John Lasseter et les Maximonstres  (News) posté le dimanche 02 août 2009 18:21

 

Maurice Sendak, auteur et dessinateur du livre pour enfants Max et les Maximonstres (Where the Wild Things are) a été durablement marqué dans son enfance par le Fantasia du studio Disney. Aussi, lorsque ce même studio Disney acquit les droits d'adaptation de son livre, l'auteur fut logiquement flatté et réceptif à toute entreprise de traduction de son oeuvre pour l'écran.

Début 1982, un jeune animateur du studio Disney, John Lasseter (qui travaillait alors sur le moyen métrage du Noël de Mickey, 17894ème adaptation de A Christmas Carol) découvrit le travail des artistes des studio Magi et Digital Effects, sur un film nommé Tron, et il fut subjugué par les promesses d'avenir que renfermaient leurs séquences animées en images de synthèse. Sachant que Disney cherchait un moyen original d'adapter Max et les Maximonstres, Lasseter et son collègue aîné Glen Keane (futur pilier de La Belle et la bête et de Tarzan) proposèrent aux dirigeants du studio une formule hybride, qui intègrerait des personnages animés traditionnellement sur des décors entièrement en images de synthèse. Mais le test, livré par Lasseter et Keane, ne suffit pas à convaincre entièrement les responsables du studio.

Aussi, John Lasseter décidera, en 1984, de quitter Disney et de rejoindre la toute nouvelle branche Computer Division du studio Lucasfilm, sous la présidence d'Ed Catmull. Il y réalisera son premier court métrage en images de synthèse, The Adventures of André and Wally B, travaillera sur quelques publicités, et s'y retrouvera chef de projet lorsque George Lucas renvendra cette filière à Steve Jobs, faisant de Lucasfilm Computer Division un petit studio nommé Pixar.
Finalement, en 1986, le studio Disney réutilisera la formule hybride autrefois proposée par Lasseter et Keane, sur la séquence finale de son dessin animé Basil, détective privé (visible ici)

Un documentaire évoquant l'usage de l'imagerie électronique chez Disney a refait récemment surface, et nous permet d'admirer cette petite page d'histoire précursive.
Le test débute à 1mn29 sur la vidéo



 

Rafik Djoumi

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Qui nous gardera des gardiens ?  (News) posté le dimanche 02 août 2009 16:52

 

Je ne peux m'empêcher de partager avec vous cette délicieuse vidéo du site Funny or Die parodiant les Watchmen; d'abord parce qu'elle m'a fait rire; ensuite parce qu'elle me venge des commentaires désobligeants qui avaient suivi ma diatribe anti-Snyder; enfin parce qu'elle assimile le personnage d'Ozymandias à son créateur Alan Moore, prouvant par là-même que les auteurs de cette vidéo ont compris la bédé qu'ils ont lue. (cliquez ici pour la voir dans son bon format; ma nardin'a'mouk de plateforme n'acceptant pas les codes du site source)


A l'heure où le mot "geek" et sa résonnance culturelle se voit plié aux Lois du Totus Consummatio (Psaume 32.8 : "maudite soit la brebis s'aventurant seule dans les bois sombres, car il n'est de félicité que dans le pré de l'hypermarché") il devient nécessaire d'opter pour une forme de radicalisme et laisser les gens découvrir que le monde dans lequel évoluent ces "geeks" est proprement effrayant et qu'ils n'ont donc aucune raison de vouloir s'y baigner ("ohmygod ! il paraît que l'auteur du blog Compagnon Geek a un modèle de téléphone portable d'il y a plus de six ans !" - "on m'a dit qu'il aurait dit que Le Banquet de Platon, c'était un million de fois plus geek que Lost ou Fringe"). Aussi remercierons-nous Alan Moore d'être ce qu'il est, nous rappelant par sa constance de quel côté se trouvent les territoires maudits qui répugnent aux troupeau d'adaptés de la société...

Alors comme ça, maintenant, les gens, vous kiffez les mangas, l'heroic fantasy et les jeux vidéo violents ? Cool. Ben me reste plus qu'à vous prêter ce magnifique comic-book qui parle d'imaginaire et de fantasme. Vous allez voir, c'est dément; il y est question de fétichisme, de pédophilie, d'inceste. Y'a des vieux qui s'enculent et des frères qui se branlent entre eux. Il se peut même que vous ayez un début d'érection sur les chapitres les plus sordides. Hein ? Quoi ? Non ? Ca vous intéresse pas ? Pourtant, j'vous jure que c'est complètement dans la mouvance thématique d'Hellboy II !...

Que le radicalisme de l'ami Moore soit ainsi mis en scène, gentiment parodié (comme ici), ou violemment commenté (ailleurs) par ceux qui ne comprennent pas qu'un artiste d'envergure internationale puisse donner 50 fois plus d'interviews à d'obscurs fanzines plutôt qu'à de grands titres de presse; bref que l'image d'Alan Moore devienne peu à peu celle d'un vieil allumé pouilleux à l'accent de sorcier féodal et complètement déconnecté du monde actuel (là où d'autres feront l'effort de comprendre que c'est précisément l'inverse), c'est en fait une bonne chose pour tout le monde. Car à priori, n'importe quel pécore comprendra aisément qu'un tel homme n'a pas grand chose à foutre du dernier modèle de Nokia. Et cela évitera peut-être que le nom de ce comic-book artist serve à aplanir tout un champ culturel réputé pour ses terrains accidentés, comme cela a été le cas avec Frank Miller, auteur je crois du film ci-dessous ou d'un truc avoisinant.


Ce billet est dédié au ministre François Fillon et à la chanteuse Lio, qui n'y comprendront probablement pas grand chose et c'est tant mieux

Rafik Djoumi

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Those Were the Days  (News) posté le mercredi 15 juillet 2009 21:10

 

Message aux vieux geekos. Si des noms tels que ceux de Jim Nelson, Bruce Nicholson, Steve Gawley, John Dykstra, Dennis Murren, Grant McCune ou Joe Johnston éveillent immédiatement en vous le souvenir des pages froissées de vos Cinefex ou de vos Starfix hors-série, alors le film ci-dessus, repéré par Julien Dupuy à cette adresse originelle, est résolument fait pour vous.
OK, oui, d'accord, ce ne sont guère que de jeunes barbus vaguement hippies, s'activant dans un local tout pourri de la San Fernando Valley et s'offrant occasionnellement une bronzette.
Mais jusque là, nous pauvres geeks, il fallait nous contenter (et encore, exceptionnellement) de les voir uniquement en photo, ces jeunes barbus.
Maintenant, ils bougent !
Ainsi Internet, gigantesque machine à collecter les souvenirs, nous envoie  régulièrement des images dont on ignorait jusqu'à l'existence, en une sorte de DVD bonus ultime de tous les films auxquels on pourrait penser.


Tenez, prenez par exemple ce fichier PDF que j'ai récupéré il y a peu, et dont je vous fais la traduction de la première page :

G : Nous allons d'abord parler des idées générales, du concept à la base. Puis je m'attacherais à détailler l'histoire. Enfin nous en arriverons à parler des scènes proprement dites. Généralement, je travaille en utilisant un code, une unité de mesure générale. Je peux commencer par trente scènes ou soixante scènes, en fonction de la taille de l'ouvrage sur lequel vous voulez travailler. Trente scènes, cela signifie que chaque scène fera environ quatre pages. Soixante signifie que chaque scène fera vingt pages (?). Cela dépend de... (un clic sur la bande) avec lequel on l'aura déterminé, et que ça ne marche pas comme nous l'entendions. Vous pouvez déplacer les éléments, mais cela vous donne une idée générale, en considérant que ce que l'on souhaite obtenir est un script de cent vingt pages, ou moins. Mais c'est notre but. Alors nous déterminerons plus ou moins le rythme, à quel vitesse les évènements vont se produire et comment nous nous y prendrons. J'ai une tendance à travailler de façon assez mathématique sur ce genre de choses. Je trouve que c'est plus simple et que ça élague efficacement. Surtout sur ce genre là. Le concept basique est qu'il s'agit d'un serial. Cela veut dire que les évènements doivent s'enchaîner. C'est également un film d'action, pour l'essentiel. Nous voulons que les scènes soient bien délimitées et en même temps construire l'intrigue avec elles. Vous verrez, au fur et à mesure, comment tout cela se repose vaguement sur les nombres.
Donc, d'un point de vue général, c'est un serial. Comme ceux produits par la Republic. Un serial des années trente. Beaucoup d'éléments en découlent directement d'ailleurs. Une des principales idées est d'avoir, selon que ce soit toutes les dix minutes ou toutes les vingt minutes, une sorte de cliffhanger dans lequel est pris notre héros. Si cela se produit toutes les dix minutes nous en ferons douze. Je pense que c'est un peu trop. Six, ce serait bien.

S : Et chaque cliffhanger est meilleur que le précédent.

G : C'est la progression à laquelle on doit se tenir. Et c'est difficile. Le problème avec les cliffhangers, c'est qu'une fois que l'on jette le héros dedans, il faut l'en sortir d'une façon plausible; une façon crédible. C'est un autre concept important du film, cette crédibilité. Voyez cela comme un western spaghetti qui se passerait dans les années trente. Ou un James Bond qui se passerait dans les années trente. Sauf que les James Bond ont tendance parfois à l'exagération. Nous allons nous débarasser de l'aspect irréaliste et plutôt en faire quelque chose dans l'esprit des westerns avec Clint Eastwood. L'idée c'est que l'on souhaite que notre personnage soit crédible. Et on veut qu'il soit extrêmement bon dans son domaine, à la façon d'Eastwood ou de James Bond. James Bond et l'Homme sans nom sont très bons dans leurs domaines. Ils sont excellents tireurs, rapides, très professionnels. Ce sont des supermen.

S : Comme Mifune.

G : Oui, comme Mifune. C'est un vrai professionnel. Il est très bon. Et c'est la clé du personnage. C'est quelque chose qu'on ne voit plus souvent.

S : Et une des choses qui aide beaucoup Mifune dans les films de Kurosawa c'est qu'il est toujours entouré de caractères particulièrement ineptes, de vrais bouffons, ce qui souligne sa majesté. A l'exception de son ennemi juré, il serait bon que le héros soit parfois entouré d'individus pas forcément brillants...

G : Ben, pas forcément des bouffons. Une des choses que l'on va faire c'est que ce sera un film d'époque relativement réaliste et crédible. Un film des années trente, un peu à la Sam Spade. Même dans Le Faucon maltais il y a des personnages étranges, mais ils apparaissent assez réels dans leur bizarerie.

S : Elijah Cook.

G : Elijah Cook n'est peut être pas la personne la plus intelligente au monde. Dans un sens il est le bouffon de l'histoire, mais en même temps il est dangereux et il est très... ce sont des personnages forts. Si nous gardons ce cap de la crédibilité...

S : C'est juste qu'on ne fera pas de Lee Van Cleef le complice du héros quoi.



OK, vous l'avez compris, il s'agit de la retranscription des trois séances de travail entre George Lucas, Steven Spielberg et Lawrence Kasdan; avant l'écriture du script des Aventuriers de l'arche perdue. Il y en a 126 pages comme cela, et les anglicistes  qu'on trouve en ces lieux devraient logiquement bondir sur le document.
Ca se chope ici : http://www.sendspace.com/file/cnoe3r

Internet, machine à déterrer les souvenirs et à offrir au cinéphile scrutateur des témoignages d'une précision d'historien.
Récemment, l'excellent blog ForgottenSilver (dont je découvre à l'instant qu'il a, lui aussi, mis en ligne le film de vacances de chez ILM, gasp !) s'émerveillait de trouver en ligne une interview d'une heure avec George Lucas, interview méconnue et datant carrément de 1971 !
Le fichier vidéo est entièrement téléchargeable à cette adresse  (il pèse 650 Mo), tout en anglais, avec un son étouffé, mais il constitue typiquement le genre de document qu'on n'imagine même pas découvrir en faisant son surf matinal.

Le bonus DVD ultime, j'vous dis...


Rafik Djoumi

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Un Seul mag sur Terre  (News) posté le jeudi 02 juillet 2009 01:38

 

Ici et maintenant
"C’est Hollywood tel que les Dieux l’ont rêvé", annonce Guillermo Del Toro depuis ses allers-retours à Wellington en Nouvelle Zélande. "J’affirme en toute honnêteté que j’ai trouvé ce système à la fois libérateur, intimidant et époustouflant. Et je me suis senti béni d’avoir pour mentor le talentueux et patient Peter Jackson" confesse Steven Spielberg. "Je leur ai mis cette caméra entre les mains, rappelle James Cameron en désignant Spielberg et Jackson, et ils sont aussitôt devenus comme des gamins – au fond chaque cinéaste est juste un geek complet". "Bobby Zemeckis est aussi venu traîner sur le plateau, dévoile Peter Jackson. Et nous étions tous là à avancer nos théories sur le pourquoi du comment nous procédions selon telle ou telle méthode."


 

Depuis près d’un an, une société basée à Wellington, en Nouvelle Zélande, accueille dans ses murs quelques cinéastes dont les films représentent environ le tiers des entrées cumulées dans le monde depuis vingt ans (rajoutez, parmi leurs visiteurs éventuels, quelques poids moyens tels que David Fincher, Frank Darabont et bien d’autres). Le but de cette réunion peu commune consiste à, grosso modo, réinventer la façon dont on produit et dont on consomme les films. Ils sont tous là. Sous le même toit. Et ils ont un projet commun. A n’en pas douter, tous les magazines du monde dédiés au Cinéma (papier, télé, radio, Internet) sont forcément déjà sur place, à tenter de recueillir le moindre petit bout d’information sur cet évènement pour le moins historique.



Comme on peut le voir, Spielberg opère ici un travelling avant à l'intérieur d'un Palais arabe

 

Rectificatif... Personne n’a été dépêché sur place ! A Wellington, il n’y a pas de montée des marches ; pas de Rocco Siffredi qui embroche une actrice pour l’amour de l’Art ; pas de soirée costumée à 3 millions d’euros, où Sofia paraderait aux bras de Louis XVI en espérant qu’on file la palme à un film sur les pauvres ;  ici les stars refusent qu’on les prenne en photo à cause de leurs costumes mo-cap aux allures de pyjama ; ici les films que l’on fait sont "virtuels", "désincarnés", "déshumanisés", et le vrai cinéphile connaisseur ne peut plus tranquillement se masturber sur le grain de peau d’Ava Gardner en justifiant son fétichisme par une citation de Lacan ; ici, en Nouvelle Zélande, tout ce qu’il y a à filmer ou à photographier, ce sont des Cinéastes qui parlent de Cinéma tout en faisant du Cinéma. L’horreur absolue quoi !


Qui plus est, les bloquebustaires qui sont en train de prendre forme en ce lieu font déjà la Une des magazines, à travers des articles ou des news dûment séparés, répertoriés, catalogués. N’importe quel internaute lambda a déjà croisé les titres Avatar, Tintin ou The Hobbit. Mais combien d’entre eux ont-ils compris que tout cela se produisait en un seul mouvement, et dans des pièces voisines ? Combien savent-ils que le réalisateur d’Avatar reçoit régulièrement la visite du réalisateur de
The Lovely Bones, qui ensuite monte à l’étage supérieur se connecter, via Internet, à son co-réalisateur de Tintin. Tandis qu’ils finalisent quelques plans, séparés par des milliers de kilomètres, le réalisateur de The Hobbit apparaît dans une fenêtre de leur ordinateur portable, fait quelques grimaces à la webcam et lâche quelques grossièretés, admire un plan de Tintin puis envoie ses croquis de The Hobbit. Et pendant ce temps, d'un autre coin de la planète, le réalisateur de Scott Pilgrim vs the World envoie ses suggestions scénaristiques pour Tintin, d’autant plus concerné par le projet que ses deux compères de Shaun of the Dead et Hot Fuzz apparaîtront auprès du reporter belge ; cette belle journée se concluant sans doute avec la réception de quelques news concernant A Christmas Carol, envoyées par le parrain de cette révolution qui est aussi le parrain et inspirateur du maître des lieux.

Un seul mag sur Terre a fait le voyage…


Observant son moniteur, Jim voit un film quasi-fini

 

Le magazine anglais Empire a fêté au mois de juin ses vingt ans. Durant une bonne partie de son histoire, Empire ne se distinguait en presque rien de nos Première ou Studio locaux : des stars, des stars et pis des stars ; une couverture sur deux consacrée au futur méga-film super attendu qui, à plus ou moins long terme, fera pouf ! (première couverture : Le Bûcher des vanités) ; et éventuellement, ça et là, glissés dans les marges, quelques propos des gens qui font les films. Depuis la démocratisation d’Internet, et sans doute boosté par son site, Empire a résolument changé de ligne rédactionnelle, largement gagné en cinéphilie (de vraies enquêtes rétrospectives, comme ces révélations tardives sur le bordel du tournage de LXG) et s’est vu considéré, auprès de Wired et de Edge, comme un des rares titres authentiquement geeks de la presse anglo-saxonne. Ce numéro du vingtième anniversaire a donc été logiquement confié aux suggestions rédactionnelles du king of geeks : Steven Spielberg en personne.

De prime abord, la place très large qui a été réservée aux projets en performance capture  pourrait apparaître comme bêtement opportuniste, Spielberg étant lui-même plongé dans l’affaire. Mais bien entendu, comme souvent avec lui, les choses ne sont pas aussi simples.
Les gros articles consacrés à Avatar, Tintin, The Hobbit et The Lovely Bones, sont en effet entrecoupés de news brèves sur une certaine planète cinéma à l’œuvre : Martin Scorsese et son Shutter Island, Edgar Wright et son Scott Pilgrim vs the World, Spike Jonze et son Where the Wild Things are, Tim Burton et son futur truc à la ramasse, mais aussi Mel Gibson de retour devant la caméra, Matt Groening en fanboy, Quentin Tarantino répondant à un questionnaire ardu (et réalisant un score exceptionnel) etc.


Greenscreens ? Ordinateurs ? Comédie ? Edgar Wright ?

 

Pour servir de balise à ce foisonnement, Spielberg convoque deux de ses plus anciens amis qui, par choix délibéré ou inconscient, se sont mis en retrait de ce mouvement et jouent les observateurs. George Lucas explique de quelle façon la technologie des effets spéciaux, jusque là considérée comme un truc à part, se révélera être le fondement technologique de tous les cinémas (une transformation dont il est largement à l’origine, à défaut d’en être le guide). Francis Ford Coppola, lui, explique pourquoi il a préféré se détourner d’un cinéma du futur dont il fut le premier prophète (avec Coup de Cœur, en 1982), réalisant au fond qu’il n’a jamais voulu faire que des films intimistes (oui ! il inclue là-dedans Le Parrain et Apocalypse Now, et sa démonstration est même convaincante.)

Une fois ce tour d’horizon établi, et en vertu du caractère forcément nostalgique de cet anniversaire, le magazine s’offre une petite séance régressive, d’abord en réunissant l’intégralité du casting des Goonies puis en invitant quelques vedettes à recréer les films marquants qui ont bercé ces vingt dernières années.

Clichés non retenus dans le portfolio du magazine

 

Malgré une apparente hétérogénéité, le lecteur attentif aura jusque là remarqué un curieux ballet. Pratiquement tous ces articles s’interpellent et se répondent, de citations en hommages, de désaccords en félicitations. Et au cœur de ce va-et-vient, une question récurrente : la façon de faire des films.



L’Héritage
Aux deux tiers du numéro, une floppée de photos en noir et blanc envahit soudain les pages. Solennel, Clint Eastwood revient sur les deux mentors dont les noms ornaient son chef d’œuvre Impitoyable, à savoir Sergio Leone et Don Siegel. A travers cette évocation, c’est évidemment des méthodes de travail que nous remémore l’artiste, méthodes qui, à des degrés divers, ont fait l’identité de son propre cinéma.
A sa suite, Jack Nicholson revient, plutôt en détail et en retenant ses larmes, sur la méthode de Stanley Kubrick durant le tournage de Shining. Forcément passionnants et instructifs, ces deux textes rétrospectifs reviennent avec force sur la question maintenant clairement identifiée comme centrale au numéro : la méthode.
Ainsi, cette section se conclue sur un questionnaire, soumis par divers personnalités à Steven Spielberg en personne : DiCaprio, Tom Hanks, Michael Mann, Bryan Singer, Ron Howard, Ben Stiller, Edgar Wright etc. cherchent à comprendre un plan, un effet de montage, un mixage curieux. Une fois que le Maître a répondu, il lui reste à soumettre à son tour un questionnaire à une batterie de cinéastes (Hayao Miyazaki, David Fincher, Andrew Stanton, James Cameron, Del Toro, Pedro Almodovar, M Night Shyamalan, JJ Abrams, Danny Boyle) questionnaire faisant cohabiter des questions de méthodes (encore et toujours) à celles de l’héritage.


La Source
Même s’il ne se situe pas à la toute fin du magazine, il est un article qui représente, à mes yeux, la vraie conclusion de ce numéro. Cet article, de six pages bien remplies, est un hommage richement illustré au regretté Forrest J. Ackerman, décédé en décembre 2008. Surnommé par Spielberg "the all-time film geek", Forry Ackerman a été la clé d’une déculpabilisation des amateurs de fantastique dans les années soixante. Sa revue Famous Monsters of Filmland, truffée de photos inédites de Frankenstein ou de King Kong, traversée d’entretiens avec des légendes peu ou jamais interviewées, riches en infos sur les tournages, en conseils de maquillage, a inspiré tout un courant journalistique comme, en France, L’écran fantastique ou Mad Movies. Mais surtout, sa plume militante et humoristique a consolé toute une génération de gamins solitaires, en leur révélant que leurs goûts jugés obscènes étaient bel et bien légitimes. Peter Jackson, Stephen King ou Gene Simmons racontent ainsi leur excitation à la lecture de chaque numéro. Joe Dante, John Landis et Steven Spielberg témoignent de l’homme qui les accueillait dans son Musée personnel (à une époque la plus grande collection au monde d’objets provenant de films fantastiques : masques originaux, sculptures, accessoires etc.). Comme il n’existe, hélas, plus de revue dédiée au cinéma fantastique, la mort de Forrest J. Ackerman est passée inaperçue, y compris dans les cercles d’amateurs. En plus de rétablir la balance, cet article illustre l’idée selon laquelle Forry pourrait bien être l’oncle spirituel de cette génération qui, aujourd’hui, réinvente la façon même de faire des films.



 

Autant dire qu’une fois de plus, sous ses airs de totale évidence (on ne parle ici que d’actualité ou presque), Spielberg nous amène doucement à contempler l’histoire  riche, mal comprise et finalement peu contée, de tout un mouvement culturel et cinématographique; un mouvement qu’on aimerait bien nommer « geek » si nos ministres et nos chanteuses has been ne nous avaient pas récemment privé de ce vocable. A la fin de son hommage à Ackerman, le cinéaste écrit : "A generation of fantasy lovers thank you for raising us so well".
Et ainsi se conclue un magazine de 250 pages qui, aux yeux des futurs historiens de Cinéma, sera le seul à témoigner, non seulement de ce qui s’est réellement produit en cette année 2009, mais aussi de la chaîne d’évènements, de questions et de passions, qui ont mené à ce carrefour.

Rafik Djoumi

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InGame et CinemAction  (News) posté le samedi 27 juin 2009 20:49


J’ai complètement oublié de vous présenter le magazine de jeux vidéo IG qui, pour son numéro n°2 des mois de mai et juin, m’avait demandé un petit article sur l’histoire des adaptations de films en jeux. Pour ceux que cela intéresse, vous pouvez le commander directement sur leur site.
Vous trouverez également sur ce site quelques fichiers PDF d’extraits choisis (22 pages au total), dont l’introduction du texte de votre serviteur, à cet endroit.

Voici le sommaire complet du numéro :


Interviews :
Eric Nofsinger (The Conduit)
Eric Viennot (In Memoriam, Lexis Numérique)
Sylvain Muzé (FX chez Quantic Dream)
Matthieu Gallais (UI chez EA Montréal)

Rétrospective :
Resident Evil (partie 1)
Punch out !!
Dragon Quest

Analyse :
MMO gratuits : la grande baston du free to play
Advergaming (pub in game)
zone d'activité économique : Bordeaux Game
Wii Board
L'addiction
Ménage et méninges

Décryptage :
Mariage de raison ou flirt créatif : à propos des films adaptés en jeux vidéos
Jeux vidéo : l'extension de la politique par d'autres moyens

Dossier : dématérialisation des supports
Indie gaming
jeux en boîte, la fin ?
Le Web 2.0, inspirateur de gameplay
Jenova Chen

Les Indé :
Mzone Studio
Cyanide

Rencontre :
Yoshitaka Amano

Geektionnaire :
barcode Battler

Multivers :
Effroyables félins (Wing Commander)

Le jeu selon :
Peter Molyneux

Histoire :
Apple et le jeu vidéo
Amstrad
La fabuleuse histoire de Sega
Histoire des jeux de tennis
Porte, monstre, trésor : la longue et épique saga du RPG


Dans le même élan, j’ai été contacté par la revue universitaire CinemAction qui, dans un numéro à venir consacré aux "minorités dans le cinéma américain", souhaitait y intégrer un texte concernant Le Seigneur des anneaux (texte portant sur la métaphore bien sûr ; je ne me suis pas lancé dans une diatribe sur le racisme anti-nain propagé par ces fachos d’elfs de la forêt; et pourtant ça me démange). La sortie du numéro ne m’ayant pas encore été annoncée, je tâcherais de vous tenir au courant.
   
c'est tout
A très vite
Rafik Djoumi

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