Mon collègue et néanmoins ami Arnaud Bordas a pu se rendre cette année (le fumier) sur le plateau allemand du Speed Racer des frères Wachowski. Les photographies y étant interdites, mon collègue s’est contenté (ce tarba) de s’emplir les yeux pour nous en faire une description détaillée. Il semble pourtant qu’un des invités, à priori japonais, n’ait pas eu tant de scrupules, puisqu’on peut trouver en cherchant bien, du côté nippon du net, la photo d’un des cyclos utilisé sur le film et que voici...

Comme le souligne avec justesse Arnaud (ce chien galeux ; que l’esprit putride de Pazuzu lui grignote les entrailles) le cyclo en question ressemble étonnamment au travail de l’artiste japonaise Chiho Aoshima. Les geeks versés dans le kawaii connaissent déjà indirectement son style, à travers la série de videogames des Katamari Damacy. Mais Aoshima appartient surtout à la récente vague japonaise surnommée « superflat », et crée ses toiles sur ordinateur, sous l’influence conjointe de l’anime, du manga, de la psychose de ses compatriotes et de l’estampe classique.

Ceux qui ont les yeux et les oreilles à peu près synchrones avec le cortex préfrontal savent déjà que les Wacho bros disposent d’une culture graphique et littéraire qui défie la norme, et incluent toujours leurs références visuelles dans un projet intellectuel parfaitement cohérent. Or, si l’on en croit les propos complètement décousus de l’actrice Susan Sarandon quant à la technologie utilisée sur le film, il semble bel et bien que le superflat ne soit pas qu’une vague référence lointaine, mais que le film entier semble conçu avec le souci de faire disparaître les traditionnels repères de profondeur de champ (avec toutes les implications psycho-ce-que-vous-voulez que celà induit si on le rapporte au travail des artistes japonais ainsi référencés).
dixit Sarandon : « Ils utilisent une sorte
de système en haute définition qui est sous haute
surveillance, et c’est au-delà de tout ce que
j’ai pu voir… J’ai vu 10 minutes de film avant
mon départ du plateau. (…) Le truc qu’ils font,
c’est qu’ils travaillent les couches d’images
pour que la mise au point soit faite à la fois sur le
premier plan et l’arrière plan, comme dans un dessin
animé, et ils créent aussi à part des images
en deux dimensions et en trois dimensions qu’ils
mélangent ensemble, et le tout donne une sorte d’image
très saturée (…) ainsi ils doivent aussi
traiter les acteurs pour qu’ils puissent se fondre avec ce
type de décor. (…) Ils ont une pièce avec 200
à 300 personnes qui travaillent sur les backgrounds ;
c’est complètement fou. (…) Ils ont un
contrôle complet sur leur projet, ce qui est le rêve de
n’importe quel réalisateur. »
Une fois de plus, il ne faudra pas s’étonner que le
parti-pris extrême des frangins soit chargé
d’implications geeko-socio-philosophiques à faire
chavirer l’esprit (mais si, vous savez bien, le genre de film
à la fois populaire et supérieurement intelligent qui
crispe les chroniqueurs Bac -12 et leur fait hurler des
« maisheuu Matriss Rilodaide c’est d’la
philosophie d’comptoir d’abord
heuu. »), et l’on attend impatiemment les
premières images du projet des Wachos pour pouvoir enfin
pointer du doigt ce qu’est l’expérimentation
cinématographique de geek, et faire éventuellement
oublier aux âmes égarées les récents
bidouillages frankmilleresques de cours de récré.
Rafik Djoumi
Audio interview de Susan Sarandon (Speed Racer à 20mn45)
Un site philosophico-machinchose sur la saga Matrix (dont on m'a dit qu'il était très bien)















http://www.superherohype.com/news/topnews.php?id=6572
Regardez un peu Racer X sur le moniteur de contrôle éclairé en clair obscur, ça le fait!