Dans la France du milieu des années 30, deux jeunes hommes de bonne famille, fraîchement débarqués du lycée, avaient pris l’habitude de faire les poubelles ! Alors certes, ce n'était pas n’importe quelles poubelles ; il s’agissait essentiellement pour ces jeunes hommes d’explorer les poubelles de certains studios, de certaines grandes salles de Cinéma et, à l’occasion, de plonger dans le bric-à-brac d’anciens forains.
Passionnés de Cinéma, les deux gars avaient vécu l’arrivée foudroyante du parlant. Du jour au lendemain, ils avaient vu leurs films muets préférés perdre tout leur attrait auprès du public. Et en l’absence de débouchés commerciaux, les bobines de ces films muets étaient tout simplement bazardées par leurs propriétaires.
Les deux jeunes hommes, au
départ, s’étaient mis en tête de
récupérer les films pour leur bon plaisir, pour
satisfaire leur collectionnite, parfois juste pour les voir. Mais
au fur et à mesure de leurs recherches, ils
découvrirent l’ampleur d'un désastre !
En réalité, personne ne stockait ou ne conservait ce matériel "désuet". Et à ce rythme, une industrie tout entière, dont les produits avaient diverti la France durant près de 40 ans, allait purement et simplement disparaître : négatifs et scripts brûlés, décors revendus pour en récupérer les matériaux, costumes dépecés ou tout simplement offerts aux quatre vents. Les œuvres de Max Linder, de Méliès, des frères Lumière et de tant d’autres ne seraient bientôt plus qu’un vague souvenir, une légende. Le celluloïd qui servait de support à ces œuvres, extrêmement versatile, se consumait et se désagrégeait lorsqu’il était négligemment entreposé, ou pire encore, se voyait réutilisé à d’autres fins plus utilitaires (comme ces photogrammes d’œuvres de George Méliès retrouvés dans des talons de chaussure !). Assez vite, les deux jeunes gens furent rejoints par tout ce que la capitale produisait comme « originaux », mettant la main à la pâte et allant fouiner dans les greniers empoussiérés, à la recherche d’une ou deux bobines que quelqu’un aurait eu la bonne idée de conserver. Fin 1935, fut créé Le Cercle du Cinéma où l’on projetait les œuvres ainsi sauvées de la destruction.
Ces deux jeunes gens avaient pour nom Georges Franju et Henri Langlois.
Le premier deviendra cinéaste (Les Yeux sans visage, Judex) ; le second rebaptisera son petit club pour lui donner le nom de Cinémathèque Française. Au terme de sa carrière, Langlois aura contribué à sauver près de 60 000 films ainsi que des centaines de caméras, projecteurs, costumes et autres accessoires, sans compter des tonnes de scripts, synopsis, notes de producteurs etc.
Si je vous raconte cette histoire, ce n’est pas seulement pour mettre en évidence la réelle fragilité des films, et comment des dizaines de milliers d’entre eux ont ainsi échappé à l’anéantissement. Je raconte cela pour souligner que notre société actuelle n’est pas forcément plus alerte que celle des années 30, et que les « jeunes » médias peuvent y disparaître tout aussi facilement.

Il y a cinq ans a été fondée l’association Mo5, association loi 1901 à but non-lucratif et dédiée à la préservation du patrimoine informatique et vidéoludique. Et tous comme les jeunes hommes dont je parlais plus haut, les membres de Mo5, depuis près de dix ans, se sont mis en tête de préserver des produits "désuets", en l’occurrence des Atari 2600, des Colecovision, des Amstrad, des Alice, VES et consorts mais également les milliers de cartouches spécialement développées pour ces plateformes. 1300 machines, 16 000 logiciels, et tout ce qui peut tourner autour, les locaux de Mo5 renferment, eux aussi, l’histoire d’une industrie déjà vieille de 40 ans et où, déjà, les œuvres et les accessoires ont commencé à disparaître.
Aujourd’hui, l’association est sur le point de perdre les locaux où a été entreposée notre mémoire vidéoludique et elle lance un appel à tous ceux qui ont un jour été gamers :
Rendez-vous sur cette page pour en savoir plus :
Rafik Djoumi


mer 23 jui 2008 10:24