse d’un gag
pourri à la base, il devenait objet de débat).
Enfin, étant donné que j’ai moi-même délimité ce cercle, je me retrouve en position de force pour infirmer ou confirmer toutes les propositions du débat.
Je m'explique: si d’apparence un argument semble me
mettre en échec (exemple : le Néo des Matrix
n’incarne-t-il pas justement tout ce que tu dénonces ?)
je n’ai plus qu’à tranquillement sortir du
cercle que j'ai moi-même créé afin de d'aller trouver mon
contre-argument ailleurs, mais cette fois-ci dans l’analyse !
Et c’est alors d’une façon plus posée et plus
analytique que je tenterais de prouver, par exemple, que Néo est
probablement le personnage le plus adulte que le cinéma
d’action et de SF contemporain nous ait offert (ce qui
d'ailleurs m’apprendra à ne pas terminer mes sites sur
Matrix, puisqu’en abordant le volet
Revolutions j’aurais nécessairement
posé la question du Choix qui charpente la trilogie et ouvre à la
pleine maturité). Bref, tout ça pour dire que ce système est bien
pervers tant il apparaît qu'il offre les pleins pouvoirs à
l'initiateur du texte !

Or, et c’est là où je voulais en venir, ce cloisonnement
du débat par l’exercice du ‘billet
d’humeur’ plus ou moins provoc’ est précisément
la méthode par laquelle les grands éditorialistes de ce monde
génèrent les mécanismes de la pensée unique. En toute liberté, sans
aucune pression du gouvernement ou des places financières, ces
éditorialistes laissent parler leurs sentiments sur la situation
socio-politique, à grands coups d’approximations et de
généralisations, et ils délimitent ainsi pour leurs
lecteurs/auditeurs/téléspectateurs le carcan dans lequel se
déroulera le débat plus ou moins passionné. La place
qu’occupe ces ‘leaders d’opinion’ dans la
hiérarchie sociale, la sélection préalable qui leur a valu
d’occuper cette place, fait en sorte que la carcan
qu’ils délimitent ainsi dans l’opinion publique rejoint
quasi-automatiquement les intérêts du gouvernement et des places
financières. C’est le type de démonstration que fait très
régulièrement un intellectuel tel que Noam
Chomsky pour expliquer les mécanismes de ce qu’il appelle
la ‘dictature douce’ des démocraties
occidentales. Et c’est en étudiant ces mêmes mécanismes que
Jean Baudrillard avait prophétisé, dans les années 80,
que le discours paranoïaque du Front National
(immigration/insécurité/chômage) finirait par délimiter le cadre du
débat pour tous les partis politiques français, ce qui lui valut de
se faire kicker la gueule par à peu près tous les médias et les
politiques. Nous sommes aujourd’hui en plein dedans et
cherchons encore la porte de sortie.
Ce qui se produit donc à notre petit niveau micro-geek est aussi ce qui pollue la parole et l’échange à un bien plus large niveau social. Si je suis coupable de déverser mes sentiments confus dans un billet d’humeur, vous êtes aussi coupables de cristalliser dessus vos propres sentiments en réagissant et en vous positionnant à l’intérieur du territoire ainsi délimité.
Je faisais plus haut une analogie avec les anticorps, gardiens
de notre système biologique, que l’on peut aisément comparer
à des flics. Les anticorps du système intellectuel sont eux aussi
des flics, à la différence qu’ils ne servent pas seulement à
nous protéger des agressions extérieures. Ils servent aussi à
empêcher la pensée de s’évader vers des territoires qui
pourraient lui apparaître à priori déstabilisants ou dangereux. Ce
même lundi, dans les commentaires du sujet Hellboy II,
Michael, du site Internet wildgrounds.com,
pointait un phénomène très intéressant, et très actuel, au sujet
d’une forme d’autocensure de l’imaginaire. Après
lui, Eglantine faisait remarquer que ce phénomène
avait pris corps dans un échange houleux entre des forumeurs du site
dvdclassik (la preuve qu’ils sont
très en colère, d'ailleurs, ils s’envoient des Djoumi à la
gueule). Ce phénomène décrit par Michael,
et la façon avec laquelle s'empoignent les forumeurs désignés, est
en rapport direct avec tout ce
qui a été évoqué dans le coup de gueule des ‘Fifils
à sa moman’. Mais pour que la pensée puisse percevoir ce
lien, il faut préalablement qu’elle se soit échappée du
carcan qu’on avait délimité pour elle. Autre exemple, plus
abordable : beaucoup de titres de films ont été cités pour
confirmer ou infirmer mon ‘billet d’humeur’. Mais
personne à ma connaissance n’a cité le film des frères Coen
No Country for Old Men, qui pourtant
évoque avec insistance la place du Père, l’héritage du
western et sa confrontation avec le cinéma d’action,
l’impossibilité d’Hollywood à pérenniser certaines
figures héroïques etc. La raison pour laquelle ce titre n’a
pas fait surface dans les échanges, alors que chacun d’entre
vous connaît et apprécie sûrement ce film, réside dans le fait que
le carcan que j’avais délimité interdisait cette analogie,
interdisait cette libre circulation de pensées.
En conclusion : méfiez-vous de moi et, surtout, méfiez-vous de
vous !
Amicalement
Rafik Djoumi
Discuter de cet article sur le forum de Rafik

Et comme promis, les paroles du clip de Joe
Cornish
He's got a gun and great big man-tits
He's got jug-ears and tiny trunks
Dame Judi Dench is FURIOUS with him!
He's gone completely out to lunch
The Quantum of Solace! (The Quantum of Solace!)
I don't know what that means! (What does it mean?)
He's having flash-backs in black and white
No more raised eyebrows, no more quips
He's got the stunt team from the Bourne films
and lots of products sponsorship
The Suantum of Quolace! (The Suantum of Quolace!)
Did I get it confused? (I got it mixed-up!)
He's nearly dead or really nearly
It's much more gritty than before
No silly gadgets, just lots more fighting
with that French bloke that does parkour
The Thingy of Whatsit! (The Something of Boris!)
I forgot what it's called! (Is that what it was?)
Sometimes I wish Roger Moore would come back
with an underwater car or some kind of jetpack
or a hover-gondola and a Union Jack
Forget it, mate, it's not the '80s!
He'd rather kick you in the face!
We've got a new Bond for the naughties
because the world's a TERRIBLE place!
The Quantum of Solace! (The Quantum of Solace!)
I've written it down! (I'll remember it now!)


