Message aux vieux geekos. Si des noms tels que ceux de Jim
Nelson, Bruce Nicholson, Steve Gawley, John Dykstra, Dennis Murren,
Grant McCune ou Joe Johnston éveillent immédiatement en vous le
souvenir des pages froissées de vos Cinefex ou de vos
Starfix hors-série, alors le film ci-dessus, repéré par
Julien Dupuy à cette adresse originelle, est résolument fait pour
vous.
OK, oui, d'accord, ce ne sont guère que de jeunes barbus vaguement
hippies, s'activant dans un local tout pourri de la San Fernando
Valley et s'offrant occasionnellement une bronzette.
Mais jusque là, nous pauvres geeks, il fallait nous contenter (et
encore, exceptionnellement) de les voir uniquement en photo, ces
jeunes barbus.
Maintenant, ils bougent !
Ainsi Internet, gigantesque machine à collecter les souvenirs, nous
envoie régulièrement des images dont on ignorait jusqu'à
l'existence, en une sorte de DVD bonus ultime de tous les films
auxquels on pourrait penser.
Tenez, prenez par exemple ce fichier
PDF que j'ai récupéré il y a peu, et dont je vous fais
la traduction de la première page :
G : Nous allons
d'abord parler des idées générales, du concept à la base. Puis je
m'attacherais à détailler l'histoire. Enfin nous en arriverons à
parler des scènes proprement dites. Généralement, je travaille en
utilisant un code, une unité de mesure générale. Je peux commencer
par trente scènes ou soixante scènes, en fonction de la taille de
l'ouvrage sur lequel vous voulez travailler. Trente scènes, cela
signifie que chaque scène fera environ quatre pages. Soixante
signifie que chaque scène fera vingt pages (?). Cela dépend de...
(un clic sur la bande) avec lequel on l'aura déterminé, et que ça
ne marche pas comme nous l'entendions. Vous pouvez déplacer les
éléments, mais cela vous donne une idée générale, en considérant
que ce que l'on souhaite obtenir est un script de cent vingt pages,
ou moins. Mais c'est notre but. Alors nous déterminerons plus ou
moins le rythme, à quel vitesse les évènements vont se produire et
comment nous nous y prendrons. J'ai une tendance à travailler de
façon assez mathématique sur ce genre de choses. Je trouve que
c'est plus simple et que ça élague efficacement. Surtout sur ce
genre là. Le concept basique est qu'il s'agit d'un serial. Cela
veut dire que les évènements doivent s'enchaîner. C'est également
un film d'action, pour l'essentiel. Nous voulons que les scènes
soient bien délimitées et en même temps construire l'intrigue avec
elles. Vous verrez, au fur et à mesure, comment tout cela se repose
vaguement sur les nombres.
Donc, d'un point de vue général, c'est un serial. Comme ceux
produits par la Republic. Un serial des années trente. Beaucoup
d'éléments en découlent directement d'ailleurs. Une des principales
idées est d'avoir, selon que ce soit toutes les dix minutes ou
toutes les vingt minutes, une sorte de cliffhanger dans lequel est
pris notre héros. Si cela se produit toutes les dix minutes nous en
ferons douze. Je pense que c'est un peu trop. Six, ce serait
bien.
S : Et chaque cliffhanger est meilleur que le
précédent.
G : C'est la progression à laquelle on doit se
tenir. Et c'est difficile. Le problème avec les cliffhangers, c'est
qu'une fois que l'on jette le héros dedans, il faut l'en sortir
d'une façon plausible; une façon crédible. C'est un autre concept
important du film, cette crédibilité. Voyez cela comme un western
spaghetti qui se passerait dans les années trente. Ou un James Bond
qui se passerait dans les années trente. Sauf que les James Bond
ont tendance parfois à l'exagération. Nous allons nous débarasser
de l'aspect irréaliste et plutôt en faire quelque chose dans
l'esprit des westerns avec Clint Eastwood. L'idée c'est que l'on
souhaite que notre personnage soit crédible. Et on veut qu'il soit
extrêmement bon dans son domaine, à la façon d'Eastwood ou de James
Bond. James Bond et l'Homme sans nom sont très bons dans leurs
domaines. Ils sont excellents tireurs, rapides, très
professionnels. Ce sont des supermen.
S : Comme Mifune.
G : Oui, comme Mifune. C'est un vrai
professionnel. Il est très bon. Et c'est la clé du personnage.
C'est quelque chose qu'on ne voit plus souvent.
S : Et une des choses qui aide beaucoup Mifune
dans les films de Kurosawa c'est qu'il est toujours entouré de
caractères particulièrement ineptes, de vrais bouffons, ce qui
souligne sa majesté. A l'exception de son ennemi juré, il serait
bon que le héros soit parfois entouré d'individus pas forcément
brillants...
G : Ben, pas forcément des bouffons. Une des
choses que l'on va faire c'est que ce sera un film d'époque
relativement réaliste et crédible. Un film des années trente, un
peu à la Sam Spade. Même dans Le Faucon maltais il y a des
personnages étranges, mais ils apparaissent assez réels dans leur
bizarerie.
S : Elijah Cook.
G : Elijah Cook n'est peut être pas la personne la
plus intelligente au monde. Dans un sens il est le bouffon de
l'histoire, mais en même temps il est dangereux et il est très...
ce sont des personnages forts. Si nous gardons ce cap de la
crédibilité...
S : C'est juste qu'on ne fera pas de Lee Van Cleef
le complice du héros quoi.
OK, vous l'avez compris, il s'agit de la retranscription des trois
séances de travail entre George Lucas, Steven Spielberg et Lawrence
Kasdan; avant l'écriture du script des Aventuriers de l'arche
perdue. Il y en a 126 pages comme cela, et les
anglicistes qu'on trouve en ces lieux devraient logiquement
bondir sur le document.
Ca se chope ici : http://www.sendspace.com/file/cnoe3r
Internet, machine à déterrer les souvenirs et à offrir au
cinéphile scrutateur des témoignages d'une précision
d'historien.
Récemment, l'excellent blog ForgottenSilver (dont je
découvre à l'instant qu'il a, lui aussi, mis en ligne le film de
vacances de chez ILM, gasp !) s'émerveillait de trouver en
ligne une interview d'une heure avec George Lucas, interview
méconnue et datant carrément de 1971 !
Le fichier vidéo est entièrement téléchargeable à cette adresse (il pèse 650 Mo), tout en
anglais, avec un son étouffé, mais il constitue typiquement le
genre de document qu'on n'imagine même pas découvrir en faisant son
surf matinal.
Le bonus DVD ultime, j'vous dis...
Rafik Djoumi



Bu
jeu 30 jui 2009 21:23