Résumé de
l’épisode précédent :
Si l’on en
croit les commentaires récurrents sur les forums de
Cinéma, John McTiernan est un
« réalisateur surestimé ». Afin
d’éclaircir cette affirmation, j’ai
décidé de me replonger dans les articles
consacrés au personnage et à sa carrière.
Nous avons
déjà vu que Predator avait
été un film atrocement surestimé à sa
sortie.
Aujourd’hui, ce sera au tour de
Die Hard.
Toutefois, avant
de sortir le martinet et distribuer les fessées, je souhaite
étaler complaisamment mon mea culpa. En cette année
1988, j’étais au pic de ma période tu vois
j’veux dire, me farcissant à
peu près tout ce qui sortait en salle pour le
passer dans une moulinette intello-boutonneuse typique de
l’ado qui croit avoir tout compris au monde. Toujours amateur
de cinéma populaire néanmoins (surtout Spielberg qui
était déjà mon Dieu, et George Miller son
prophète) je suivais son actualité et me
forçait à faire rentrer les films populaires qui me
plaisaient dans un moule universitaire normatif auxquelles ils
n’appartenaient pas forcément. Toujours est-il
qu’en cette fin septembre, je n’attendais pas
particulièrement la sortie de Piège de
Cristal ! La sortie qui occupait toute mon
attention était celle du film de Martin Scorsese
La Dernière tentation du Christ
(« non passke tu vois, j’veux dire
quoi ») que j’vais prévu de voir
vendredi soir.
Or, ce vendredi
justement, une très gentille fille, qui s’appelait
Flavia, se proposa de m’offrir un ticket de cinéma
(anecdote marrante : Flavia avait une grande
admiration pour son frère musicien, qui était un
« D .J. » tel qu’on les
conçoit aujourd’hui. Ce frère avait
quitté Paris pour rejoindre à Marseille un groupe de
jeunes rappeurs. Et Flavia devait à l’occasion
répondre aux moqueries de ses camarades, qui demandaient
pourquoi son frère, puisqu’il était
censé être si bon musicien, se retrouvait à
zoner avec des rappeurs, ha ha ha !
Evidemment, vous l’avez compris, le groupe
marseillais en question s’appelait I Am).
Bref, Flavia vint
me voir car j’avais la réputation d’être
le cinéphile du lycée, et la validité de son
ticket de cinéma expirant en fin de journée, elle ne
pourrait pas en profiter pour cause de cours tardifs.
J’acceptais avec joie son présent car mon
après-midi était libre. Le ticket de Flavia
n’était valide que dans un petit nombre de salles UGC.
L’une d’entre elles était l’UGC Normandie,
déjà la meilleure salle à Paris. Je m’y
rendais donc, sans même savoir quel film y était
projeté. C’était Piège de
Cristal. « OK. Pourquoi pas. Un film
d’action qui fait boum en Dolby sur grand écran.
J’achète. ». Et me voici dans la
gigantesque salle de l’UGC Normandie, dans laquelle
s’entassent … cinq personnes. Le film débute.
Au bout de cinq minutes, je suis étrangement
hypnotisé par la mise en images et la photo de Jan De Bont.
A la séquence d’arrivée de la bande de Hans
Gruber, je flotte à 50 cm au-dessus de mon siège,
dans un état nirvanesque qui ne fléchira pas avant la
fin du film. Le soir même, je vais comme prévu voir
La Dernière tentation du Christ et
passe deux heures… à me refaire
Piège de Cristal dans ma
tête.
Cette projection
de Piège de Cristal a
énormément contribué à me faire
redescendre sur Terre, à me débarrasser de ma
défroque de poseur qui séduit en soirée
à coups de tirades hégéliennes qui font le
lien entre Tarkovski et Indiana Jones, et à retisser le lien
authentique qui m’avait dans un premier temps amené au
Cinéma populaire (sans ce besoin d’acceptation sociale
qui consiste à cacher son ressenti profond derrière
les artifices rhétoriques qui font bon genre). Rien que pour
ça, merci McTiernan, merci l’UGC Normandie, et merci
Flavia !
Allez hop. On enchaîne.
Donc, comme vous
l’avez peut-être compris, le fait qu’un amateur
de Cinéma populaire comme mézigue ne soit pas
pressé d’aller voir Die
Hard, et le fait qu’une séance dans la
plus grande salle parisienne réunisse cinq personne, tout
cela donne un vague aperçu du fait que la sortie
française de Piège de
Cristal fut un NON EVENEMENT total.
Pour donner une idée, et si j’en crois mes
souvenirs, l’impact de cette sortie était à
mi-chemin entre celle qu’a eu The
Mist récemment, et celle des Fils
de l’Homme en 2006. Ce
non-évènement est encore un mystère à
mes yeux, étant donné que Die
Hard avait été, durant
l’été, un des gros succès commerciaux
aux Etats-Unis.
Je n’ai pas
retrouvé les chiffres précis, mais j’ai le
souvenir que Piège de Cristal
avait fait environ 160 000 entrées sur la région
parisienne. Et si j’en crois les quelques tableaux de
box-office que j’ai ressorti de mes archives, le film de John
McTiernan a fait chez nous moins d’entrées que
Police Academy 5 et Benji la
malice.
En somme,
quelqu’un, quelque part, a très mal fait son travail
dans la promotion de ce film en France. Même un magazine
comme Starfix, qui fut parmi les très rares
à reconnaître la virtuosité du film, se
retrouve alors avec pour couverture Crocodile
Dundee. Perdu dans le magazine, Die
Hard doit, lui, se contenter d’une critique de
quatre colonnes (la plus longue en France). L’hebdomadaire
7 à Paris, qui défendait déjà
ardemment Predator, reconnaît en
Die Hard un « tour de
force » mais doit se contenter d’une colonne
et quart pour l’expliquer. Le geek Philippe Ross, dans La
Revue du Cinéma, se contente d’un texte
d’une colonne sans photo. Quant à Impact,
magazine entièrement dédié au cinéma
d’action (et qui sur ce numéro traite
Rambo 3 sur 16 pages), il consacre en
tout et pour tout une page à Die
Hard. Une page…
Comment
l’un des plus grands films d’action de ces cinquante
dernières années a-t-il pu à ce point manquer
sa cible en France ? Pourquoi ceux qui l’ont découvert
en projection de presse (y compris les amateurs du genre) ont-ils
été à ce point aveugles à ses
qualités et peu pressés d'en faire la promotion
à sa mesure ? Le phénomène est d’autant
plus mystérieux que, l’année suivante,
Die Hard sortira en location vidéo
et sera un énorme succès, bénéficiant
d’un bouche à oreilles dithyrambique. Sa
première projection télé regroupera un public
gigantesque. Et la sortie de 58 minutes pour vivre en France sera
un carton estival, avec des multiplexes qui affichent complet.
Je n’ai pas
vraiment de réponse à ce mystère. Et pendant
que le lecteur se plonge dans les chapitres suivants, je me
permettrais de lui rappeler l’affirmation suivante :
« Die Hard est l’un des plus grands films
d’action de ces cinquante dernières
années. »
STUDIO
(critique complète)
« Bruce Willis, récemment promu
dans la catégorie poids welter des nouvelles stars
américaines, se voit sacré dans ce film de McTiernan
où tous les attributs du mâle américain
cogneur-mais-brave lui sont décernés. Enfermé
dans une tour de verre à Los Angeles en compagnie d’un
commando de tueurs et d’une poignée d’otages,il
va jouer, non sans peine, le grain de sable dans la
mécanique criminelle. Unité de temps, de lieu,
d’action, et unité de clichés sont doctement
respectés dans ce thriller à gros budget. Willis,
tout en pectoraux, joue les chasseurs solitaires et le rapport
pellicule/bris de verre frise le record du monde. Les enfants vont
adorer ça et Rambo l’a
mauvaise. »
(D.P. – Studio Magazine)
PREMIERE
(critique complète)
Piège de
Cristal n’est pas un film de tout repos.
C’est même carrément secouant. Le héros,
c’est John McClane, flic intègre new-yorkais (race en
voie de disparition) seul à pouvoir sauver les otages
d’une bande de terroristes internationaux (donc sadiques)
dans une tour de verre et d’acier un soir de
réveillon. Pieds nus et en maillot de corps, McClane (Bruce
Willis, corps spectaculairement travaillé pour
l’occasion, en émule citadin de Rambo) a plus
d’un tour dans son sac, et la lutte sera sans merci,
d’un côté comme de l’autre.
Il était temps que John McTiernan,
après deux navets boursouflés
(Nomads et
Predator), passe au rythme
supérieur. Si Piège de
Cristal n’est pas un film à
l’originalité débordante (merci La
Tour infernale et autres prises d’otages
spectaculaires déjà vues), il n’en reste pas
moins d’une redoutable efficacité. Cascades
impressionantes, violence des situations, ingéniosité
des effets spéciaux, tout est fait pour laisser le
spectateur pantelant. Avec succès. Dans un rôle
nouveau pour lui, Bruce Willis réussit l’exploit
d’être de bout en bout crédible, portant sur ses
épaules (largement exhibées) le poids de cette
superproduction qui témoigne de la bonne santé
d’un certain cinéma de genre hollywoodien. Du grand
spectacle à ne pas prendre pour autant au
sérieux. »
(J-P C – Premiere)
LE FIGARO MAGAZINE
Passé son
résumé (qui spoile le film et écorche le nom
du héros), la critique du Figaro Magazine tient en
23
mots !
« Merci pour le réveillon !
Déjà qu’il met les pieds pour la
première fois en Californie pour passer Noël avec sa
famille, John Mc Lane, le simple flic de New York, tombe sur une
embuscade salée. Au cours de la fête de fin
d’année, une poignée de malfrats investissent
le building de la société où travaille son
épouse pour faire main basse sur le coffre. Seul contre tous
et avec humour, Bruce Willis fait florès, à
l’aise dans cet excellent suspense comme Red Adair devant une
tour infernale. »
(Pierre Grenard – Le Figaro
Magazine)
LES CAHIERS DU CINEMA
Ce film n’existe pas
POSITIF
Ce film n’existe pas
« Die Hard est l’un
des plus grands films d’action de ces cinquante
dernières années. »
L’EVENEMENT DU JEUDI
Passé son
résumé, la critique de L’Evènement
du Jeudi tient en 68 mots :
« Un commando de douze terroristes
supérieurement armés retient en otage le personnel
d’une multinationale, la nuit de Noël, dans une tour en
construction (le piège de cristal !) à Los
Angeles. La tour est coupée du reste du monde. Un homme
seul, un policier, viendra à bout de la bande. Disposant de
moyens et d’un stock considérable d’explosifs
apparemment inépuisable, le réalisateur John
McTiernan commence par nous en mettre plein la vue. Les
décors sont aussi beaux que dans un film de Ridley Scott,
l’image et le son sont très sophistiqués. Tout
se gâte très vite, l’entreprise est
gagnée par la démesure au point d’y perdre
toute crédibilité et de devenir carrément
grotesque. Beaucoup de bruit pour rien. »
(D.R. - L’Evènement du
Jeudi)
TELERAMA
(petit bonhomme
qui fait le gueule) – Evidemment, refiler un tel film
à Pierre Murat, qui déteste tout le cinéma
d’action, et l'américain en particulier, ne risquait
pas de mener aux sommets de l’exercice critique. Mais
après tout qu’importe, cet avis ne va être lu
que par quelques millions de personnes (qui
chercheront en vain Bruce Willis dans le film de Norman Jewison
Eclair de lune).
« Vous croyez avoir tout vu comme film
d’aventure ? Zéro ! Piège
de Cristal, c’est La Tour
infernale au carré, question « Hou,
fais-moi peur ». Et Les Aventuriers de
l’arche perdue, question bruit. On en sort
laminé.
Ca fait « boum ». Ca ne fait
même que ça d’ailleurs, durant deux heures.
Comme John McTiernan (l’immortel réalisateur de
Predator) n’est pas un
imbécile, il tente de jouer sur l’humour. Vous savez,
celui qui, au 2ème, 3ème,
54ème, 727ème degré,
amuse les intellectuels fatigués. Donc c’est
rythmé (très) mais c’est bête (vraiment).
Les bandits, déguisés en terroristes, sont
évidemment des Européens (des Allemands, en
l’occurrence) et les autorités légales, des
incapables. Seul, l’Homo americanus, solide et
invincible, restaure l’ordre… pour mieux passer
Noël en famille ! On en veut beaucoup à Bruce
Willis. Des Schwarzenegger, Stallone, Norris et autres Steven
Seagal, on en a à la pelle. Mais on n’a qu’un
seul successeur possible à Cary Grant et c’est
lui.
Par pitié, que Bruce Willis retrouve au plus
vite Cybill Sheperd dans la seule série américaine
valable (Eclair de lune), ou, mieux
encore, Kim Basinger dans Boires et
déboires de Blake Edwards. Please, Bruce,
please. »
(Pierre Murat –
Télérama)
LE POINT
Un exercice
très couru (et totalement stupide) consiste pour certains
paresseux à laisser traîner l’oreille à
la sortie des projections de presse (*) afin de
recaser, sans la moindre cohérence, des idées
qu’ils n’ont compris qu’en surface. La fin de cet
article du Point s’approprie sans la moindre
gêne un argument qui appartient manifestement à
François Cognard et à Christophe Gans (des gars qui
parlent fort), et dont on a vraiment du mal à croire que
l’auteur proclamé en soit effectivement
l’auteur.
« Rambo dans la tour infernale :
selon la mécanique en vigueur à Hollywood, qui a
remplacé le film de genre par le cocktail (des recettes plus
efficaces), voilà l’occasion d’un joyeux jeu de
massacre dans
l’univers-glacé-et-vertical-de-nos-mégalopoles-modernes.
McTiernan ne lésine pas sur l’explosif et le verre
brisé, et il a suffisamment de savoir-faire pour que le
combat de son lonesome flic avec une bande terroriste dans un
gratte-ciel crépite comme une mitraillette. Le meilleur du
film restant l’affrontement à distance des
adversaires, grâce aux éléments constitutifs du
building (ascenseurs, gaine d’aération, câblage
électrique…) qui transforme la tour en un immense
échiquier à trois dimensions. Dommage que
d’inutiles relents sentimentalo-populistes viennent empuantir
et freiner ce thriller de chez le bon
faiseur. »
(Jean-Michel Frodon – Le Point)

« Die Hard est l’un des plus grands films
d’action de ces cinquante dernières
années. »
« à ne pas prendre au
sérieux » - « grotesque » -
« vraiment bête » -
« sentimentalo-populiste »
FRANCE SOIR
Coincé dans un quart de page, le vieux
briscard Robert Chazal essaie, dans France Soir, de
souligner que le film est tout de même bien mis en
scène (sans citer pour autant le nom de son metteur en
scène). Passé le résumé, sa critique
tient en 52 mots.
« C’est du suspens et du
spectacle, cent pour cent, et ce Piège de
Cristal est fort efficace. Une seule relative
faiblesse : Bruce Willis paraît parfois un peu mou pour
son rôle de merveilleux risque tout. Mais le punch de la mise
en scène fait oublier le manque de punch de
l’interprète. »
(Robert Chazal – France Soir)
Dans un magazine
que je n’ai hélas pas pu identifier, un certain M.Ca
(non, ce n’est pas McClane)
débute son papier par une affirmation qui ne supporte pas la
contradiction :
« Le seul intérêt de ce
troisième long métrage de John McTiernan –dont
nous ne connaissons en France que
Predator, son premier film
Nomads avec Pierce Brosnan et Lesley Ann
Down étant encore inédit- réside dans
l’interprétation de Bruce Willis
(…) »
(D’accord,
m’ssieu. Alors quand mes copains et moi on a vu
Nomads en salle, ça veut dire
qu’on n’était pas en France ?) Bref, M.Ca
enchaîne avec une démonstration rigoureuse, qui
consiste en un comparatif de mise en scène (enfin
quelqu’un parle de la mise en scène de ce film !
chouette !) :
« (…) Cela mis à part, on
ne peut que constater le manque d’originalité du
scénario de Jeb Stuart et Steven De Souza, et la faiblesse
de la mise en scène de John McTiernan qui se limite
–en mineur- au style « high
tech » d’un John Badham ou d’un Peter
Hyams. »
John Badham, je
resitue pour les plus jeunes, venait de sortir à cette
époque deux films, Short Circuit,
l’histoire d’un gentil petit robot, et
Etroite surveillance, une comédie
en appartement avec Richard Dreyfus et Emilio Estevez. Peter Hyams,
lui, venait de réaliser coup sur coup la comédie
Deux flics à Chicago et le
thriller Presidio. Donc il ne vous reste
plus qu’à mater ces quatre films, qui apparemment
déchirent sa gueule à ce très surestimé
Piège de Cristal.

Jeu : la
critique du film d'un réalisateur très
surestimé s'est glissée sur cette page du magazine
Studio. Sauras-tu la retrouver ?
Pour soutenir la
sortie internationale de leur film, Bruce Willis et John McTiernan
feront le déplacement à Paris. Comme on s’en
doute, ça ne pressera pas au portillon. Les quelques
journalistes à faire le déplacement et à
s’entretenir avec eux en tireront (comme souvent dans le cas
de films populaires) des articles qui parlent de fringues, de
musique, d’amourettes, de pognon et très rarement du
film.
L'EXPRESS
L’Express consacre ainsi une pleine page au
comédien Bruce Willis, dans un article de Sophie Grassin qui
débute par la phrase suivante :
« Osons le dire tout
net : Bruce Willis est une bombe sexuelle. »
Cette plongée dans les méandres analytiques est
là pour nous rappeler l’un des angles fondamentaux par
lequel un critique français est susceptible
d’appréhender le cinéma populaire. Et Sophie
Grassin n’est certainement pas la seule, hier comme
aujourd’hui, à focaliser toute son attention sur sa
libido pour ensuite balayer d’un revers de main
dédaigneux ce Cinéma des masses et sa flagrante
vulgarité. Ainsi son article va longuement s’attarder
sur les pectoraux du comédien et ses qualités de
séducteur. Et un simple paragraphe servira à traiter
du film, sans mépris aucun…:
« Noël. John McClane, flic
new-yorkais, débarque dans un Los Angeles rose et
doré : Piège de
Cristal est un polar esthétique. Il vient se
réconcilier avec sa femme Holly, cadre dans une
multinationale installée en haut d’une tour de 40
étages : Piège de
Cristal est un polar romantique. D’affreux
cambrioleurs prennent le building en otage. C’est le carnage.
Les agents du FBI se comportent comme des crétins. Les
journalistes, comme des pourris. Les monte-en-l’air, comme
des nazis. Mais tout ce joli monde sera bien puni :
Piège de Cristal est un polar
éthique. »
(Sophie Grassin – L’Express)
L’ironie
mordante de Sophie Grassin est-elle en mesure
d’appréhender la phrase suivante :
« Die Hard est l’un des plus grands films
d’action de ces cinquante dernières
années. » ?

LIBERATION
Libération décide à son tour
d’offrir un encadré au comédien Bruce Willis,
et en confie la rédaction à Marie Colmant, beaucoup
plus calme et discrète que sa collègue de
L’Express. Tellement discrète,
d’ailleurs, qu’on n’est pas tout à fait
sûr qu’elle ait osé assister à la
projection du film Piège de
Cristal. Son résumé fait très
nettement penser à un thriller de Jonathan Kaplan et pas
vraiment à celui de McT :
« Sous prétexte de changer, il
(Willis) se lance alors dans ce Piège de
Cristal. Bruce se gonfle les muscles
jusqu’à en éclater et adopte le rictus du
vengeur solitaire. Comme Belmondo, il tient à
exécuter lui-même toutes les cascades, et se compose
le personnage du bon père de famille agressé dans son
intimité domestique. Pas commode le gars, surtout quand on
touche à sa femelle, même s’ils sont
divorcés. Une métamorphose très
relative. »
(Marie Colmant - Libération)
LE FIGARO
Evenement !!! Le Figaro, lui, consacre un petit
encadré au réalisateur (vous savez, le mec
surestimé), sous le titre « Le Clin d’œil de
McTiernan ».
De tout son entretien avec le cinéaste, l'article
retient UNE déclaration, celle où il parle de
l’humour du film (parce que humour = à ne
pas prendre au sérieux. voir plus haut).
Au passage, le
rédacteur, dont la signature gainsbouresque est seulement
constituée des initiales B.B., nous dévoile les
influences de Die Hard, puis nous
rappelle la carrière passée de John McTiernan. Il
prend notamment soin de re-situer pour nous le genre précis
auquel appartenait le film Predator, un
film sorti très très longtemps auparavant,
c’est-à-dire l’année
précédente :
« Le Piège de
Cristal de John McTiernan relève à la
fois de La Tour infernale et de
Rambo. Après
Nomads, un thriller fantastique, et
Predator, un polar musclé
où il démontre son sens aigu du rythme et de la mise
en scène inventive et précise, John McTiernan
désirait nous offrir un film clin
d’œil. »
(B.B. – Le Figaro)
Effectivement,
tout porte à croire que rarement, dans l’Histoire du
Cinéma, un cinéaste a été à ce
point surestimé.
On poursuivra
notre périple avec A la poursuite
d’Octobre rouge
Rafik
Djoumi

(*) Un peu comme quand Dupuy et Djoumi
évoquent en rigolant le film Robocop 2 à la
sortie de la projection de presse de Iron Man, par
exemple