Un Seul mag sur Terre  (News) posté le jeudi 02 juillet 2009 01:38

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Ici et maintenant
"C’est Hollywood tel que les Dieux l’ont rêvé", annonce Guillermo Del Toro depuis ses allers-retours à Wellington en Nouvelle Zélande. "J’affirme en toute honnêteté que j’ai trouvé ce système à la fois libérateur, intimidant et époustouflant. Et je me suis senti béni d’avoir pour mentor le talentueux et patient Peter Jackson" confesse Steven Spielberg. "Je leur ai mis cette caméra entre les mains, rappelle James Cameron en désignant Spielberg et Jackson, et ils sont aussitôt devenus comme des gamins – au fond chaque cinéaste est juste un geek complet". "Bobby Zemeckis est aussi venu traîner sur le plateau, dévoile Peter Jackson. Et nous étions tous là à avancer nos théories sur le pourquoi du comment nous procédions selon telle ou telle méthode."


 

Depuis près d’un an, une société basée à Wellington, en Nouvelle Zélande, accueille dans ses murs quelques cinéastes dont les films représentent environ le tiers des entrées cumulées dans le monde depuis vingt ans (rajoutez, parmi leurs visiteurs éventuels, quelques poids moyens tels que David Fincher, Frank Darabont et bien d’autres). Le but de cette réunion peu commune consiste à, grosso modo, réinventer la façon dont on produit et dont on consomme les films. Ils sont tous là. Sous le même toit. Et ils ont un projet commun. A n’en pas douter, tous les magazines du monde dédiés au Cinéma (papier, télé, radio, Internet) sont forcément déjà sur place, à tenter de recueillir le moindre petit bout d’information sur cet évènement pour le moins historique.



Comme on peut le voir, Spielberg opère ici un travelling avant à l'intérieur d'un Palais arabe

 

Rectificatif... Personne n’a été dépêché sur place ! A Wellington, il n’y a pas de montée des marches ; pas de Rocco Siffredi qui embroche une actrice pour l’amour de l’Art ; pas de soirée costumée à 3 millions d’euros, où Sofia paraderait aux bras de Louis XVI en espérant qu’on file la palme à un film sur les pauvres ;  ici les stars refusent qu’on les prenne en photo à cause de leurs costumes mo-cap aux allures de pyjama ; ici les films que l’on fait sont "virtuels", "désincarnés", "déshumanisés", et le vrai cinéphile connaisseur ne peut plus tranquillement se masturber sur le grain de peau d’Ava Gardner en justifiant son fétichisme par une citation de Lacan ; ici, en Nouvelle Zélande, tout ce qu’il y a à filmer ou à photographier, ce sont des Cinéastes qui parlent de Cinéma tout en faisant du Cinéma. L’horreur absolue quoi !


Qui plus est, les bloquebustaires qui sont en train de prendre forme en ce lieu font déjà la Une des magazines, à travers des articles ou des news dûment séparés, répertoriés, catalogués. N’importe quel internaute lambda a déjà croisé les titres Avatar, Tintin ou The Hobbit. Mais combien d’entre eux ont-ils compris que tout cela se produisait en un seul mouvement, et dans des pièces voisines ? Combien savent-ils que le réalisateur d’Avatar reçoit régulièrement la visite du réalisateur de
The Lovely Bones, qui ensuite monte à l’étage supérieur se connecter, via Internet, à son co-réalisateur de Tintin. Tandis qu’ils finalisent quelques plans, séparés par des milliers de kilomètres, le réalisateur de The Hobbit apparaît dans une fenêtre de leur ordinateur portable, fait quelques grimaces à la webcam et lâche quelques grossièretés, admire un plan de Tintin puis envoie ses croquis de The Hobbit. Et pendant ce temps, d'un autre coin de la planète, le réalisateur de Scott Pilgrim vs the World envoie ses suggestions scénaristiques pour Tintin, d’autant plus concerné par le projet que ses deux compères de Shaun of the Dead et Hot Fuzz apparaîtront auprès du reporter belge ; cette belle journée se concluant sans doute avec la réception de quelques news concernant A Christmas Carol, envoyées par le parrain de cette révolution qui est aussi le parrain et inspirateur du maître des lieux.

Un seul mag sur Terre a fait le voyage…


Observant son moniteur, Jim voit un film quasi-fini

 

Le magazine anglais Empire a fêté au mois de juin ses vingt ans. Durant une bonne partie de son histoire, Empire ne se distinguait en presque rien de nos Première ou Studio locaux : des stars, des stars et pis des stars ; une couverture sur deux consacrée au futur méga-film super attendu qui, à plus ou moins long terme, fera pouf ! (première couverture : Le Bûcher des vanités) ; et éventuellement, ça et là, glissés dans les marges, quelques propos des gens qui font les films. Depuis la démocratisation d’Internet, et sans doute boosté par son site, Empire a résolument changé de ligne rédactionnelle, largement gagné en cinéphilie (de vraies enquêtes rétrospectives, comme ces révélations tardives sur le bordel du tournage de LXG) et s’est vu considéré, auprès de Wired et de Edge, comme un des rares titres authentiquement geeks de la presse anglo-saxonne. Ce numéro du vingtième anniversaire a donc été logiquement confié aux suggestions rédactionnelles du king of geeks : Steven Spielberg en personne.

De prime abord, la place très large qui a été réservée aux projets en performance capture  pourrait apparaître comme bêtement opportuniste, Spielberg étant lui-même plongé dans l’affaire. Mais bien entendu, comme souvent avec lui, les choses ne sont pas aussi simples.
Les gros articles consacrés à Avatar, Tintin, The Hobbit et The Lovely Bones, sont en effet entrecoupés de news brèves sur une certaine planète cinéma à l’œuvre : Martin Scorsese et son Shutter Island, Edgar Wright et son Scott Pilgrim vs the World, Spike Jonze et son Where the Wild Things are, Tim Burton et son futur truc à la ramasse, mais aussi Mel Gibson de retour devant la caméra, Matt Groening en fanboy, Quentin Tarantino répondant à un questionnaire ardu (et réalisant un score exceptionnel) etc.


Greenscreens ? Ordinateurs ? Comédie ? Edgar Wright ?

 

Pour servir de balise à ce foisonnement, Spielberg convoque deux de ses plus anciens amis qui, par choix délibéré ou inconscient, se sont mis en retrait de ce mouvement et jouent les observateurs. George Lucas explique de quelle façon la technologie des effets spéciaux, jusque là considérée comme un truc à part, se révélera être le fondement technologique de tous les cinémas (une transformation dont il est largement à l’origine, à défaut d’en être le guide). Francis Ford Coppola, lui, explique pourquoi il a préféré se détourner d’un cinéma du futur dont il fut le premier prophète (avec Coup de Cœur, en 1982), réalisant au fond qu’il n’a jamais voulu faire que des films intimistes (oui ! il inclue là-dedans Le Parrain et Apocalypse Now, et sa démonstration est même convaincante.)

Une fois ce tour d’horizon établi, et en vertu du caractère forcément nostalgique de cet anniversaire, le magazine s’offre une petite séance régressive, d’abord en réunissant l’intégralité du casting des Goonies puis en invitant quelques vedettes à recréer les films marquants qui ont bercé ces vingt dernières années.

Clichés non retenus dans le portfolio du magazine

 

Malgré une apparente hétérogénéité, le lecteur attentif aura jusque là remarqué un curieux ballet. Pratiquement tous ces articles s’interpellent et se répondent, de citations en hommages, de désaccords en félicitations. Et au cœur de ce va-et-vient, une question récurrente : la façon de faire des films.



L’Héritage
Aux deux tiers du numéro, une floppée de photos en noir et blanc envahit soudain les pages. Solennel, Clint Eastwood revient sur les deux mentors dont les noms ornaient son chef d’œuvre Impitoyable, à savoir Sergio Leone et Don Siegel. A travers cette évocation, c’est évidemment des méthodes de travail que nous remémore l’artiste, méthodes qui, à des degrés divers, ont fait l’identité de son propre cinéma.
A sa suite, Jack Nicholson revient, plutôt en détail et en retenant ses larmes, sur la méthode de Stanley Kubrick durant le tournage de Shining. Forcément passionnants et instructifs, ces deux textes rétrospectifs reviennent avec force sur la question maintenant clairement identifiée comme centrale au numéro : la méthode.
Ainsi, cette section se conclue sur un questionnaire, soumis par divers personnalités à Steven Spielberg en personne : DiCaprio, Tom Hanks, Michael Mann, Bryan Singer, Ron Howard, Ben Stiller, Edgar Wright etc. cherchent à comprendre un plan, un effet de montage, un mixage curieux. Une fois que le Maître a répondu, il lui reste à soumettre à son tour un questionnaire à une batterie de cinéastes (Hayao Miyazaki, David Fincher, Andrew Stanton, James Cameron, Del Toro, Pedro Almodovar, M Night Shyamalan, JJ Abrams, Danny Boyle) questionnaire faisant cohabiter des questions de méthodes (encore et toujours) à celles de l’héritage.


La Source
Même s’il ne se situe pas à la toute fin du magazine, il est un article qui représente, à mes yeux, la vraie conclusion de ce numéro. Cet article, de six pages bien remplies, est un hommage richement illustré au regretté Forrest J. Ackerman, décédé en décembre 2008. Surnommé par Spielberg "the all-time film geek", Forry Ackerman a été la clé d’une déculpabilisation des amateurs de fantastique dans les années soixante. Sa revue Famous Monsters of Filmland, truffée de photos inédites de Frankenstein ou de King Kong, traversée d’entretiens avec des légendes peu ou jamais interviewées, riches en infos sur les tournages, en conseils de maquillage, a inspiré tout un courant journalistique comme, en France, L’écran fantastique ou Mad Movies. Mais surtout, sa plume militante et humoristique a consolé toute une génération de gamins solitaires, en leur révélant que leurs goûts jugés obscènes étaient bel et bien légitimes. Peter Jackson, Stephen King ou Gene Simmons racontent ainsi leur excitation à la lecture de chaque numéro. Joe Dante, John Landis et Steven Spielberg témoignent de l’homme qui les accueillait dans son Musée personnel (à une époque la plus grande collection au monde d’objets provenant de films fantastiques : masques originaux, sculptures, accessoires etc.). Comme il n’existe, hélas, plus de revue dédiée au cinéma fantastique, la mort de Forrest J. Ackerman est passée inaperçue, y compris dans les cercles d’amateurs. En plus de rétablir la balance, cet article illustre l’idée selon laquelle Forry pourrait bien être l’oncle spirituel de cette génération qui, aujourd’hui, réinvente la façon même de faire des films.



 

Autant dire qu’une fois de plus, sous ses airs de totale évidence (on ne parle ici que d’actualité ou presque), Spielberg nous amène doucement à contempler l’histoire  riche, mal comprise et finalement peu contée, de tout un mouvement culturel et cinématographique; un mouvement qu’on aimerait bien nommer « geek » si nos ministres et nos chanteuses has been ne nous avaient pas récemment privé de ce vocable. A la fin de son hommage à Ackerman, le cinéaste écrit : "A generation of fantasy lovers thank you for raising us so well".
Et ainsi se conclue un magazine de 250 pages qui, aux yeux des futurs historiens de Cinéma, sera le seul à témoigner, non seulement de ce qui s’est réellement produit en cette année 2009, mais aussi de la chaîne d’évènements, de questions et de passions, qui ont mené à ce carrefour.

Rafik Djoumi

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Tous les commentaires de l'article:
Un Seul mag sur Terre

  • fab mailto

    ven 02 oct 2009 23:07

    J'ai finalement reçu mon mag' aprés 3 mois d'attente (commandé le 7 juillet et reçu début octobre). Un peu de patience et vous aurez la chance de partager entre autre le quotidien néo-zélandais de (excusez du peu) messieurs Jackson, Cameron, Spielberg et Del Toro. Longue vie à eux!!!!

  • Beurk

    jeu 24 sep 2009 16:22

    Toujours pas reçu, je les relance pour la 2e fois

  • brotch

    ven 28 aoû 2009 16:58

    Commandé fin juillet, reçu le mag aujourd'hui. Ne perdez pas espoir si c'est un peu long à arriver.

    Le contenu me scotch littéralement, je n'en reviens pas ! Je me plonge de suite dans l'itw de Jacson/del Torro sur The Hobbit, après avoir dévoré l'article sur Cameron. Chaque page est un trésor (j'exagère : mag anglosaxon oblige, il y a beaucoup, beaucoup de pub!).

  • fab mailto

    jeu 27 aoû 2009 13:34

    J'ai commandé ce mag après lecture de l'article de rafik, début juillet. Malheureusement pour moi, l'envoi semble s'être perdu et maintenant le numéro est en rupture de stock et ne sera pas réédité....putain, j'ai vraiment les boules!!!!!!!

  • Asaliah mailto

    jeu 30 jui 2009 14:44

    PJ en maigre j'arrive toujours pas à m'y faire :/

  • Lord Galean

    jeu 30 jui 2009 00:25

    sans oublier le film tout pourri de David Charhon "Cyprien" qui m'a fait hésiter plusieurs fois dans une soirée d'anniv' d'un pote à dire que j'étais fier d'être un geek.

    reçu mon mag ce matin, super chouettos, j'avais oublié qu'il était tout en anglais, je vais mettre au moins 1 mois entier à le lire lol

  • rafik lun 27 jui 2009 13:09
    brotch : je faisais référence à François Fillon, qui s'est récemment déclaré "geek" étant donné qu'il utilise un téléphone portable; ainsi qu'à la chanteuse Lio, otaku notoire et spécialiste des oeuvres de Philip K Dick et de Jack Kirby, qui présente à la télévision une émission où elle explique en quoi "le geek, c'est chic"


    Blunt : tous les numéros ne sont pas de ce niveau, tu t'en doutes; mais sur ces derniers mois ils ont carrément bien tenu la route

  • Blunt

    lun 27 jui 2009 00:07

    Reçu le mien hier matin, un peu moins de trois semaines après l'avoir commandé donc. Pour ce que j'en ai lu jusque là, c'est aussi bon que ce que décrit Rafik et bien plus encore. Va falloir que j'achète encore ou un deux numéros pour tester la qualité globale mais j'ai peut-être enfin retrouvé un bon mag ciné à lire.

  • brotch

    dim 26 jui 2009 13:34

    Excellent article, j'ai également commandé mon numéro

    Il y a un passage que je ne comprends pas, néanmois :

    "un mouvement qu’on aimerait bien nommer « geek » si nos ministres et nos chanteuses has been ne nous avaient pas récemment privé de ce vocable"

    A quoi fais-tu référence exactement ? Je sais que le mot geek est extrêmement galvaudé (il y a même des commerciaux et publicitaires qui se réclament geek, parce que ça fait branché...), mais là "ministres" et "chanteuses" ... ?

  • Reda

    sam 25 jui 2009 14:59

    Reçu aujourdhui