Tintin et Spielberg, 1983  (News) posté le vendredi 11 avril 2008 23:57

alain baran, hergé, jack nicholson, kathleen kennedy, melissa mathison, performance capture, peter jackson, philippe noiret, spielberg, tintin, truffaut

 

 

La presse, spécialisée et moins spécialisée, a commencé à remplir ses colonnes sur l’annonce du projet « Tintin » réalisé par Steven Spielberg et Peter Jackson. Comme d’habitude, la précision et la rigueur de l’information sont reines. Ainsi, on a déjà pu lire ici et là que l’acteur Thomas Sangster était « virtuel » ou que le tournage se ferait « à coups de clics ». Et croyez-moi, étant donné le non intérêt abyssal que génère la performance capture, d’autres perles similaires sont à prévoir. Bref, comme le disait l’intendant de la Bastille au matin du 14 juillet 1789 : « Je sais pas pourquoi, mais je le sens moyen, là »

 

Dans ce contexte, on peut toujours se gratter pour que surviennent des articles rétrospectifs sur l’époque où Spielberg, au lendemain du succès de E.T., avait sérieusement envisagé de concentrer ses efforts sur le reporter belge. Le film ne put se faire pour de multiples raisons (entre autres des questions de droits) mais les plus attentifs remarquèrent que le film suivant de Steven, Indiana Jones et le Temple maudit, était manifestement empreint de l’héritage d’Hergé (du jeune Tchang au maharadjah de Rawhajpoutalah en passant par la secte de Kih-Oskh et son maléfique fakir).

 

 

 

Heureusement, Internet a été inventé pour que ceux qui ont véritablement quelque chose à raconter n’aient pas à attendre la présence d’esprit des médias traditionnels. C’est le cas d’Alain Baran, secrétaire particulier d'Hergé et directeur commercial de ses studios qui, sur son site, nous fait l’honneur de raconter en détail un rendez-vous manqué de 1983; rendez-vous qui devait réunir deux grands artistes du XXème siècle. Baran était en effet au cœur des négociations entre Hergé et les américains, et il fut le premier à prendre contact avec l’équipe de Spielberg.

 

Extraits

 

Sur la porte d'entrée ce simple panneau "AMBLIN ENTERTAINMENT". C'est bien ici que notre rendez-vous a été fixé. Nous nous présentons à l'entrée et sommes immédiatement accueillis avec une grande gentillesse. La secrétaire nous introduit aussitôt dans une pièce où nous attendent cinq personnes: deux femmes et trois hommes. L'une des femmes s'avance vers nous et se présente: "Hello! I am Kathy Kennedy". Elle est jeune et paraît tout à fait charmante. Un sourire franc et direct illumine tout son visage.

L'homme qui est à côté d'elle a une quarantaine d'années, il est barbu, ses cheveux sont cachés par une casquette bleue. Il est en jeans et en baskets.   "May I introduce you to Steven?" nous dit Kathy Kennedy en le présentant.   La poignée de main est chaleureuse. Tout s'annonce pour le mieux. Ensuite c'est au tour de la seconde femme de nous saluer. Elle s'appelle Melissa Mathison. Nous saurons très vite qu'elle a écrit le scénario d'E.T. et que Spielberg lui demandera d'écrire celui du futur "Tintin". Nous apprendrons également que c'est elle qui a découvert les albums "Tintin" alors qu'elle faisait du baby-sitting dans une famille française. Emballée par les aventures du jeune reporter, elle les fera lire par Spielberg qui s'en éprendra à son tour. Les deux derniers hommes à nous être présentés sont les "lawyers" de Spielberg. Ils ne prendront la parole qu'une seule fois pour nous demander où sont nos avocats...

 

 

La conversation portera d'abord sur Hergé. Comment est-il ? Son âge ? Marié ? Des enfants ? Comment l'idée lui est venue de créer Tintin ? A-t-il beaucoup voyagé ? Toutes les questions sont précises et révèlent une réelle volonté de connaître l'auteur des albums "Tintin". Spielberg nous déclare ensuite qu'il envisage non pas un mais trois films avec acteurs. Il mettra le premier en scène et songe notamment à François Truffaut pour diriger un des deux autres films. Il cite le jeune acteur qui vient d'incarner le personnage d'Elliot dans E.T. pour interpréter Tintin. Il pense à Jack Nicholson dans le rôle du capitaine Haddock. Je lui rétorque qu'Hergé a pensé que Philippe Noiret serait fabuleux dans ce rôle.

 

Spielberg adore le côté "détective" de Tintin et le qualifie d' "Indiana Jones for kids". Il lui donne entre treize et seize ans. Il aime également beaucoup Milou, mais se demande comment il le fera "parler" comme dans les albums. Spielberg a hâte de rencontrer Hergé pour discuter avec lui des options à prendre. Enfin, il n'est pas encore certain si le, voire les films seront des adaptations directes d'albums, un mélange de plusieurs aventures ou encore basés sur de nouveaux scénarios.

 

Plus loin, Alain Baran donne quelques clés sur la confiance qu’Hergé semblait porter au cinéaste américain.

 

Le droit moral par exemple, n'est-il pas aussi essentiel pour Hergé ?  Le dessinateur nuance son point de vue. Dans le cas de Spielberg, et dans ce cas uniquement, il est disposé à renoncer à son droit moral. Parce que, pour Hergé, il est non seulement question ici d'un film, un autre univers que celui des albums, mais surtout ce film est réalisé par un cinéaste génial. Spielberg est un créateur au sens plein. Il ne fabrique pas de la pellicule, il la crée. A ce titre, il doit conserver toute sa liberté de création.

 

Hergé me rappelle à ce propos le terrible sentiment de carcan qu'il avait éprouvé lorsque faisant à titre d'essai appel à des scénaristes extérieurs, il avait tenté de construire une histoire de Tintin. Toute son imagination s'était trouvée prisonnière d'un récit conçu par un autre. Il n'avait pas accepté de s'y résoudre.

C'est pourquoi il ne veut pas imposer à Spielberg une contrainte similaire. 

 

Je recommande évidemment la lecture du texte complet, en cliquant ici vers le site d’Alain Baran

 

 

Rafik Djoumi

 

 

 

Déposez un commentaire !

Mieux vous connaître (facultatif) :

error

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.103.63.60) pour vous identifier.

Tous les commentaires de l'article:
Tintin et Spielberg, 1983

  • mailtoLord Galean

    dim 25 mai 2008 14:29

    hé monsieur Djoumi, moi je suis venu sur le site pour voir votre analyse de Indy 4 (que vous avez surement vu ) et rien vous préparez une grosse analyse de 50 pages, dites moi que c'est pour ça, ou alors vous n'avez pas aimé le film ???

  • Rafik

    mar 22 avr 2008 21:27

    Concernant Kubrick et Spielberg, tout ce que je sais c'est que les deux hommes ont commencé à se voir durant les années 80 (soit après que Spielberg ait réalisé E.T.), et que Kubrick semblait reconnaître que Spielberg savait faire des choses que lui ne savait pas si bien faire, notamment ce qui touchait à l'émotion immédiate, à la direction d'enfants, à la gestion des SFX etc. Et c'est pour celà qu'il a fini par demander à Spielberg des conseils pour son A.I.
    Sinon, Kubrick a décidé de relancer la prod de A.I. après avoir vu Jurassic Park (réalisé par ?)
    et il a abandonné son projet The Aryan Papers après avoir vu La Liste de Schindler (réalisé par ?)
    Et il songeait déjà, de son vivant, à demander à Spielberg de faire A.I. si lui n'arrivait pas à faire le film.

    Ces propos m'ont été confiés par une dame qui s'appelle Christiane Kubrick. Mais peut-être qu'elle ne connaissait pas l'homme aussi bien que Mr Baxter



  • mailtoLord Galéan

    mar 22 avr 2008 19:23

    bonjour monsieur Djoumi, c'était juste pour vous donner ce lien et à ceux que ça intéresse également d'un site sur Spielberg et d'un forum qui veut à terme rassembler une communauté francophone de fan Spielbergien
    http://www.spielbergnews.com/forum/index.php

  • mailto Lord Galéan

    mar 22 avr 2008 19:05

    Bof, Baxter est un gros con et qui ne connait rien au cinéma (en témoigne ses nombreuses fautes historiques dans ses livres). J'ai lu la biographie de Spielberg comme chacun, mais je pense qu'il essaie de se faire mousser en prétendant l'inverse de ce que tout le monde sait. Rafik, toi qui doit surement savoir, éclaire nous ?

  • mailtoWeta

    lun 14 avr 2008 12:56

    Le gros problème. C'est que les cahiers veulent se donner un air ouvert d'esprit pour avoir l'air moins "coincé", mais il n'y arrive pas.
    Le problème c'est que la perfomance capture est considéré en france comme du jeu vidéo Live alors que çà n'a strictement rien à voir.

    Les spectateurs français ne sont pas prèts pour ce système. Il suffit de voir les réactions hallucinantes concernant Speed racer : "c'est moche, c'est laid, on dirait du jeu vidéo."

    Et ne croyait pas que la situation va aller en s'arrangeant. Les nouveaux projets de Spielberg & jackson (Tintin), Zemeckis (a christmas carol), Burton (Alice aux pays des merveilles), Cameron (avatar) vont se faire démolir par la critique institutionnelle. Qui affirmera que ce sont des "jeux vidéos" Live conçu par des cinéastes "Geek" pas encore sortit de l'adolescence".

    On n'en revient à ce concept franco français qui consiste à rester coincé dans le passé sans éssayer de s'ouvrir à l'avenir.

    En revanche pour en revenir à AI, selon John Baxter (auteur qui fait plein de fautes historiques comme par exemple "Ron Cobb à travaillé sur la version d'Alien que préparait Alejandro Jodorowsky"),

    Spielberg n'aurait en réalité JAMAIS rencontré et collaboré avec Kubrick puisque ce dernier affirme que le film qu'il détestait le plus était E.T. L'extraterrestre.

    Que croire ?

    J'avoue que moi aussi j'ai un doute.


  • mailtoSam Spade

    lun 14 avr 2008 11:50

    Bob l'éponge : Je suis d'accord avec toi que la période 'pré-Frodon' (donc celle de Tesson) est sans doute la plus ouverte de la revue (d'ailleurs on pouvait voir plus des papiers plus que positive de Spiderman, Blade 2, Toy Story 2 des itw de Craven, Carpenter, Argento, Romero proposé en paralléle de divers rétrospective). Pourtant malgré cette ouverture positive, le poids symbolique d'une revue comme les cahiers ne s'oublient pas pour autant.

  • Reda

    lun 14 avr 2008 08:10

    Jvais encore faire du HS mais cette semaine, sur dvdrama, c'est Florent Emilio Siri le redac chef, et je pense que ca sera (aumoins) majoritairement sous la plume de Rafik comme ici :

    http://www.dvdrama.com/news-25968-john-ford-l-incarnation-du-classique.php

    Faudrait une section autre lien ^^



    Sinon histoire de pas etre venu pour rien : très bon article !

  • Beat Kiyoshi

    dim 13 avr 2008 22:49

    Ah yes merci pour la réponse, le mag doit bien trainer quelque part chez moi !

    Et concernant le travelling de Beowulf, j'avais été étonné par le fait que certains le critiquent, le trouvant inutile. Moi au contraire c'est à ce moment là que je suis complètement rentré dans le film, ce qui m'a d'ailleurs fait oublier les quelques défauts de rendu des personnages dont parle Lurdo par la suite.

    Bon allez vais lire l'article de Jérome maintenant...

  • Blog l'éponge

    dim 13 avr 2008 17:47

    Sam Spade : Frodon est un abruti, mais la posture que tu décris n'était pas celle de la précédente équipe des Cahiers -la période Tesson Huguinen and co, qui a quand même donné un HS jeu vidéo, un HS nouvelles images, et beaucoup de beaux articles sur l'animation (celui sur Monstres et Cie par ex). Dommage, Les Cahiers étaient lisibles voire intéressants à cette époque, ils le sont à peine aujourd'hui.

    Sinon, Lurdo, t'as peut-être raison sur le photoréalisme de Beowulf. Il y a un décalage entre l'extrême réalisme de l'animation et le réalisme relatif de l'apparence des personnages (notamment leurs regards un peu vides), qui choque assez pendant les premières minutes du film. Mais bon, ce n'est pas si important. Le film est très bien écrit et la mise en scène de Zemeckis utilise brillamment les possibilités de la technique : voir, au début du film, ce long, magnifique et invraisemblable travelling arrière qui part de la salle où festoient bruyamment les guerriers, traverse la forêt et les landes et s'achève sur une partie du visage atroce de Grendel, rendu fou par le vacarme de la célébration qu'il perçoit à des kilomètres de distance.

  • Jérôme

    dim 13 avr 2008 15:38

    Pour poursuivre la réflexion de Lurdo, on peut d'ailleurs remarquer que si Zemeckis utilise clairement la performance capture pour ses possibilités de mise-en-scène en post-production tout en restant attaché au photoréalisme, Spielberg, avec Tintin, semble privilégier une stratégie opposée puisque, d'après les premiers échos, il a pensé son découpage en amont du "tournage" (avec des pre-visualisations, des storyboards animés) et découpe même les plans pendant le tournage (les avancées de la technologie semblent permettre maintenant un rendu immédiat très proche du rendu final, donc je suppose qu'il peut composer des plans brouillons assez proches de son découpage final juste après la capture des performances des acteurs) ... Contrairement à Zemeckis, Spielberg ne se serait donc pas tourné vers la performance-capture pour ses possibilités en terme de mise-en-scène mais plutôt pour ses spécificités plastiques au confluent du live et de l'anim... A suivre, car pour l'instant cela semble encore flou, même si toujours passionnant...

    P.S : Je tire la réflexion sur la méthodologie de Spielberg d'un article de aintitcoolnews : http://www.aintitcool.com/node/36213, qui fait le point sur les infos d'observateurs des tournages de Zemeckis et Cameron et des essais de Spielberg, avec notamment cette phrase : "Zemeckis is doing it differently than Spielberg, evidently. I hear Spielberg’s still doing a lot more pre-viz, and he’s framing shots during the takes while he’s with the actors. "




 

édité par Hi-Media Publishing Network | copyright © blogorama.fr